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LA MÉMOIRE. — LE RUYTHME ET LA SYMÉTRIE

Inutile de dire que pour les juger avec goût, il faut que nous puissions trouver, dans notre esprit, les formes les plus propres à exprin>er l'idée, que l'artiste s'est lui-môme proposé d'exprimer.

En faisant appel à la mémoire par la symétrie et le contraste, par la reproduction des mômes formes, soit simultanées dans l'espace, soit successives, dans le temps, l'art se conforme à une des grandes lois de l'Être, qu'on peut appeler le « Rhythme. » Tous les mouvements naturels sont rhythmés, toutes les formes de la vie sont symétriques. Depuis l'évolution immense de la nébuleuse qui, à travers les profondeurs du temps, se transforme en système solaire, jusqu'aux ondulations imperceptibles de la chaleur et de la lumière ; depuis les grandes révolutions de l'histoire- jusqu'aux variations chroniques de l'offre et de la demande, qui règlent les prix de nos marchés, tout phénomène naturel accomplit son évolution par une série d'oscillations autour d'un centre ou d'un axe, qui , dans la vie, exprime à chaque moment la vérité. Le cours des planètes autour du soleil, l'alternance du jour et de la nuit, la disposition des membres des animaux ainsi que celle des feuilles des arbres et des plantes , les formes régulières de la matière cristallisée, ne sont que des manifestations de la loi générale du rhythme. Ce que nous appelons rhythme dans tessons, dans les mouvements du corps et dans la parole, se nomme symétrie et contrasté dans les formes et les lignes , harmonie dans les couleurs. Cette loi régit aussi bien les phénomènes matériels que les évolutions de la vie : elle est une de celles qui révèlent à nos sens mômes , l'unité qui

se trouve au fond des manifestations variées de la nature. Loi de la matière, loi de la force, loi de ki vie , elle régit le monde dçs phénomènes aussi bien que celui des esprits. Sa réalisation est une des conditions de la beauté, et le sentiment, qui a toujours révélé à l'homme les lois divines que la raison ne pouvait pas encore formuler par la science, lui a montré dans la symétrie dans l'espace, Téquivalent de la loi rhythmique qui régit le temps. Cette vérité n'a pas échappé à l'intuition si délicate des Grecs , qui ont appelé eurythmie la beauté des proportions dans une statue et dans un tableau.

Partout où nous rencontrons le rhythme, il nous fait plaisir et nous émeut. Qui ne s'est senti soulevé et emporté par la cadence d'une musique de danse, ou n'a éprouvé un ravissement incompréhensible à la vue de ces rhythmes de lignes, qui ne disent rien à l'intelligence et nous impressionnent si vivement, dans les formes archilecloniques et les arabesques qui les ornent? Les animaux mêmes sont sensibles au rhythme, et instinctivement les chevaux règlent leur pas sur le mouvement de la musique.

Au fur et c^ mesure que l'artiste cherche k réaliser sa conception, sa mémoire, constamment sollicitée, lui apporte de nouvelles formes, ou perfectionne celles qu'elle avait présentées d'abord. Il en résulte que, pendant son travail de copie, de réalisation du modèle idéal qu'il s'est proposé , ce modèle se perfectioDne lui-même et se modifie; si bien, qu'au moment de l'achèvement, l'œuvre n'est plus la reproduction du type que l'artiste porte dans son esprit. Supérieure au type

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primitif, dont elle conserve tout ce quMl possédait de spontané, elle est inférieure, comme perfection de détail, au type final, et comme Tartiste ne se rend pas compte de la modification insensible, mais continue, de son idéa4, il découvre dans son travail, des imperfections t]ui ne l'avarent pas frappé d'abord ; il s'accuse d'impuissance, il devient timide et doute du succès. Un artiste véritable, un chercheur d'idéal, n'admire jamais ses propres productions, quelque plaisir qu'il en éprouve; il se défie de ses forces et voit constamment la différence entre ce qu'il aurait voulu faire et ce qu'il a pu réaliser. La modestie est l'apanage du véritable génie, car dans son esprit il crée des modèles que jamais la réalisation ne peut atteindre.

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