‹ Le beau et son histoireChapitre 5 sur 64 · ET LE JOLL — LE GOUT · texte numérisé non relu

ET LE JOLL — LE GOUT

La définition que nous avons donnée du beau peut s'exprimer par des formules très-diverses. D'après ce qui précède, on peut dire que c'est Texpression idéalement vraie d'un mouvement de Tâme humaine, autrement dit la splendeur de la vie exprimée par la vérité des formes.

Quoique la vérité soit une condition absolue du beau » elle ne suifit pas pour le réaliser, il faut encore que l'idée-mère soit idéalisée. En effet, l'expression de certaines passions sur la figure humaine est loin d'être belle ; le visage qui les reproduirait à leur plus haut degré, copié fidèlement ou vu dans un miroir, donnerait lieu à une œuvre repoussante ou du moins commune et triviale. Mais que ces mêmes passions soient idéalisées, qu'elles soient dégagées de la gangue matérielle qui les accompagne toujours dans leur brutale réalité, qu'elles soient reproduites comme types» le sentiment du beau naîtra 'Immédiatement de la vérité de leur expression : elle sera plus vraie que la réalité. Dans la vie privée Tavare ne présente rien de bien intéressant, c'est tout au plus un sujet curieux

le: sublime, le joli et le goût. 31

R éiiidiev, et pourtaiA quel admirable type il a fourni h Molière I

Noire définition est générale et nous devons montrer maintenant qu'elle s'applique au beau moral, aussi biejfi qu'au beau dans les arts.

Qu'appellerons-nous une belle action (I)? Evidemment ce ne sera pas une bonne action seulement, ni celle qui- résulte du simple devoir accompli. L'idéal que nous nous faisons de toute action à laquelle nous devons applaudir, dépasse les actions vulgaires. Pour que l'action devienne belle, il faut qu'elle résulte d'une notion plus élevée que celle du simple devoir, il faut que le bien du moi soit sacrifié. Le beau en efl'et est d'autant plus saisissant qu'il est plus supérieur à la réalilé et se rapproche davantage de l'idéal. Qu'on donne aux pauvres de son superflu, c'est bien, qu'on respecte leufs droits, cela est juste, mais qu'on soufl're soi-môme pour alléger leurs peines , qu'on sacrifie son bien-être pour partager leurs douleurs, cela est beau. Qj^'on pardonne à un ennemi, ce n'est que bien et nous est enseigné par la religion; mais qu'on lui donne l'hospitalité et qu'on lui sauve la vie au péril de soi-môme, cela est beau. Dans les actions, le beau représente donc une acception plus large , une idéalisation du juste et du bien ; c'est quelque chose de plus que ce qui. nous est imposé par le simple devoir et qui dépasse la stricte obligation moraie.

Ce que nous avons dit des actions peut s'appliquer aux caractères des hommes. Les pensées et les sentiments

(i) Une bslle action est celle qai a de la bonté ot qai demande de la force pour la fair» — (Montsgquieu.)

sont beaux lorsqu'ils sont Texpr^sion vraie, la révé^ktion irrécusable d'un caraclëre idéal au point de vu^ du juste et du bien.

La nature est belle parce que partout nous y trouvons la vie exprimée avec la vérité la plus idéale; parce* que nulle part \es harmonies de la vie, du mouvemenf et de la matière né sVxpriment d'une manière plus grandiose, et que ces expressions sont celles de Tunité même de l'être. Les uns y trouvent la manifestation solennelle des lois éternelles de Tordre et dir progrès. Partout ils y rencontrent le bien, c'est-iVdire le plus grand effet obtenu avec la moindre dépense de force et de matière. Pour les autres, la nature est Tépaftouissement splendidedela vie môme, sa forme la pluscomplète, son image la plus vraie. Pour d'autres, enfin,. elle est le reflet de leur propre conscience , et dans la nature ils lisent, comme dans un livre intime, leurssentiments, leurs penses et leurs passions. Si vousr avez dépassé rage heureux de la jeunesse, allez revoir un paysage que vous avez aimé jadis. Vous retrouverez les mômes montagnes, le* mômes vallées. Cet enfant qui descend de la hauteur, sautillant, babillant et jouant avca les cailloux, c'est le môme ruisseau qui vous parlait si doucement autrefois; c*est la môme fraîcheur, c'est le môme ciel. Et pourtant, hélas! ce n*e.^l* plus la môme chose. Vous croirez revoir la copie d'un Beau tableau dont jadis vous avez aimé l'original. Le charme de celte nature que vous revoyez, consistera surtout à vous rappeler les émotions de voire jeunesse j l'image de votre cœur que vous avez contemplée autrefois^ dnnos le miroir de la création.

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