‹ Le beau et son histoireChapitre 22 sur 64 · A. LA POÉSIE · texte numérisé non relu

A. LA POÉSIE

Fille des dieux , dit-on , la poésie est née en même temps que l'homme et fut son premier interprète. Chaque fois que le besoin d'une nouvelle expression exigeait la création d'un nouveau symbole phonétique , il a fallu , pendant un laps de temps assez long , placer à côté de ce symbole, son expression imagée ou allégorique , pour le faire comprendre et adopter. C'est là ce qui constitue la poésie primitive telle que nous la Irohvons dans les livres hébreux de la bible, notamment dans les psaumes de David. Elle est surtout bien caractérisée dans ce magnifique œuvre de Job , qui re«

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monie à une anliquilé très-reculée (probablement bien au detà de Moïse), et dont le texte hébreu ne semble nous donner qu'une traduction quelque peu altérée. Chaque verset est composé de deux parties , dont la seconde reproduit le sens de la première par une image différente, ou Texalle par le contraste d'une image ofiposée , mais confirmant Tidée générale Ces versets étaient destinés à être chantés. Le rbythme était absent jcommedans le plain-chant et sans doute, le plus souvent, l'expression musicale de la poésie était abandonnée au sentiment particulier, sauf à se conformer à quelques règles générales, transmises par la tradition. 11 est probable que pour chaque chapitre on indiquait la tonalité et le mode, et que le re.-te était laissé à l'improvisation. Chez tous les peuples , les hommes qui étaient parliculièrement doués pour celte, interprétation , bardes et rhapsodes, conservaient la poésie et la transmettaient aux générations suivantes, en même tempsque le> expressions musicales l'es plus remarquables qu'ils avaient inventées. Il est convenu d'ailleurs dans toutes les lanp^ues et à toutes lesépm^ues, que le poëte chante son héros, et les grandes œuvres de l'antiquité sont partagées en chants, comme celles des modernes. Singulière persistance des langues : un chant d'ensemble est appelé chœur, et une poésie est appelée chant! L'expression de la poésie antique a dû nécessairement varier suivant les aptitudes diverses des races. Les peuples sémitiques, mieux organisés pour la musique que ceux de race aryenne, plus portés à l'étude de l'homme, de ses passions, de l'évolution de la vie subjective , qu'à celle des lois de la nature et de ses phénomènes , se sont contentés d'une langue

iS'l LE BEAU ET SON HISTOIRE.

toute iinagoe el dont Texpression musicale fulabapdonDëe au sentiment de rinterprëte. Les peuples aryens, au contraire, plus matérialistes, mieux doués pour les arls plastiques, et pour lesquels Tordre fui un besoin, ont sacrifié l'image, qui a été en partie remplacée par Tt'^pithôte : ils ont conservé une forme plus musicale |)ar le rhythme et le mètre des paroles, mais par cela ini^ine, moins appropriée aux fantaisies de la mélodie.

Le sentiment du beau ne résulte cependant, de toutes re.> foVmes différentes de la poésie, que lorsque Texpressioij est vraie. Il faut que le symbole phonétique réveille en nous exactement l'image à laquelle il répond «H nous fasse rêver : le poète est un rêveur qui sait traduire en paroles les images de ses songes. Nous re- Miar(]uons d'ailleurs que dès l'origine, on chercha dans les images et les épithètes, à représenter ou à qualifler une (les trois manifestations de TÊtre inOni, matière, force et vie , par deâ attributs et des qualilications d*une manifobtalion différente. Le poëte parle d'un regard foudroyant el de l'éclair rapide co;nme la pensée; pour lui, le ruisseau pleure, le vent soupire et les larmes coulent en torrents. Il raconte les ruines du cœur qui ri'ssemblenl aux ruines de pierre, dont le lierre couvre et cache les plaies, sous le manteau vert de l'espérance. Dans les phénomènes de la nature, la poésie cherche la vie, dans les mouvements de Tâme elle cherche la nature; elle constate ainsi Tunité de Tétre, et quand elle arrive à l'exprimer avec vérité, elle atteint ses plus hautes cimes, au but qu'elle se propose, le sublime et le beau.

Les poë:nes les plus anciens qui soient parvenus

jusqu'à nous sont des hymnes à la divinité. Nous ne pouvons pas en conclure» pourtant, que l'hymne ait précédé toute autre forme de poésie. Nous croyons, en effet, que la poésie était la forme première par laquelle l'humanité exprimait et conservaH ses expériences et sa sagesse toute entière. Mais à des époques i*eculées , la science était tenue secrète, pendant que la religion était pour tous; tout le monde apprenait les hymnes, les initiés seuls étaient familiarisés avec les textes sacrés des livres do savoir, et possédaient la clef des allégories mythiques. Puis la science primitive se perfectionnait tous les jours, pendant que la religion restait immuable, et il arriva ainsi, au* bout de quelques siècles, que la sagesse antique sembla de la naïveté et que ses inidilions ne répondaient plus aux progrès accouïplis. Elles perdirent ainsi leur raison d'être et leur* intérêt. L'humanité les enfouit dans l'oubli et les laissa comme des habits usés, trop étroits et remplacés depuis longtemps. Nous en trouvons la preuve dans Tœuvre d'Hésiode, didactique par excellence quoique contemporain d'Iloraère, et qui a échappé à ia destruction, parce que sa science a si peu progressé, dans les âges siiivants, . qu'elle a encore pu servir de base aux Géorgiq-ues de Virgile. Les hymnes, outre leur utilité constante dans le culte, servaient aussi à conserveries fastes de l'histoire, qui transformait ses héros en demi-dieux. Les traditions anté-historiques ne nous ont été transmises que sous le voile mythologique de la poésie sacrée. Avec la poésie héroïque, l'histoire commence, et quand elle s'en sépare, elle garde longtemps encore ses attaches poétiques et raconte Ifis faits, non r\n9 fftU qu'ils sont

arrivés, mais comme ils auraient pu arriver, si l'imagination de riiistorien leur avait servi de loi.

Bientôt riiisloirene se bornera plus à raconter les hauts faits du liéros, du chef dé la guerre. Elle transmettra le souvenir de la vie de cet ensemble d'hommes qu'on appelle une nation , de cet ensemble d'institutions qu*on nomme une société. Une évolution analogue s'accomplit dans la poésie. Si d'un côté la poésie héroïque célèbre les faits de guerre de la nation et de ses héros, le drame va les considérer de l'autre, dans la vie sociale, et les peindre dans leur lutte contre les étreintes de la loi falale, qui régit aussi bien l'Olympe que la terre, et gouverne môme cette autre nature, créée par les hommes et leurs relations, qui s'appelle la société.

La poésie dialoguée remonte aux premiers âges et a, dans tous les pays, débuté par des pièces religieuses, analogues aux mystères du moyen âge. Telle nous la trouvons encore en Chine, où elle ne s'est jamais élevée à la hauteur du drame; tels furent ses débuts en Grèce et à Rome. Aux aventures mythologiques des dieux succédèrent celles des demi-dieux ou héros, qui ont laissé leur nom au personnage principal des pièces postérieures; jusqu'à ce qu'enfin l'homme, affranchi du joug théocratique et guerrier, finit par s'intéiesser à lui-même et chercha à reproduire les émotions poignantes des drames sociaux, qui tous les jours se passaient sous ses yeux, au sein même de la multitude indifférenle. Au point de vue du beau, le drame est aujourd'hui, sans contredit, la plus haute expression de la poésie. Dans le genre lyrique le sujet est bientôt épuisé, et puis ses œ^ivres visent souvent au sublime plutôt qu'au beau.

i . poèmes héroïques rimagination ne peut plus, c 3 autrefois » s'abandonner à des Gelions Ihéogoef puis elle ferait double emploi avec Thisloire. n temps, le seul poème de ce gonre qui ait eu rrai et légitime succès , le Paradis perdu de Millon , Il tellement du drame, qu*il est difficile de lui dontitre d*épopéo. La poésie dramatique prewl 1 e dans la société, dans ce milieu qui est la

haute eipression de la vie, qu*il nous soit donné ^r et de méditer. L*œuvre est tout humarne , I il partout; il se trouve dans les grandeurs et fai s du cœur humain , dans Tensemble des I tances imaginées pour servir de champ au dé-

)| lent de Taction , aussi bien que dans l'action . Le sentiment de la nature n*e$l pas exclu , et le trouvons reproduit, dès la plus haute antiquité, ] ; une fraîcheur et une profondeur inimitables, dans drame indien de Sacountah. Le poète dissèque en e sorte la nature , la société et le cœur humain s ses plus secrets replis, il en montre les actions oqnes et les évolutions nécessaires. Plus il est vrai et plus il impressionne , plus son action est grande et e sur la foule. Pour lui, Thomme n*est plus ^; il est fatalement lié aux circonslaoces et aux nts, dont il subit Tinfluencc heureuse ou sinistre, même qu*il semble les dominer. Il ne fait qu*un la société et la nature ; il est un organe plus ou parfait, mais il n*est qu*UD organe d*uo ensemble i dont les actions, quelque divergentes qu'elles

rattre , convergent tontes vers un seul buL lu us présente une image; celle de la société

telle qu'il l'a rêvée, après Tavoir surprise sur la nature, et, sans s'en rendre compte, il manifeste l'unité de l'être au milieu des aspects infiniment variés de la vie.

C'est ici que nous trouvons lieu de dire quelques mots de la règle dite des trois unités. Les préceptes de la poétique ancienne exigeaient impérieusement, dans le drame, l'unité de lieu, de temps et d'action. Au^ jourd'hui les idées sont quelque peu modifiées à cet égard. Nos études et notre éducation , les moyens faciles et rapides de voyager, nos lectures interrompues, qui, du milieu social où nous vivons, nous transportent en un instant à de grandes distances dans le temps et dans l'espace , nous permettent de faire des hypothèses, et rendent moins indispensable l'observation des deux premières unités, sans pour cela que le sentiment de la vérité soit trop éprouvé. Quant à l'unité d'action, elle est indispensable. Tout ce qui est étranger à raction principale est erreur et superfétation ; cela nous choque comme une dissonance, parce que cela distrait notre attention, etTace une partie de l'impression produite, nuit à la clarté et par conséquent aussi à la vérité de l'expression. Sans doute la vérité absolue , celle qui vise ix l'impression de la réalité, exigerait les trois unités; mais en les observant rigoureusement, on se priverait souvent d'un moyen puissant de faire éclater la vérité de l'action par le contraste, ou par l'exposition du développement complet de la loi sociale.

Mais pourquoi, dira-t-on, si la poésie dramatique est le degré culminant de l'art, et comment se fait-il , que dans notre société moderne le gortt soit per-

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verli au point, de ne plus apprécier les cliors-J'œuvre de la tragédie? La tragédie n'est plus de mode, il est ¥rai t niais seulement pour une certaine classe de la société , et sans pour cela que le goût soil perverti. Cela tient aux mûmes causes qui ont produit la vogue du paysage aux dépens de la peinture d'histoire. Essayez d^ouvrir l'accès des tliéi\tres aux foules, en en diminua;:t le prix, et vous constaterez que la puissance du drame n'est nullement diminuée, mais que sa sphère d'influence est déplacée, lians des temps critiques, où Tédifice social chancelle sur ses antiques fondements, et où Thumaniié cherche avec terreur, la forme nou\elle qui rabrilern, le drame s'introduit dans la famille même, et les classes supérieures le trouvent irop souvent assis à leur foyer, pour qu'elles soient tentées d'en rechercher la fiction, à lilrede récréation. Au théiUre dramatique, elles n'ont plus rien à apprendre, que la vie ne leur apprenne tous les jours , et les émotions , qu'elles s'y procureraient, leur en rappelleraient trop souvent d'autres, plus vraies encore et plus poignantes, que la réalité a semées sur leur chemin. Tout an plus iront-elles admirer un acteur en renom, dont le débit vrai leur donnera les jouissances du beau , indépendamment du sens général et de la marche de l'intrigue. 11 n'en est pas de même des classes movennes cl inférieures. Acteurs inconscienls du mouvement social, absorbés par les besoins joamaliers et les devoirs sans cesse renaissants, im* prévoyantes du lendemain , elles mènent une vie plus calme et plus exempte d'émotions. Les orages sociaux passent par dessus leurs têtes; elles trembler» au gron-

dément de la foudre, qui les frappe et qui frappe audessus d^'eUes, et sourient à raro-en-ciel des trêves. Leur esprit a gardé sou impressionnabilité et son désir de connaître, leur cœur est avide d^émotioos. • Ce qui les prive le plus souvent des jouissances que leur procurerait un chef-d'œuvre du théâtre, c'est le prix qu*Fl faut payer à la porte.

Si la tragédie nous montre ffromme supérieur, luttant dans 4a société et succombant dans la lutte, sans être vaincu, k drame commue ou la comédie, nous montre une autre phase de la vie sociale, qui n'est pas moins vraie , mais qui produit des émotions d'un tout autre genre. Elle nous montre encore l'homme en lutte contre la société. Mais ce n'est plus l'homme 4(léal au point de vue du bien, le héros, qui réagit contre des institutions défectueuses et succombe sous leur fatale puissance, c'est Thomme inférieur, c'est le vice idéalisé qui est en lutte contre une société meil*^ leure que lui , qui succombe aussi , mais vaincu par le bien, à la grande satisfaction des spectateurs (4). L'homme supérieur, le héros, peut se trouver dans (les situations fausses, par suite de sa lutte contre la fatalité , sans pour cela qu'elles deviennent ridicules. En effet, le héros est lui-môme dans la vérité au point de vue du bien , ce sont les institutions et les événements qui ne sont pas dans le vrai et qui deviennent alors détestables et non ridicules. Pour faire ressortir vivement la fausseté de sa situation, le héros emploie

(l) Il est bi. n enteDda que nous n'HOteDdoDS parler ici que do la Téri* table comèiie , de celle qui « ridendo castigat mores. »

l'art de la parole. 491

ce qo'ôo nomme l'ironie. Dans la comédie, au con-

traH«, c'est le héros de la pièce qui est dans le faux,

l'iiteie est dans les événements et le comique natt du

te. La comédie a une origine analogue à celle

tragédie. Dans la représentation de dieu et du

^ qui se produisaient en personne dans les mys-

», il devait en eflFet se rencontrer souvent des situa-

faasses d*où naquit la farce d'abord , et la comédie

le, quand un goût plus pur eût éliminé du comique

fciélémehts grossiers et populaires qu'il comprenait à

ftfrîgine.

'Après la poésie dramatique est venue, de nos jours, la

poésiede genre au pointde vue subjectif, qui comprend en

jlartie l'œuvre de Gœlhe, de Lord By ron et d'Alfred de Mus-

M. Le poêle s'incarne dans son héros , il raconte ses im-

ssions propres et développe ses' idées ; l'homme est l'objet

dfèson étude plutôt que la nature ; les aventures du héros

[ autant d'images de la manière dont le poëte con-

{{bîtla société.. Ce genre tient un peu de tous les autres.

Wos il est vrai et plus il nous émeut ; la poésie au-

jôiitd'hui, au lieu d'arriver à l'âme par la nature, s'adresse

directement au sentiment ^ et celui-là est le plus grand

poëte, qui sent lui-môme avec le plus de vérité.

Nous avqns vu que la poésie a suivi , pour se déviBlopper , une marche analogue à celle de la société eh général et de l'homme en particulier. Partie du sentiment objectif et de l'image, elle aboutit au senttînént subjectif et à l'unité de l'être. Le progrès général iè l'art de la parole a été de la poésie vers la prose , de l'image, qui produit le sentiment, au sentiment luimême.

t^2 LE BEAU ET SON HISTOIRE.

La poésie est Tart par excellence. Elle embros&e aussi bien le monde des phénomènes que celui des esprits; elle sculple les vers et peint la nature et les mœurs; €lle édifie des temples plus magnifiques que ceux de rarchitecture : la danse et la musique lui sont tribu* t>)ires. Ces deux dernières enveloppent la parole et le vers, comme la sculpture et la peinture couvrent les monuments. De même que rarchitecle, le poète fait un plan de son œuvre , dont toutes les parties concourent au même but. Enfin, si Farchitecture dessert des besoins sociaux, la parole en dessert d'autres , et de plus elle est la maltresse souveraine des relations ; toutes les deux transmettent à Tavenir Thistoice complète des peuples; mais la première n'exprime que les idées et les besoins h un moment donné, pendant que Tart de la parole exprime toutes les idées, tous les besoins et toutes les relations. La poésie complète d'ailleurs le temple et le lliéâtre, eay venant habiter. De même Tart oratoire demeure dans les églises et les

prétoires, et de môme encore, la prose remplit nos écoles et nos ampirilhéâtres. L'art est un au fond , comme l'Etre, et ses manifestations, comme celles de l'Etre, se diversifient à l'infini dans le temps et dans l'espace,

B. l'art oratoire.

L'art oratoire se sépare nettement de la poésie par la suppression du mètre, c'est à proprement parier l'art de bien dire la prose : la pensée, le sentiment et la passion sont traduits par le langage parlé. L'Invention de la prose remonte au sixième siècle avant

l'abt de la paholil. 1\):)

J.-Ch. CadiDUS de Milct, qui vivait sou5 Algatle, mi de Lydie et pire de CnVsus, parait être le premier historien qui s'en soit servi. Il fut iniilé par Phérccyde el Hécatée. Appius Cœcus parait en avoir introduit l*usage chez les Romains vers 307 av. J.-Ch. Toutefois les premiers écrits en prose conservèrent un certain rbjthme musical , qui tenait encore beaucoup de la poésie.

Si dans la prose parlée la partie musicale et métrique est en grande partie supprimée, il n*en est pas de mfime de la mimique, qui joue un très-grand rOle dans la déclamation. Cependant les Grecs Tavaient grandement limité, et les tragiques, jusqu'à Euripide, |i?aient exclu complètement le pathétique de leurs œuvres. Ils avaient un si grand sentiment de TharnoDie plastique, qu'ils craignaient de laisser son cours à la source d*émotions engendrée par le désordre des passions; les figures même des acteurs, étaient rendues immobiles par le masiiue, et le cothurne, en exhaussant la stature, devait contribuer à la majesté de rimpression. Le héros , supérieur h la société , était ^ensé se dominer toujours lui-même, rester calme et digne, et planer, par un etTort de volonté, au-dessus des passions qui agitent le commun des hommes. L'orateur ancien s'observait, se regardait en quelque sorte parler, et ce n'est que dans les derniers temps du grand siècle de la Grèce, qu'il atteignit au suprême degré de son art, en conquérant l'action.

Ici encore c'est la vérité de la double expression , l'action et la parole , qui fait le succès de l'orateur. Nul ne convaincra , ne persuadera . ««'entraînera un audi-

loire s'il n'est pas d'abord convaincu lui-môme et si celle conviction ne semble rayonner de toute sa personne. Et nul ne passionnera-les hommes par la parole, si sa propre passionne semble ruisseler du fond de son âme, avec les paroles qu'il lance de sa bouche. Car là est tout l'art : être vrai. Les orateurs chrétiens, qui tantôt ployaient sous leur parole les foules émues et consternées , tantôt les soulevaient en masse et les précipitaient vers la terre sainte; les orateurs politiques de tous les temps, qui imposent aux assemblées l'ascendant de leur génie et semblent leur insuffler le feu de leur propre âme; les avocats qui dans les prétoires défendent le faible et protègent l'innocent; les artistes, qui sur la scène nous donnent le spectacle d'une vie plus réelle que la vie même; tous ceux enfin, qui savent émouvoir et persuader les hommes, usent d'un seul moyen : la vérité. Ce sont leurs sentiments et leurs passions qui coulent en torrents d'éloquence, et nous entraînent, souvent malgré nous , avec l'irrésistible puissance du torrent. C'est par l'éloquence que le progrès s'est réalisé dans rhumanitë avant l'imprimerie, et aujourd'hui encore, c'est d'elle qu'il doit attendre le secours le p^lus efficace. N'est-ce pas elle qui rend la parole réellement vivante, et n'est-ce pas la parole vivante qui sauve les sociétés?

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