‹ Le beau et son histoireChapitre 4 sur 64 · L*IDÉAL · texte numérisé non relu

L*IDÉAL

Aujourd'hui Tart est affranchi de la dualité qui le frappait dans son essor. La poésie aime à traduire en paroles les formes et les sentiments, à rendre les agitations de la nature par celles de la vie , et c'est la forme et la lumière qui sont appelées à rendre les sentiments et les pensées. Les formes les plus parfaites et la beauté môme sont considérées comme le résultat de la réalisation de ridée pure, et telle est l'origine et le sens de ce mot, ridéal, dans la sculpture antique. Ainsivdans les formes habitait une idée, ainsi l'idée régénérait kt forme (1). Dans le nouvel idéal l'unité est faite-.

L'idéal en lui-même, type primitif de toute beauté, expression souverainement vraie (2) , qui seule sembhe digne d'être sortie de l'Infini et dont les êtres vivants ne sont que des ressembkinces lointaines et obscurcies, l'idéal absolu , enfin , tel que le concevaient les anciens, peut-il être abstrait de l'infinie diversité de ses manifestations? Quel nom donnerons-nous à cet être , que Dioti me peint ainsi à So'crate dans le banquet de Platon :

« Beauté éternelle q«i ne naît ni ne pérfct , exenvpte de décadence comme d'accroissement, qui n'est point belle dans telle partie et laide dans telle autre , belle seulement en tel temps , en tel lieu , en tel rapport, belle pour ceux-ci et repoussante pour ceux-là. Beauté qui n'a point de forme sensible, ni visage, ni mains, ni rien de corporel, qui n'est pas non plus telle pensée

(1) D3 Flotte. De la sbayeraineté dn i)euplc.

(2) Un réalisme mal entenda prétend opposer la vérité àl'idéui, tandis qae l'idéal est la rérité rraie du beau. A. Pictet. Du. beau- daos: ^^ Q^itufe , l'a^rt et ia poésie,

OU lelle science particulière , qui ne réside dans aucun ^Ire variable, comme un animai, ou la terre ou le K^iel, ou toute autre chose, qui est absolument identique et immuable par elle-même, de' laquelle toutes les autres participent, de manière cependant que leur naissance ou leur destruction ne lui apporte ni diminution, ni accroissement, ni Ie*moindre changement J.... Pour arriver à celle beauté parfaite , il faut commencer par les beautés d'ici bas, et, les yeux attachés sur la beauté suprême, s'y élever sans cesse, en passant pour ainsi dire par tous les degrés de réchelle, d'un seul beau corps à deux, de deux à tous les autres, des beaux corps aux beaux sentiments , des beaux sentiments aux belles pensées, jnsqu*à ce que de connaissance en connaissance on arrive à la connaissance par •excellence, qui n'a d'autre objet que le beau lui-môme, et qu'on finisse par le connaître tel qu'il est en soi.

« mon cher Sociale, continua l'étrangère de Man- 1inée, ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est

le spectacle de la beauté éternelle Quelle ne serait

fpas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempler le beau sans mélange , dans sa pureté et sa simplicité, non plus revêtu de chairs et de couleurs humaines et de tous ces 'vains agréments condamnés à périr, à qui il serait donné de voir face à face , «ous sa forme unique, la beauté divine. »

A la question ainsi posée par Platon , nous pouvons répondre aujourd'hui. Le beau, indépendant de tous les phénomènes contingents et variables qui se renconirent dans la nature; le beau éternel comme Dieu et immuable comme lui , Tidéal desidéals, c'est la ma-

l'idéal. 29

nifestation de Tunité de TÊtne, c'est la Vérité sans parure , mais pleine de vie , dans sa chaste nudité (I).

(i) Was hier als Schoenhcit wir ompfunden, Wird dort als "Wahrheit uns en^egen gehn.

(Schiller. î^ûnstler. 1788.) Ce que notre sentiment nous a révélé comme heaulé ici bas, s'app..'Ut'iu. vérité au riel.

CHJLPITRE A.

LE BEAU DANS SES ftAPlPORTS AVEC LE SUBLIME

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