‹ Le beau Lauzun, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 13 sur 22 · CO · texte numérisé non relu

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qui devait « faire trembler la terre et maîtriser la mer ». Hélas! il était bien temps. Le 21 juin, le roi Guillaume avait débarqué. Des feux de joie dans les quartiers des Orangistes confirmaient les nouvelles qu'apportaient les espions. Il allait falloir disputer le terrain pied à pied, dans un pays où il n'y avait ni place, ni bois, ni rivière qui facilitassent la défense. « Je vous assure, écrivait Lauzun, que la tête ne me tourne pas davantage que si j'étais dans les galeries de Sceaux, quoique je voie bien l'état où nous sommes. » Nul dans le camp jacobite ne se le dissimulait, d'ailleurs. Lord Douvre, après avoir conseillé à Jacques II de faire un accommodement quelconque avec son rival- pour tomber sur la France en réunissant leurs forces (i), avait résolu de se ranger parmi les Orangistes. Il eut l'audace de demander au duc de Tyrconnel un passeport pour envoyer un trompette au camp de Schomberg (2). C'était bien l'heure de la fuite des hirondelles. Il n'y avait plus de pain pour quatre semaines et tout l'effort de Jacques II qui passait de dix-huit à vingt heures à cheval, de Lauzun qui enlevait les postes des régiments français protestants au service d'Orange pour connaître les dispositions et les forces de l'ennemi, se trouvaient impuissants dans une si terrible occurrence. L'armée de Schomberg, qui comptait près de 40000 hommes, n'était plus qu'à huit heures de marche. Le choc se produisit enfin le 8 juillet. Au point du jour, l'avant-garde des Orangistes marcha droit sur le camp des Jacobites qui furent obligés de se replier, de crainte qu'on ne les coupât de Dublin. Le lendemain, la bataille s'engageait. Malgré la mort de Schomberg, l'armée franco-irlandaise fut obligée à faire retraite, les régiments irlandais ayant lâché pied, en dépit de l'héroïsme du marquis d'Hocquincourt qui se fit tuer, ne pouvant faire marcher sa brigade. Les Hamilton se signalèrent aussi par leur valeur. Enfin l'artillerie maltraita si fort les colonnes ennemies qu'elles n'osèrent

(1) Dépêche à Louvois, 26 juin 1690 (Ranke, op. cit., VII, 7).

(2) Dépèche à Seignelay, 26 juin 1690.

l'expédition d'irlande i5i

tenter d'enfoncer l'infanterie française. Le roi Guillaume se contenta de les faire harceler par sa cavalerie et, durant toute la retraite qui se fit en bon ordre, presque sans tirer, de la part des Français, « car ils avaient depuis si longtemps la mèche allumée qu'il leur restait peu de munitions », ils se virent pressés de tous côtés. Sur le conseil de Lauwun, le roi Jacques, qui devait avant tout éviter d'être pris, avait regagné Dublin à la tête de quatre escadrons de cavalerie et de quatre escadrons de dragons.

Avoir sauvé le roi, couvert Dublin, gardé ses canons et le trésor de l'armée, c'était dans une pareille déroute un bonheur relatif. Tandis que le roi allait s'embarquer à Waterford, Lauzun et l'armée se retiraient sur Limerick (i). Il avait conçu les craintes les plus sérieuses sur les dispositions des Irlandais qui ne sollicitaient des commandements dans leurs contrées, pensait-il, que pour faire des traités à part. Limerick, d'ailleurs, n'inspirait aucune sécurité. Il n'y avait ni remparts ni tours où l'on puisse mettre du canon et il fallut installer une batterie dans le grand chemin devant les portes. Aussi Tyrconnel et Lauzun, laissant Boisselot à Limerick, prirent le parti de se retirer à Galhvay afin de pouvoir s'embarquer et sauver l'armée si la (lotte française attendue paraissait. « Les habitants leur fermèrent les portes. Lauzun fit si bien, usa de tant de ruses, leur présenta les choses d'une manière si avantageuse pour le roi Jacques qu'on les lui ouvrit. Après quoi, étant maître de la place, il fit mourir quelques-uns de ceux qui avaient contribué à la résolution qui avait été prise de ne point le recevoir (2). » Une fois installé à Galhvay, Lauzun adressa en France un long rapport sur ce qu'il appelait la bataille de Dublin. « Ce qu'il y a de pis pour moi, concluait-il, ce sont les gens à qui j'ai affaire ici. Et je vous assure, monsieur, que jamais homme ne

(1) Le rapport de Lauzun sur la bataille de la Bojne ou de Dublin, comme il l'appelle, est incomplet dans les Mss. Margry. Hanke en a donné le texte complet (Op. cil , Vil, 1(5). Lauzun s'y affirme bon général par ses qualités de sang-froid et de coup d'œil sûr.

(2) Histoire de la Révolution d'Irlande. Amsterdam, IG'Jl, p. 100.

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s'est trouvé dans une position semblable à la mienne. Je vous supplie d'être persuadé que ce n'est point la peur qui me la fait voir comme cela, mais l'impossibilité qu'il y a en périssant de rien faire de bien. Je vous assure, monsieur, que le sacrifice que j"ai fait au roi de venir ici me coûtera cher et que je ne crois pas de souffrances pareilles à celles que j'endure depuis que je suis ici. Cependant, je ferai ce que je croirai de moins mal à faire, vous suppliant, . monsieur, si mon sort me conduit à être vivant entre les mains des ennemis, de faire ressouvenir le roi d'avoir la bonté de m'en retirer (i). »

Heureusement le marquis d'Amfreville et son escadre arrivaient à GalKvay au lendemain de cette dépêche. Il n'apportait point d'ordres du roi propres à déterminer la conduite de Lau2un, mais sa présence était une garantie de salut en cas de péril urgent. Cependant, la dépêche que Laurun avait envoyé à Versailles avec la nouvelle de la défaite de La Boyne avait produit contre Laurun et contre le roi Jacques un vrai déchaînement d'opinion. Paris ne pouvait s'habituer à la défaite. On chantait par

les rues :

Jacques, partant de Dublin, Dit à Lauzun un matin :

« Conservez bien ma couronne.

J'aurai soin de ma personne.

Lampons, lampons,

Camarades, lampons ! »

Dès que Jacques fut parti, Lauzun mit tout en oubli.

Il conserva sa personne Et négligea la couronne.

Lampons, lampons,

Camarades, lampons!

Ainsi Lau:un, qui avait en somme accompli le programme qui lui avait été imposé, était dans l'opinion un homme qui n'avait pas réussi et qui avait échoué par sa |aute (2).

(1) Sautreau de Marsy, Nouveau siècle de Louis XIV, II, 35L

(2) En réalité, les coupables étaient ces officiers des rég'iments Famechon, Forest et Mérode qui avaient presque tous quitté et s'étaient rembarques en abandonnant leurs soldats. Lauzun signale

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