K BEAU LAUZUN
donner. Mais avant son départ, il voulut laisser à Laurun un gage de sa reconnaissance. Il vint à Paris faire ses dévotions à Notre-Dame et solennellement lui conféra l'ordre de la Jarretière, « En le lui donnant, raconte M™" de La Fayette, il mit au ruban bleu une médaille de saint Georges enrichie de diamants, qui était la même que le roi d'Angleterre qui eut le cou coupé avait donnée à son fils le feu roi en se séparant de lui (i). » Le même jour, il alla dîner chez Lauzun avec le nonce du pape, l'archevêque de Paris et d'autres personnages considérables de la Cour (2). Enfin, au moment de s'embarquer, il le laissa à Paris comme une sorte de ministre chargé des intérêts de sa couronne (3), C'est à ce titre, évidemment, qu'au mois de mars il visitait à la Bastille le vicomte Mountjoy soupçonné de trahison {4). Lauzun annonça, dès lors, ses prétentions à commander les secours qui allaient être envoyés en Irlande. Malgré les efforts qu'il avait tentés pour se rapprocher de Louvois, il sentait bien qu'il ne s'en ferait jamais un ami. Seignelay, tout au contraire, était bien disposé pour lui. Comme il était la créature de M°>« de Maintenon et étroitement lié à elle par ses sœurs, M™^ de Beauvillers et M™" de Chevreuse, c'est pour lui que Lauzun travaille. Il s'appliqua de toutes ses forces à employer son autorité de représentant de Jacques II et celle de la reine d'Angleterre pour tirer « l'affaire d'Irlande » des mains de Louvois pour la remettre dans celles de Seignelay (5).
(1) M""= de La Fajfetle, Mémoires, 233. « Il alla chez M°"= de La Fayette avec cette parure pendant que le roi d'Angleterre était chez Mademoiselle. Il ne lui dit rien. M"" de La Fayette regardait ce cordon bleu. Comme elle savait bien qu'il n'avait pas celui de France, elle ne comprenait rien à cette mascarade. Elle ne disait mot, ni lui aussi. Enfin il se mit à rire et lui conta tout. Il faut pourtant que le roi croie lui être obligé pour le traiter si bien. Le roi (Louis XIV) dit à M. de Lauzun que cet ordre n'était pas une exclusion du sien... L'étoile de ce petit homme est tout extraordinaire. » [Lettres, YIII, 495.)
(2) Dangeau, Journal, II, 338.
(3) M""" de La Fayette, Mémoires, 239.
(4) Archives nationales. 0* 33; Funck-Brentano, Les Lettres de cachet, 97.
(5) M""' de La Fayette, Mémoires, 239-249.