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L'ARCHITECTURE

(ésci des besoins derhemmeet appelé constaiiTmenl à 'o9 desservir, l'art des construclior» présente un cMc iiKlnsIrieU dans lequel, à Forigine, il élait contenit lor.t entier. Aussi longtemps que ses o&uvres n*eurenl d'autre but que de protéger le sonimell de la famille contre les bétes féroces et de l'abriter conlre les intempéries des saisons, elles portaient exclusivement le cachet de Tutilc, (fui caractérise Tindustrie. Quelques notions scientifiques étaient nécessaires pour les édiiicr, et ces notions, très-simples d'ailleurs, étaient déduites de Texpérience. La résistance des matériaux et leur stabilité en œuvre, la mesure des longueurs et les propriétés les plus élémentaires des surfaces, composaient tout le bagage scientifique des constructeurs, ot sudisaienl, pendant de longs siècles, pour résoudre les problèmes posés par les besoins. Il se créa ainsi , SOQS Tinfluence des ressources que présentait la contrée habitée, un certain nombre de formes typiques et pri-

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milivés. De leur développement logique , de leur combinaison et de leur interprétation , dérivèrent le» formes des monuments, comme le langage naquit des sons instinctifs, qu*émcttait la voix humaine aux premiers âges. Ce n*est pas dans Tesprit des. hommes, ni dans les faits de la vie privée, que rarchilecture cherche ses motifs et ses raisons, elle les déduit d*une unité supérieure, de la Société et de ses besoins. Elle n*^ donc pu naître, qu'après que les tribus primitives se fussent agglomérées en nations pins ou moins organisées. Quant à ses formes , comme elle ne put pas tes chercher dans la nature, elle les a fait dériver de quelques types fondamentaux , véritables organes de l'art, qui résultèrent do la primitive application delà science à l'industrie.

Un besoin social n'est jamais simple, comme une pensée, un sentiment ou un fait; il embrasse des fonctions diverses, des services variés, concourant tous au môme but, mais subordonnés les uns aux autres. Son expression architectonique d«it répondre à la mulliplicîté des fondions, et en conserver la hiérarchie. Pour rendre celte expression vraie et faciliter la compréhension du motif, Tarchiiecte doit rechercher, avant tout, la convenance dans la dispositron des diverses parties intégrantes de Tédifice, et' leur subordination, mise en harmonie avec leur but. L'ordre et la simplicîié seront donc les conditions premières de la conception du monument; la symétrie qui en résultera naturellement, facilitera h l'esprit l'intelligence de Tidée dominante et le classement des fonctions subalternes. Enfin i^<^ 'Armes employées '•'"Drod»»*-ont nnelques types

SMnples et familiers, qui permettront facilement de se rendre compte de la stabilité et de Iîi durée.

Édifié dans ces cofiditions de vérité d'expression, le monument sera toujo^urs beau; mais le sentiment qu'il éveillera en nous sera simple et sévère, répondant à ridée philosophique du besoin desservi, et les masses monumentales ne parleront pas à nos sens, de la vie sociale elle-même, dont cependant elles doivent desservir un besoin. Notre construction n'est donc pas encore complète : ne nous contentant pas d'une vérité trop simple, trop peu habillée, trop nue, nous dotons Tédifiee d'une décoration expressive, qui rmpressjomae Tesprit par le mouvement des lignes et des figures, et anime ses grandes formes d'une vie intime, (fui leur manquerait sans son erçploi. Partie presque nécessaire, mais non inilispen<sable de l'art, la décoration doit toujours être subordonnée à la pensée principale, au but utile de l'édifice. C'est la liane qui rampe autour de l'arbre, qui cache ses plaies et sa rude écorce, lui prête le charme de ses gracieuses volutes, mais qui, s'»ppu4o S4)r ses brandis et ne peut pas vivre sans lui.

L'architecture est donc un art complexe qui exprime moins la person-nalité de l'individu , que Vàme collée^ tive , si je puis ainsi dire , do la nation. Ce ne sont plus les formes naturelles- qu'elle idéa*lise pour les reproduire, son idéal répond à une donnée sociale et abstraite. Sans autres matériaux que quelques types primitifs, l'œuvre procède en entier de l'esprit humain et se réalise avec le concours indispensable des fooctions du vrai et de l'utile, de la science et de l'industrie. Entre h*s barrières r<^snUî»"» t\p^ donP'^<^s sévère* cju'iir»

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pose le but iitililaire de la conception , ia fantaisip a cependant le champ plus libre que dans la sculpturo et la peinture. Elle sème à pleines mains la vie suites façades et les plafonds, donne du mouvement ii leur> lignes rigides et les couvre du vôtemenl le plus a[>ie à faire valoir la pureté des formes et l'harmonie des proportions.

Ao point de vue de sa dépendance , vis-à-vis <Ju la science et de l'industrie, l'architecture, toujours à la recherche de moyens nouveaux et de procédés pius parfaits, représente exactement les progrés accomplis par la société qu'elle dessert Usages , connaissnncfs . mœurs et religions, sont ndélemcnt interprétés par li's monuments, que les peuples laissent derrière eux et qui nous racontent leur histoire.

Les premières demeures des hommes furent les forét:^ 0)1 les cavernes; le creux des arbres et les branches toutîues leur servaient de refuge. Avec l'accroissement de la population on créa des abris artificiels, pour remédier à rinsuffisance de ceux que la nature a\ait fournis; avec le perfectionnement dos outils les logements devinrent plus commodes. La main des hommes creusa des cavernes, ou les imita parla superposition de quelques blocs de pierre, dont nous retrouvons des exemplaires dans les dolmens celtiques. Des huttes de branchages , ou des toitures de feuillage, appuyées contre le tronc des arbres et garaniies, sur les côtés, par des nattes grossières, furent les premières constructions de bois. Des milliers d'années |)lus tard, alors que de grandes agglomérations d'hommes et l'établissement des premières religion.'' n/i^i»p*<*s pu^pri -wtr^nieà, 'es premières

sociétés , les demeures des dieux furent élevées à l'imitation des demeures des hommes.

Certains temples souterrains de TÉgyple et de Tlnde semblent être les plus anciens monuments que les civilisations naissantes aient réalisés pour le service r^igieux (1). Le panthéisme matérialiste de l'Inde fonçait ses temples dans le sein même de sa divinité, et profitait de la terreur involontaire qu'inspire 1 obs- .curjlé dans de vastes espaces clos, pour exalter le sentiment religieux et impressionner les âmes par le mystère. Les immenses grottes des environs d'Éléphanta, de Salselte et d'Ellora, dans ia province de Bombay, toutes peuplées de fantômes de pierre, furent les demeures sacrées de la Trimourti indienne. De la terre, génératrice des êtres , Tidole sortait pour recevoir les sacrifices des hommes et y rentrait pour retrouver son liistoire mythique, racontée par les décorations sans fin, des parois souterraines. A cette époque reculée oii la société était gouvernée par une caste Ihéocratique , l'art ne desservait que les besoins religieux : Thomme n'était rien , Tidole était tout. Aussi ne relrouve-l-on aucun autre monument répondant aux besoins sociaux de l'époque. Les ruines do villes immenses attestent un vaste épanouissement de vie sociale; mais de ces

(1) L'invuSlon aryenne aox Indes a eu lu cararlôrc d'une invasion de lutrbarts ; elle détruisit une civilisation Ires-antiqaa et très-avancéj, qni paraît avoir jeté srs rameaux jusqu'en Ethiopie et colonisé lo sul-jst do rAfriqoe i.iiisi que Madagas(*nr. Les rosit s des idoles jaïnas et les sculptares de lean t*mples, dont on retrouve de nombreux spô-imensdans lu Guiarate, oalon caractère é^ryplien très-prononcé. Voir lo Tour du Monde, a*' 563, 564 et autres antérieurs.

l'architecture. Mo

ruines on ne peut plus dôduire de notions, i|uel(juc peu exactes, de la civilisation contemporaine, parce i|i)iï les constructions n*oiïraient pas assez de solidité pour résister à l'action du temps.

Plus tard le temple hindou conserve quelque chose de la lourdeur qui caractérise les constructions souterraines. Les supports des couvertures s.ont des piliers massifs, tout chargés de sculptures vivantes, où l'imagination erre h la recherche de l'unité. Le fouillis des flgures, la grandeur des proporlions, et l'absence d*ordre bien apparent dans le détail infini dos formes , sont l'expression fidùlc des idées religieuses de l'épojiue, du panthéisme matérialiste dans l'espace.

Toutediiïérenteestlaformedela pagode bouddhiste. Elle est plutôt un abri magnifique qu'un teniitle el semble dériver non de la caverne, mais de lu loilure de feuilla.^e et de la natte retroussée sur ses bords. Elle est le logement du prêtre, et entourée de nombreuses nappes d'eau pour scrvîr aux ablutions. Souvent aujourd'hui elle renferme la statue gigantesque du prophète déifié, mais primitivement elle était une maison el non un temple, parce que le Bouddha, raison parfaite, éternelle et immatérielle, n'a que faine des demeures construites par les hommes. L'architecture chinoise tout entière semble dériver du même type primitif; on en retrouve le développement dans les constructions japoaaîses et l'origine dans les hangards de Java.

De l'art assyrien et de celui des Médo-perses, qui procédaient d'un même principe , il ne nous reste que peu de ruines capables d'en donner une idée. Les guerres et les révolutions se sont jointes au temps pour

en accomplir la complète dcstrucliofl. D'ailleurs les briques, dont on se servait forcément dans les plaines étendues do l'Ëuplirate et du Tigre, ne possédaient pas la résistance ni la durée des pierres, qu'on employait dans les contrées montagneuses. Toutefois le palais souterrain de Nemrod , le temple de Bel à Babylone et les jardins suspendus de Sémiramis nous montrent Tarchi^ lecture imitant ki grotte : elle élevait, en terrasses, des montagnes artificielles, dont les flancs étaient évldés. La majesté imposante des antiques monuments de Khorsabad (1) est attestée par retendue des ruines; elles forment de véritables collines, et prouvent que leurs auteurs se préoccupaient plus de la grandeur et de la magnificence de leurs constructions, que de leur durée. Le symbolisme avait un rôle important dans cet art, et les sept enceintes d'Ecbatanes peintes de leurs sept couleurs, pouvaient aussi bien représenter rarc-en-ciel qui entoure le firmament, que les sept planètes alors connues.

Du peu de monuments qui nous restent, on conclut que la forme Ihéocratique n'était pas e-elle du gouvernement, et qu'un despotisme de fer, fils de la force divinisée, couronnait l'édifice social, qui cependant, ne manquait ni de grandeur, ni d'espace, pour, un large développement des sciences. Fondé, par la force il devait périr par elle, l'autorité, dès les premiers temps, y avait dégénéré en pouvoir.

L'art religieux en Egypte procède à la fois du type

(1) Il résulte des rechcn.-hes de M. Botta qu& ce rillage est situé for les* pUcemeiit de Vancicnne Niolve.

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caverne, par les temples souterrains et du l\pe abri ?"U:« les arbres, par le^ monumerits à Cf>lonna«Jes. Dt*3 ar^re^ d'égale hauteur, des psilmiers 8%ec leur feuillfig»^. >uf»' portent une terrasse ^crTanl «]e coi»\ertiirc ; voilà In peofée première qui semble avoir çniJé rapplicatinn du t>pe flonteau (|fie caractt-rise la cnjonne ='l.<. El'e fut fadiflée par Texcellence des matériaux fournis par le^ tanières d'Éléphantine , par les nririyen^ rie transport qu'offrait le >il et les relations étendue^ ihi crmunerct' égyptien : il mettait à la disposition des nrts, les \*r&doits et les procéd^-s de toutes les nations connues , transformés par les progrès de ?'indu.?trie locale et de la science indiç»/ne. Mais comme le fenlllage rlu pnlnîif»r était trop difTicile a imiter, et qu'en architecture snrt'»uf. Fart s'est promplemeril affranchi de la reproduction s»:(- ?ilc des formes nnlnrelles , on le remplaça frfir los feuiTe? gracieuftes du symbolique lotus.

En Egypte, comme chez la plupart des nations antiques, le pouvoir fut disputé entre la ca^-le dis prétn ^ et celle des guerriers. Pendant des centaines d'annt'rle pouvoir sacerdotal s'éclipsa, pour reparaître de nouveau ?l aboutir à un triomphe définitif. On admit dés lors dans la caste d».'3 prêtres, le roi élu dans celle des guerriers, à chaque changement de dynastie. Pour consolider leur p^iuvoir, les prêtres durent s'appuyer sur les masses populaires, dont ils protégèrent les droits et ménagèrent lo bî^jn-élre. C'est ainsi qu'on créa i\o^

■ 'Il Lef tîRîpIfe? .1-- Kir.i'i eî 'ic Loa-xsor re*5*mrjlrnl a «les fore:* >i ^il<»au%. à ■!« boiî iicréi r-ï-f ro-idits en pi«rrre>. Héro-Jot-:- rapporte qo à te. dMi Ia cfïur do lîea sacré. *e troarait noe salle de pi<?rre. orné* de ^^■DM. en forme de p:il3i>r4 av-»'* d'autre^ orcement».

villes spacieuses et commodes dont Thèbes aux cent portes Oluil la reine, et des œuvres d'ulililé publique, comme le canal de Nechao, qui joiguil te Nil à la Mer- • Rouge et le la€ Moëris, qui servait k régukri^r les inondations. L'ascendant royal fut proclamé par de vastes palais, te labyrinthe,, les obélisques et les sphinx , par te luxe' des enceintes des villes et par eelui dès mausolées : des temples immenses et d'immenses nécropoles souterraines attestaient la puissance incoiHestée des prêtres. Pendant que tous ces monuments se partageaient entre les types de la caverne et de la colonne, un type singulier et tout à fait primitif s'établissait ei^ dimensions gigantesques et aspirait à un avenir architcctonique, qu'il ne lui a pas été donné d'atteindre. Demeures dernières des rois morts, les pyramides par leur grandeur et leur masse sembler exprimer rélernilé de la durée et l'importance de leur destination. Celles de Memphis remontent à la quatrième dynastie (1) et semblent reproduire les formes de la tente, abri de^ peuples pasteurs , comme si c^s derniers avaient dès l'origine et bien avant l'invasion des Hyksos, imposé des rois à l'Egypte. Quoiqu'il en soit, des différents types nouveaux introduits dans l'art des constructions, par l'antique civilisation qui s'est développée sur les bords du Nil, un seul a conquis l'avenir ; il a fait la gloire des monuments religieux de la Grèce et de Rome, et, se survivant à lui-même, forme encore aujourd'hui un

(1) Les trois principales ont été conslruitos par Choops , Chophreu a Mycerinus de 270(K à 2600 avant J.-C. Manuel complet i'Éfjyptologie , par Max Uhloann, Leipsic, 1858.

l'arciiitectut^e. !2D

organe indispensable des édifires, une de leurs principales beautés : c'est la colonne.

Les prêtres égyptiens avaient compris Fart surtout au point de vue de son incomparable action sur le sentiment religieux; ils le réglèrent en conséquence et lui imposèrent des lois qu'il n'était plus permis de transgresser. A partir de la douzième dynastie (\), le progrès ne se manifeste plus que dans les procédés d'exécution. M. Viardot (2) dit à ce sujet : « Platon pouvait dire dès son temps, que la sculpture et la peinture exercées en Egypte depuis tant de siècles n'avaient rien produit de meilleur à la fin qu'au commencement, (ît M. Denon en noire époque avait pleine raison de faire une réflexion semblable. » Un laps de temps , dit-ilr, avait pu amener chez les Égyptiens quelques perfectionnements dans Tart. Mais chaque temple est d'une telle égalité dans toutes ses parties, qu'ils semblent tous avoir été sculptés d'une même main : rien de mieux, rien de plus mal; point de négligence, point d'élan de la part d'un génie plus dislingu-é. »

Les temples égyptiens manquent de la vie qui donne tant de charmes à la beauté. L'impression qu'ils produisent est saisissante, solennelle et grandiose comme leurs proportions, mais elle ne donne qu'un sentiment d'admiration profonde, mêlé de tristesse et d'efl"roi. L'affirmation constante de l'élernité de la durée jointe à immobilité, le sentiment de l'infini exhalé par des pierres gigantesques, produisent refl*et du sublime plutôt

(l) -2500 avant J.-C.

•îf) Morvcillcs de la srniptnr.'.

430 LE BEAU ET SO*N IlISTOtRE.

que celui du beau; l'enthousiasme et le transport en résultent, plutôt que rémolion délicieuse que nous donnent les œuvres vivantes : la staloe d'Isis est voilée, son éternelle beauté eslsoustraiteaux regards des hommes, son existence seule peut ôlre constatée.

La colonne transportée de TÉgypte sur les rivages •le rilellespont, devint la base d*un nouvel art, qui devait s'élever jusqu'à la perfection même, et réaliser la beauté })ar l'harmonie des lignes et la grâce parfaite de la forme. La couverture du monument, obtenue en Egypte par un simple plafond , ne suffisait plus sous le climat plus rude de la Grèce : les maisons avaient des toits , les temples eurent des frontons. D'ailleurs le bois entrait dans les constructions , la science de la résistance des matériaux était plus avancée, le goût était devenu plus délicat. Il en résulta que les massives colonnes égyptiennes s'allongèrent peu à peu et prirent des formes d'autant plus éléganles, qu'elles étaient plus élancées et plus svelles.

Une race vigoureuse , pleine de sève el de jeunesse, infusait sa propre vie aux importations de l'art et galvanisait les symboles métaphysiques de l'Orient, en les transformant en véritables cires animés. La sculpture, maîtresse de la forme vivante, réagit sur l'architecture. En Orient et en Egypte, où le ciseau s'appliquait surtout à la décoration des monuments et ù la reproduction synîbolique des dieux, et où, guidé par des règles hiératiques, il cherchait à impressionner plutôt par la quantité que par la qualité des formes, à créer le grani , l'innombrable, plutôt que le beau, il resta constan^mcnt le subordonné de l'architecture. En Grèce, il

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re\cndiqua son droit d*aînesse et l'affirma dans le Parthénon, que construisit un sculpteur aidé d'architectes. Ainsi naquit le monument le plus parfait dans son genre, qui soit sorti de la main des hommes; demeure idéale de la divinité vivante , telle que la comprenait la Grèce. *

L'évolution de l'art grec présente trois époques distinctes, caractérisées par l'emploi des trois ordres de colonnes : dorique, ionique et corinthien. En même temps que le Parihénon atteignait la perfection de l'art dorique , dans sa splenJiJe sévérité et dans la pureté exquise des formes déduites de la maison de bois , l'augmentation de la richesse sociale et du bien-être public produisirent un nouvel art. plus approprié aux convenances des populations et ai:x mœurs qui les régissaient. La colonne devint plus sveltc et s*élançait d'une base élégante; le chapiteau dorique, simple mais rationnel au point de vue de la résistance des matériaux, devint plus jiche et se para de molles volutes; les triglyphes enfin disparurent sur l'entablement, plus léger, et firent place au bas-relief. S'affranchissant de la vérité typique, dans la reproduction de la maison de bois, et oublieuse du sens symbolique des volutes , l'architecture reprenil, dans l'art ionique, la place prépondérante qui lui revenait de droit, et cherche à atteindre dans des formes plus libres, créées par elle , la perfection idéale que la sculpture avait atteinte dans la reproduction des formes naturelles. L'Ërechteion , un des modèles les plus accomplis de cet art, fut placé à côté do Parthénon, comme pour protester contre, sa perfec lion même et proclamer, du haut de l'Acropole, aue les

(Jeslinée&tle Tart des constructions n'étaient pas achevées.

La sévérité primitive des formes, leur expression trop utilitaire, se para ainsi des recherches de l'élégance; on aima encore la vérité, mais on la voulut parée. La prospérité publique augmentait toujours. La vie exubérante, due à Tabondance des biens, trouva une expression nouvelle, en cherchant la beauté dans la richesse. Les colonnes devinrent encore une fois plus légères, la stabilité fut sacrifiée h la grâce, le but à l'effet. Le riche feuillage du chapiteau corinthien et son élégante composition appelèrent des formes de plus en' phrs élancées, pour se trouver en harmonie avec l'idée principale : elles exigèrent une décoration si riche, qu'il devint difficile d'en garder la mesure. Le temple disparaissant devant la colonne, le sens du monument s'oblitéra, son but n'était plus que l'accessoire die la décoration. La vérité, cachée d'abord* par l'ornementalion, finit par disparaître complètement et, en se retirant; laissa la décadence.

Los arts, comme tout ce qui a vie, passent ahfisî par trois époques : au début la jeunesse qui étudie et aspire à la vérité; puis l'ûge mûr qui veut réaliser et jouir; la vieillesse, enfin, réduite à la jouissance, qui précède la décrépitude.

En dehors des œuvres religieuses, les Grecs ne nous ont légué que peu de monuments. L'heureuse situation dos étals h.elléniqucs, aux côtes découpées par la mer, et la fertilité générale d'un sol montagneux, les dispensèrent de recourir aux canaux. La forme républicaine et les institutions démocratiques empêchèrent Védification de ces palais somptueux, qui témoignent

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du pouvoir d*un seul ou d*uDC arislocratie puissante. Les uionumeots civils se réduisirent aux propylées, aux gymnases et bains , aux portiques des agoras ou places publiques, enfin aux théâtres, stades et hippodromes qui n'étaient pas couverts. Par contre, les temples ont surgi de tous les côtés et sei vaieut*, en i»éme lemps, de musées et de trésors publics.

Des trois phases de Tart grec, la première est la plus importante et, en même temps, celle d*où les autres sont sorties, comme des rejetons superbes d'une souche coni* mune. L'iK-t dorique était subordonné à la sculpture, ei le -temple était construit d'après \es convenances de riraage du Dieu. Cela était logique : la demeure était faite pour l'habitant. La statue devait être aperçue du dehors et présenter l'aspect le plus favorable à reflet qu'elle était destinée à produire sur les foules ; le temple n'était qu'un encadrement harmonieux , une châsse merveilleuse destinée à faire valoir le Dieu. Quoique exigu dans ses dimensions, l'édifice visait cependant à la grandeur et en recherchait au moins l'apparence. Les artistes doriens paraissent avoir connu les règles de la perspective linéaire et l'ont appliquée au Parthénon, en plan aussi bien qu'en élévation. Si bien que, placé au haut de l'Acropole et vu d'en bas, il donne Tinipression d'un monument plus grand qu'il n'est réellement, et emprunte à la peinture un de ses artifices habituels pour provoquer i'illusion. Celte disposition ne se retrouve pas dans les œuvres postérieures, soit qu'elle ail été un secret trop bien gardé, soit que la disposition des emplacements ait été moins favorable à son emploi, soit enfin, que le profond sentiment de la vérité artis-

(iquo, qui caractérise la race grecque, se soil opposé il sa propagation.

Des monuments grecs, nous concluons à un peuple (jui vivait en plein air, démocratique et sociable à l'excès, faisant ses affaires sur Tagora, la place publique, et recourant, pour ses fêles religieuses et nationales, aux bois sacrés et aux emplacements naturels favorables aux assemblées. Le climat n'exigeait pas d'espaces couverts , et ceux qu'on aurait pu couvrir auraient toujours clé insuflTisants pour répondre aux besoins publier. Voyant les dieux dans la nature, vivant ainsi faniilièremenl avec eux, les Grecs étaient exempts de la terreur mystérieure qu'inspiraient les puissances inconnues des dieux tie l'Orient et de l'Egypte. Rien d*ailleufs ne tondait à élever l'âme au-dessus de l'idéal humain, le héros. Aussi, dans l'architecture grecque, les lignes J)orizonlales dominent, rien ne s'y trouve qui monte vers le ciel. Le sentiment exquis des proportions, qui sont tellement vraies que le moindre changement en trouble l'harmonie, a peut-être pour base la résistance même des matériaux et les conditions de stabilité de leur mise en œuvre, déduites de la maison de bois. En ce cas elles répondraient à des calculs numériques très-compliqués. Toujours est-il que jamais problème n'a été résolu avec autant de sûreté et de magniûcence; jamais religion n'a fait parler les pierres, comme celle qui accordait une vie consciente même à des objets inanimés; jamais chant d'allégresse n'exprima, comme l'art grec en général, le bonheur de vivre et la tendance vers la perfection humaine.

Importé à Rome en môme temps que la religion des

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Grecs, cet art se modifia et perdit, dès l'origine, sa pureté native. Comme les Romains n'avaient pas de religion autochtone, ils laissèrent ses formes caractéristiques à la religion importée, tout en les dégradant, au fur et à mesure que Tidéal se dégradait lui-même. L'utile était le but poursuivi par le peuple roi, et, pour y atteindre, il employait la force. Aussi que de puissance, que.de grandeur dans les manifestations monumentales" de sa vie civile!

Le Romain abandonna les formes grecques à Tusn^'o exclusif de la religion. Elles ne poiivaient d'ailleurs pas convenir pour couvrir de grands espaces, dans une contrée surtout en proie à des convulsions souterraines et agitée par de fréquents tremblementsdelerre.il était dilliciîe de trouver -des pierres dont les dimensions pouvaient convenir aux plates-bandes, et ces dernières ne présentaient pas une élasticité suffisante pour résister aux mouveraenis du sol. Un nouvel ors:ane était nécessaire : ce fut la voûte.

L'invention de la voûte en Italie se perd dans lii nuit des temps. L'Orient semble ne pas Tavoir connue, ni la Grèce , à moins qu'on n'appelle voûtes des cotivertures formées par des assises de pierres tiorizonlules, qui se surplombent mutuellement ^ sont mainteiuios par des charges placées sur les parties encastrées. Encore de ce dernier système ne nous reste-t-il que trèspeu de modèles, dont les principaux sont la voûte ilQ canal de Nemrod et celle du Trésor d'Atréo. Les Égyptiens qui connaissaient les voûtes en plein cintre aussi bien que les voûtes ogivales el elliptiques, en ont

136 LE ÊEAD^ET SOS HlSTOrfîff.

fait très-pcD d'usage. Quoiqu'il en soil, k»s MUru^ne* ont été les premiers à faire des voûles à elaveaux un emploi habitua!, et les Romains leur en ont emprunté la pratique, à tel point, qu'elle forme en (quelque sorte le foml caractéristique de leur art, lui imprime sof> cachet d*origir>alilé et d'iudé|)er>dar>ce r et le distingue netiement de tous les autres.

Grands conquéranls^ et graïwîs administratear», le» Romains employèrent la voûte h des conslruclions d'u^ tiliré publique, qui, tout en assurant les conquêtes, leur créaient des droits à la reconuai^^ance des peuple» soumis. Des poflls, des aqueduc», des poi--tique&, de» palais de jusiice , des port^ de mer fureut établis e» mén>e ten^ps que des théâtres , des cirques et des naumachios ; des arc» de triomphe célébraient partout kk gloire des^ maîtres de l'univers u>éditerraunéen. Tou» ces édifices ont uu caractère de soliditi^ qui n'a jamais élé surpassé, et possèdent une certaine correction de formes , aussi éloignée des lourdes construction» de rOrient, que de& légères colonnade» d^i Tart grec. Le» Romains emplo-yèrenl à peu près e?;clnsivcment le cercle comme ligne directrice de leur» surface» voûtée», et y appliquèrent une décaralion, imitée des plafonds de» temples helléniques. Comme ornement de la place publique, l'obélisque égyptien fut remplacé par la colonne et ses hiéroglyphes par des bas-reliefs; des rostres en paraient souvent la hase et des statues en surmontaient le sommet. Appliqué principalement à réî)ondre aux besoins sociaux d'un en>pire immense , l'art romain , dans ses créations, aussi nombreuses que

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variées, sut se maintenir à la hauteur de sa mission; ses œuvres sont admirables, mais on sent pat tout que Tutilité et la solidité ont remplacé Tidéal religieux.

L'architecture romaine, comme l'art grec, parcourt trois phases distinctes. « Elle est simple et vraie sous la république, élégante dans les premiers temps de Fempire, riche par-dessus tout au bout de quelque» générations, puis arrive la décadence de l'empire et de rart(4). »

Les monuments romains caractérisent un peuple qui a plus de goût pour les plaisirs du luxe et de la domination, que pour les jouissances plus raffinées que procurent les beaux arts; un peuple vigoureux, exerçant constamment ses forces et constamment en acquérant de nouvelles, habitué à lutter et à vaincre, à surmonter les obstacles plutôt qu'à les tourner. L'initia'dve et la persévérance remplacent l'invenlion ; on s'approprie le génie des autres et on le fait sien par des modifications qui ne sont pas toujours heureuses. On aime les arts, mais les artistes manquent, faute d'idéal; qu'importe, les peuples soumis paieront tribut aussi bien par leurs productions artistiques et leurs artistes, que par leur or. El puis on n'a pas le goût très-délicat, et les émotions sanglantes du cirque restent, de toutes, les plus recherchées. Enfin les portes du temple de Janus sont bien rarement fermées, le citoven se doit avant tout au noble métier des armes, et à l'agriculture, qui fait vivre la cité.

Dans l'art romain tout est clair et net , la décora-

(l) L. Reynaol . Traité d'architecture.

lion est sobre, elle exclut le symbole et tout ce qui rappelle le mysticisme orienta! : c'est de la raison pétrifiée. Ses œuvres, dans leur utilité pratique, servent encore de modèles aujourd'hui , modèles qui ne sont pas toujours atteints.

Des croyances religieuses sont indispensables à Thomme. Lorsque le besoin qui le pousse à chercher Dieu, n'est pas satisfait par des doctrines qui sont à la .hauteur de la civilisation de Tôpoque et du degré d'avancement des sciences et des arts, la superstition vient s'installer à la place de la religion , et, se répandant comme une mauvaise herbe, sème partout des pratiques ou hideuses ou grotesques, et inlillre dans toutes les couches do la société, le poison de ses erreurs. Ainsi fut-il à Rome. Le peuple romain , dépourvu d'une religion issue

d'idées philosophiques, uniquement adonné au culte de la force dans ses institutions civiles, était à la fois le peuple le plus puissant et le [)lus superstitieux de la terre. Cependant le contact des civilisations grecque et égyptienne, l'extension de la philosophie platonicienne à Rome , en éclairant les classes supérieures , faisait sentir de plus en plus le vide religieux et le besoin d'une rénovation : la place était nette , le christianisme se chargea de la prendre.

Toute religion nouvelle tend à renouveler, les formes sociales, et ses premiers adeptes deviennent d'autant plus ardents qu'ils trouvent dans les vieilles institutions et dans les croyances antérieures, plus de résistance à l'expansion des doctrines nouvelles. Et comme l'homme est ainsi fait, qu'il s'attache aux symboles, quand môme leurs sens est devenu douteux, les premiers chrétiens

l'architectlre. 139

s'acharnèrent à détruire tous les nronumcnls où s'attachait la foi antique. Les cireux ayant quille leurs demeures , les temples furent renversés. C'est le cliristiani»me qui a détruit les monuments religieux de l'art antique , et cette destruclion , toute regrettable qu'elle soit au point de vue eslhélique, était peut-être nécessaire, pottr pernftettre à rbumanilé d'accomplir sa der- ^nière phase dans la recherclie de l'absolu.

L'idéal métaphysique de la nouvelle religion n'était, rien moins que favoraWe à la nais?anco d'un noijivel art. Les besoins cependant et la nécessité, ouvrirent la voie nouvelle où Tarchilecture religieuse devait prendre son essor. Dés le commencement i! fallait de grands espaces clos et couverts, pour les réwnions du. ciUte , les lectures en commun y les sermons des évéques. On appropria les basiliques, qui servaient de prétoires & ia justice, et elles devinrent les lieux de réunion habituels. Dans la grande salle on transporta la ch-aire de révoque, la « cathedra »; Taulel fut placé sous l'arc du milieu qu'on appela « arc triomphal » , el par sa position môme détermina celle du chœur. Celte transformation des basiliques en temples se fil probablement au quatrième siècle,, lorsque le christianisme, maîlie enfin des destinées sociales, put sortir des catacombes el se montrer au grand jour.

Les dispositions intérieures des basiliques répondaient si- bien aux convenances du nouveau culte, que pendant plusieurs siècles on les maintint, sans rien y changer. C'est ainsi que la basilique de Sainte-Sophie h Byzance •^ fut reconstruite par Juslinicn, exactement d'après le modèle ancien.

i40 LE BEAU ET SON HISTOIRE.

renflant six siècles , le christianisme ne sut qu'user des reliques de Tart romain et ne trouva pas de formes répondant à ses aspirations. La croyance à la fin prochaine du monde, qui devait arriver l'an mil, avait stérilisé la société. Elle ne voulait pas produire de nouvelles œuvres, destinées à sitôt périr, et ne songea qu'à se livrer à des pratiques propres à assurer son salut. Mais les augures chrétiens s'étaient trompés, et leur erreur manifeste fut le premier choc qui ébranla la foi naïve d'une société retonibée en barbarie.

Toutes les grandes commotions de l'esprit humain assailli dans ses croyances, ont leur retentissement dans l'art, qui s'en trouve fécondé : c'est en déchirant le sein de la terre qu'on la rend fertile aux semences du printemps !

Les croisades d'un côté et l'invasion sarraziae de l'autre , avaient apporté une forme nouvelle jde la voûte. L'ogive s'introduisit à Byzance dans l'art chrétien et devint la base d'une architecture exotique, tant religieuse que civile , dont les Arabes répandaient sur leurs conquêtes les produits merveilleux. L'Italie résista à la forme byzantine; mais l'esprit de rivalité une fois mis enjeu, elle révéla son génie propre par une transformation de l'art romain. Elle imagina ainsi cette admirable architecture romane, dont les églises, aux formes sévères comme le dogme, mystiques et solennelles comme le silence du cloître, tristes comme les misères du temps , mais d'une convenance parfaite, se chargèrent d'immortaliser la chrétienté du onzième et du douzième siècles.

La colonne grecque rendue naïve et souvent couplée,

L*Aii(:inTi:(:Ti i(R. 141

surmontée de Tare romain exhaussa; el suridombanllt^ . chapiteau, telle est la disposition caraciï'ri>ti(|ne de cet art. Une grande simplicilé dans l(»s partie» infiTieurcs de rédifice, et, vers le sommet di's cloclirrs, r|!ielr|ii(»s fleurs épanouies, indiquent une osprrance au delà de cette terre. RudimerJaire et presque harban* à scm origine, Tarchitecture romane, devenue mallrcsie d'ellem&me, a produit des types accomplis.

L'art roman dont le berceau se lrou\a dîiiis la solitude des monastères, ne fut que la matrice fécondct d'où devait sortir un art nouveau, dont les ma<;nificerice> couronneraient le christianisme de celle auréole de he.r.Ur sublime, que réalisèrent les catliétlrales gothiques.

Une révolution s'accomplissait à celt(3 é|HM|ue. (j.t esclave millénaire de la société chrétienne, le, serf, qur n*ttvuit mt'me pas, comme l'esclave romain, la famille et le patronage pour s'abriter, l'homme delà glèbe, taillable et corvéable à merci , commençait à secoucM* sort joug. Les croisades avaient éloigné les seigneurs bar- .bares et les avaient endelU'îs vis-â-vis du clergé, qui seul avait conservé (juelques traditions des Iraxaux antérieurs de riiunianilé et île la science autrefois acquise. Le pouvoir sacerdotal fit échec à la féodalité de la conquête et tenait à s'y substituer. Profitant de celte lutte, s'alHant lanlôl aux uns et tantôt aux autres, les communes arborèrent le drapeau de rindépcndaiice. Sous i-égide des libertés municipales, Tart sortit des sacri.sties cl célébra son airranchissement par des hymnes de pierre, dont les acconis s'élancèrent vers le ciel en flèches inimitables.

A ce momen». les formes de la basil'^p'* ^'' non-

valent plus répondre aux senliments religieux des foules chrétiennes (1); les pleins-cintres romans étaient in> siilTisants pour couvrir les vastes espaces oii la prière et les splendeurs du culte rassemblaient les croyants. 11 fallait, pour abriter Timnaensilé des nefs, des arcs plus légers et qui tendissent moins à renverser leurs supports : Togive, qui répondait aux besoins, fut chargée de les satisfaire.

Les colonnes se modifient de nouveau. Destinées à siipporlor les rclonïbées de voûtes immenses,, eltes ne sont plus ni isolées, ni couplées. C*est par gerbes qu'elles s'échappent du sol et gagnent l'espace comme (les plantes vigoureuses. A Tinverse de fart grec, où les bases naissent et se perfectionnent avec le progrès, les bases des colonnes gothiques s'écrasent, de plus en plus, sous des charges formidables, et finissent par dis^ paraître entièrement. La voûte, d'abord en feuille de trèfle, où l'ouverture égalait la flèche, imite le développement progressif de la colonne grecque; elle devient de plus en- plus svclte , légère et gracieuse. EHo fuit la terre et force le regard à s'élever vers la demeure supposée de Télre suprême. Si l'expression romane semble encore déplorer la chute de l'homme et regretter la perte d'un paradis, la pensée gothique dédaigne la terre et célèbre la conquête du ciel par le Rédempteur.

La décoration primitive , dérivée de la feuille de char-* don , symbole de la pénitence , devient de plus en plus

(i) Jusqu<> là les c^jliscs , sauf lus catbéirales qui ctaienl pcj nombreuses , ôtiionl conslraites à l'usage du couvent et du soign^iur. Le 8erf y était admis,mais p'étuit pure coniescen lance et non de droit public.

l'auchitectcre. 143

riehe. Une nuée de statues se suspend sur If^s porches et 86 répand sur les façades; raiiégorie et le symbole mystique y fleurissent, et composent une encyclopédie complète des connaissances et des croyances humaines. Dans ce concert harmonieux le doule vient jeter de temps en temps sa note discordante, et raconte aux initiés, que la foi qui anime le travailleur n'est déjà plus celle des maîtres qui le dirigent; que fa raison longtemps opprimée revendique ses droits, et que des doctrines, secrètes encore, sont assez répandues et ont assez d'influence, pour semer leurs symboles au milieu des figures des saints et de leurs attributs.

En eiïet, dès le huitième siècle, la science indispensable aux maîtres -es -œuvres qui dirigeaient les constructions, avait développé leur intelligence sufli- ^amment , pour reconnaître l'impuissance de la religion chrétienne à réaliser cet idéal social, que chaque homme porte au fond de son cœur. Sans doute la religion enseignait la fraternité et l'égalité des hommes , mais cet enseignement restait lettre morte : l'égalilé n'existait que devant la justice divine et a de tôut temps existé devant la mort ; la fraternité n'était qu'un mot. Les seigneurs cléricaux savaient fort bien défendre leurs privilèges et invoquaient la force séculière pour le maintien du servage. Au onzième siècle, l'associalion des francs-maçons était devenue assez puissante pour qu'en Angleterre elle eût pour chef le prince Édwin, frère du roi Alhelstan, et qu'au treizième siècle elle fût chargée delà construction de la cathédrale de Strasbourg, en la personne d'Erv^'in de Steinbach, un de ses maîtres. La doctrine maçonni:iue répudie le miracle et voit en

Dieu le grand législateur, Tordonnaleur suprême de l'Univers ; elle proclame la fralernilé des hommes et leur égaillé, en môme temps que Tordre dans la société et la hiérarchie des fonctions ; enûn elle fait appel à la liberté , c'est-à-dire à J'absence de contrainte, pour réaliser son idéal. Le succès de ces doctrines devait être certain, surtout dans les classes intelligentes delà société; aussi, au commencement du quatorzième siècle, tous les lords anglais étaients francs-maçons.

I/architccture gothique, issue de la science d*une corporation qui ne partageait plus les convictions officielles ; née au milieu des centres populeux qui réagissaient contre l'ancien ordre social; servie par des travailleurs en voie de s'affranchir du joug de la féodalité, marque l'origine d'une révolution sociale. Elte est l'expression harmonieuse du sentiment de l'indépendance reconquise, de l'aspiration clairement marquée de relever l'humanité de son abaissement séculaire , (le réaliser dans l'ordre social les promesses du Christ, et de jelcr en quelque sorte un pont qui réunirait le ciel et la terre, désormais reconciliés. Elle proclame la victoire définitive des idées et des doctrines chrétiennes, interprétées parla philosophie des besoins. L'art roman exprime ces idées au point de vue des institutions de l'Église, c'est l'art hiératique par excellence; l'art gothique au contraire incarne ces doctrines dans la forme poétique et grandiose de la conception laïque. Le premier est sorti des couvents et avait des clercs pour maîtres, le second est né du sein môme du peuple dans ses veines circulait la sève puissante et loujours joune de la population civile et active.

l'arcuitecture. 14o

La plupart des œuvres gothiques racontent le développement complet de cet art et portent l'empreinte des diflérentes phases qu'il a parcourues. Trop grandioses pour être achevées en peu de temps, surtout eu égard .au& moyens dont on disposait alors , elles furent fondées À la fin de Tépoque romane et s'achevèrent, quand elles furent achevées, au moment où le progrès logique des formes ogivales eut atteint son dernier terme.

L'art gothique n'eut pas de décadence. Prophète des nouvelles destinées de Thumanilé, cherchant l'unitéen tendant vers le ciel, il disparut au milieu du grar.d épanouissement de l'esprit humain qui se fit h l'époque de la Renaissance.

Sans doute le gothique avait annoncé qu'un graïkl mouvement se préparait dans te monde; mais il avait cru- qu'après dix siècles de barbarie, d'efforts inouïs, mais stériles, qu'après des luttes gigantesques et des désespoirs sans nom, l'humanité finirait par trouver le bien et conclurait une suprême alliance avec h s puissances des cieux. 11 n'en fui rien. Des hauteuis sereines de la foi , elle retomba sur la terre ; de l'idéal divin qu'elle avait invoqué en vain , elle se replia sur elle-niéme, vers son passé; du spiritualisme vers la nature réelle, de l'hypothèse vers la vérité des faits. La nouvelle évolution eut des destinées spéciales. Elle ne se produisit pas par de lentes gradations, par une ll*ansformation logique et régulière , comme se dévelop- .pent les sociétés dans leurs formes constitutives; elle fut une révélation soudaine, un embrasement général .des esprits, une incan.ation immédiate de l'idéal nouveau dans la splendeur môme de sa perfeclioa.

La découverte de rAniéri(|tie, rinvention de Timprimerie, le déclin de la féodalité succombant sous les coups de la monarchie, le réveil des consciences îi rappel de Savonarole et de Luther, avaient profondément remué les esprits en Occident : le champ était préparé pour recevoir les semences dernières de la civilisation grecque , que Touragan des conquêtes poussait sur les terres latines. En même temps que la sculpture et la peinture retrouvèrent la forme et les horizons antiques, en architecture, Bramante elMichél- Auiie retournèrent à la forme primitive de la basilique , et la parèrent de toutes les richesses, sorties des mines rj n'avaient ouvertes les arts gothique et grec. Paladio et Vignole retrouvèrent dans Vitruve les" repaies de la beauté, et, du retour aux lois conçues par le génie de rHellade , de leur application à des besoins nouveaux , naquit un art d'une convenance admirable, humain dans ses expressions , parfait dans ses formes.

Pendant que l'Allemagne persistait dans les traditions gothiques et que l'Espagne les avilit, l'Italie et la France marchaient aux clartés du soleil nouveau et se couvrirent de chefs-d'œuvres. Les palais et les châteaux du siècle de François P»" resteront des modèles achevés des formes non religieuses de la Renaissance , !e Louvre, œuvre de Philibert Delorme, est aussi parfait dans son genre que le Colysée, le Parlhénon et le temple de Karnak.

Le marbre, banni des édifices gothiques, reprit le rang souverain que ses qualités lui assignent parmi les matériaux utilisés par la construction; la colonne grecque retrouva son galbe, et les voûtes romaines, ainsi que

L*ARGHITEGTURE. 4 47

les dômes des basiliques , redevinrent les formes usuelles tle rarchitecture. Les grandes lignes des monuments s*établireQt également entre les verticales, qui aspirent au ciel, et tes horizontales, qui retiennent à terre; l'union se fit par un compromis et la beauté sortit de la vérité de la solution.

La Renaissance introduisit dans les dispositions principales des monuments, une liberté que Tantiquité n'a pas connue. Les monuments grecs aussi bien que les cathédrales gothiques étaient les produits de certaines corporatfons , Texpression de certaines doctrines consacrées , dont les types généraux étaient invariables et d*autant plus parfaits qu'ils étaient l'œuvre collective de la corporation. Avec la Renaissance, la fantaisie, que le roman et le gothique ne toléraient que dans la décoration, reprit ses droits; chaque mattre put imprimer à son œuvre le cachet de son individualité. Toutefois les œuvres d'art qui suivirent la Renaissance, obéirent à la même loi d'évolution, que nous avons signalée chez leurs prédécesseurs. Austères sous Henri IV et Louis XIII, élégantes sous Louis XIV, riches sous Louis XV (1) , la décadence est arrivée sous le premier empire. La Renaissance n'a pas d'ailleurs introduit de forme nouvelle ; son essence , sa raison d'être ont été la liberté , l'affranchissement de toutes les formes , le droit égal pour toutes de concourir au beau.

L'époque moderne avec son gigantesque développemçnl industriel a amené des besoins nouveaux. Les gares des chemins de fer, les halles des marchés , les bibliothèques

(i) Léonce Rcynaad. Traité] d'arcliiteeture.

publiques, exigent la couverture de vastes espaces, ot^ les nécessités sociales rassemblent les foules et où doivent circuler Tairella lumière à profusion. Aucun des types primitifs employés jusqu'à ce jour, ne peut satisfaire à ces exigences de la civilisation progressive, et les matériaux usuels, la pierre et le bois, n'ont pas les qualités voulues pour se pr^er à une solution rationnelle du problème. Mais en môme temps que naissent les besoins , l'humanité produit les moyens de les satisfaire et invente de nouvelles formes : sœurs aînées de l'art, la science et l'industrie lui tendent constamment la main. L'emploi de la fonte et du fer a permis de franchir de grands espaces, en tes couvrant d'une manière aussi solide que légère. Les combles en fier et les ponts métalliques ont résolu le problème scienlifjque et industriel; à> l'art maintenant à trouver les formes harmonieuses où s'encadreront les types nouveaux. La gare du chemin de fer du Nord ,. les halles cenlra'es, la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris, et tant d'autres monuments de l'époque, témoignent des lenilances nouvelles : la splendeur de ces essais pronrïet un avenir plein de magnificences. Nous vivons dans une époque xrilique, dans la douloureuse phase des enfanlemenls sociaux. Dans de pareils moments l'art a toujours devancé son siècle et éclairé les voies; jamais sa tâche n'aura été ni plus grande qu'aujourd'hui , ni plus sainte I L'heure des rédemptions définitives a sortné; l'esprit humain , agrandi par la grandeur des œuvres qui restent à accomplir, ne faillira pas h sa destinée : la période d'enfance de l'humanité est close , à bientôt le printemps et ja jeunesse.

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