LE SUBLIME, LE JOLI ET LE GOUT
S semble que noire orgueil se refuse à ne pas comprendre. Fille de Promôthée, notre âme cherche à s'élever vers les régions de la pure lumière, à dérober le feu du ciel, et retombant toujours, elle finit par s'avouer vaincue.
En général le sublime est l'expression de tout ce qui est au-dessus de la nature humaine, et comme cette nature est très-variable , les limites qui séparent le beau dti sublime diffèrent d'une personne à l'autre, selon rétendue plus ou moins grande du champ de leur compréhension. C'est ainsi qu'une action qui nous semblera belte, paraîtra sublime à une personne exceptionnelle , qui, dans son for intérieur, se rendra la justice de reconnaître qu'elle serait incapable de Taccomplir, et qu'elle ne saurait atteindre au dévouement , ni à la charité qui en ont été la source.
^i entre le sublime et le beau la limite est variable selon la hauteur intellectuelle et morale de Tesprit du spectateur , le beau lui-môme est conçu d'une manière très différente aussi , selon l'âge , le sexe , l'éducation de chaque personne, selon l'époque où elle vit, selon le degré d'avancement de la civilisation qui l'entoure. L'enfant ne comprend du beau que ce qu'il peut saisir;
raconte nne action généreuse , qnand on nous apprend que des hommes ont supporté des douleurs inouies pour rester ûdèles à leur opinion , jusqno dans ses moindres nuances , d'abord l'image des supplices qu'ils ont soufferts confond notre pensée ; mais par degrés nous reprenons des forces , et la sympathie que nous swtons avec la grandeur d'âme , nous fait espérer que nous aussi nous saurions triompher des misérables sensations de cette vie, pour rester vrais, nobles et fiers jusqu'à notre dernier jour. — (M""* de Staël. Lettres sur l'Allemagne. )
son âme n'est pas enlièrement développée; son idéal> encore rudimentaire, n'a pas eu le temps de se compléter au moyen des matériaux accumulés par la mémoire. Il passera indifférent à côté du tableau d'un grand maître, et des images d'Epinal le combleront de bonheur. Il est incapable de comprendre , de sentir ce que le peintre a voulu représenter; incapable de juger s'il a atteint son but. Sa mémoire ne lui retrace pas encore le détail des formes, il les voit en gros, et quand i^ dessine, il les reproduit de même, en se bornant à leurs caractères les plus saillants. Il en est ainsi de Thomme dont rinstructlon est restée inférieure, incomplète, ou dont l'organisation n'est pas susceptible du sentiment du beau. Nous admirons un bel arbre, qui réveille en nous le sentiment des harmonies de la nature, là où le bûcheron ne suppute que la quantité de bois qu'il en pourra tirer. Quelquefois môme le critique se trompe et émet un jugement téméraire sur une œuvre d'art, dont par préjugé , par obstination ou par toute autre cause, il n'a pu saisir le sens, alors que le public» qui n'analyse pas le sentiment qui s'impose à lui et qui juge avec son cœur, est d'un avis diamétralement opposé. Le contraire peut égalenr>ent arriver. La musique de Beethoven n'a été appréciée à l'origine que par quelques natures d'élite, le public l'a comprise plus tard , lorsque son éducation musicale a été assez avancée pour lui permettre de saisir le sens des œuvres du maître. Gela nous explique la vogue de certains peintres médiocres, qui, peignant pour les amateurs et le commerce, se plient aux convenances de l'époque, à ses préjugés, à ses errp-i»-^ alnrc que dp. arrands artistes, trop fl^rs pour