‹ Le beau Lauzun, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 14 sur 22 · L EXPEDITION O IRLANDE · texte numérisé non relu

L EXPEDITION O IRLANDE

Cependant, en Irlande, la marche du roi Guillaume se trouvait fort ralentie par le siège qu'il avait dû mettre devant Limerick. Boisselot, enfermé dans la place, s'y défendait avec ardeur, tandis qu'à Galhvay, Lauzun avait obtenu du marquis d'Amfreville que la |lotte demeurât aussi longtemps que la saison permettrait de retarder l'embarque ni e n t des troupes. Il s'occupait, d'ailleurs, de choisir c elles qu'on

transporterait en France. C'était Vélite des régiments irlandais que le roi emploierait sur le continent, quand on aurait perdu tout espoir en Irlande.

Lauzun ne désespérait pas,

d'ailleurs , qu'une bonne capitulation ne lui permît d'écrémer de même la garnison de Linaerick. Il avait le crève-cœur de recevoir des nouvelles de France qui lui

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Jacques II.

Portrait public après la Révolution

par le graveur A, Gole.

(IJibliotlii-que Nationale. Estampes.)

au contraire « un capitaine de Forest nommé La Ptijade que je trouvai, dit-il, toujours le long- de route avec un corps de Français de tous régiments, qu'il rassemblait le mieux qu'il pouvait, u (Dépêche à Louvois, 3 septembre 16',)n.) L'étonnant dans ces conditions était que La Marclie, Tournaisis et Zurlauben, dispersés pour chercher des vivres, aient rejoint leurs étendards.

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prouvaient combien ses ennemis avaient agi contre lui et cela au moment même où les Orangistes étaient contraints de lever le siège de Limerick et faisaient retraite sur Dublin. « Pourvu, écrivait Lauzun, que l'on n'entreprenne rien de mal à propos cet hiver, comme on Va fait au commencement de cette campagne, et que l'on se tienne sur la défensive faisant des courses à propos, l'Irlande est sauvée. Nos affaires ont pris un bon chemin après un malheur où j'ai vu les choses réduites à un tel état que nul ne peut croire. Peut-être, monsieur, le roi serait content s'il avait vu de près ceux qui ont travaillé à soutenir pareille chose. J'ai fait de mon mieux et je suis à bout de moi. Cependant la reine (d'Angleterre) me mande qu'une cabale de mes ennemis a fait de son mieux auprès du roi pour chercher à m'en ôter tout mérite. Je serais bien malheureux, monsieur, de faire le métier que je fais, joint à mes intentions que, j'espère, le roi recevra faute de mieux (i). » Le i3 septembre, l'embarquement des troupes commençait. D'Amfreville, brouillé avec Lauzun, avait dénoncé à Seignelay ce qu'il appelait sa lâcheté. « Je crois pouvoir prendre la liberté de vous dire que l'ordre que j'ai vu de M. de Louvois pour le rembarquement des troupes, en a été envoyé sur des raisons plus pressantes qu'elles n'étaient ici et je sais même secrètement que le marquis de Tressan, aide de camp, qui avait été envoyé en France, avait ordre de dire surtout que les affaires étaient ici désespérées, ce que je ne vois point par le peu de lumières que j'ai, s'il y avait ici un général ou même un homme ordinaire, qui n'eût pas la rage de retourner en France et qui n'insultât pas ces gens ici sur leurs conseils sans leur en donner jamais (2). » Le duc de Tyrconnel, après avoir pris les mesures nécessaires au gouvernement de l'Irlande en son absence, s'embarquait également pour la France. Le i5 octobre, on annonçait à Versailles l'arrivée des transports à Brest, et le

(1) Dépêche du 9 septembre à Seignelay.

(2) Dépêche du 9 septembre citée par Camille Roussel, Histoire de Louvois, III, 430.

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17 Lau2un arrivait à Paris. Il (ut admis à saluer le roi le

18 et le 20 il obtint une longue audience (i). La récompense, qui lui semblait acquise, se fit attendre quelques mois (2). Cependant, en mai 1692, Louis XIV le créa duc à , la considération du roi d'Angleterre. Le brevet érigeant la terre et comté de Lau^un en duché contenait, suivant l'usage, rénumération des services de Lauzun et cette déclaration que ce brevet satisfaisait l'inclination que le roi avait pour le comte de Lauzun (3).

Quelques mois avant (4 février 1692), Lauzun avait acheté à Passy la petite maison qu'y possédait Ferdinand de iMarchin. C'était une assez jolie propriété avec des terrasses dominant la Seine. Il y avait là des gazons, une ormoie, des bassins, des jets d'eau, un parterre avec des figures de marbre et un grand cadran solaire. Bref une jolie maison de campagne qui compensa par ses agréments tous les ennuis qu'elle valut à Lauzun qui la dut payer presque deux fois (4).

Au début de i6g3, l'on apprit que la santé de Mademoiselle s'altérait. Le 17 mars, son état s'aggrava et les médecins ne cachèrent pas qu'ils avaient mauvaise opinion de son mal; le plus grave était une rétention d'urine, pour laquelle, à l'exemple de Fagon, ils tentèrent d'employer l'émétique. Ce remède fit de si bons effets que l'on crut la princesse sauvée. Le 23 mars, elle reçut la visite du roi et

il) Dangeau, Journal, octobre 1690; Marquis de Sourches, Mémoires, III. 318.

(2j On continuait à le persiQer sur sa- campagne : Deux hiimnies, je dis de reuorii, L'un est Lau/un, l'autre Talon, En mentant sont tombés par terre.

Us auraient tous deux fort bien tait L'un de n'aller point à la <;uerre.

L'autre de rester au Parquet (Sautreau de Marsy, Nouveau siècle de Louis XIV, IV, ."i.) (•3) Archives nationales, 0* ;<6 et Oi .'i2; Clément, Madame de Montespan, 40.

(4) Archives nationales, T 'i7968. La propriété de Lauzun était ■ituée rue de Seine, aujourd'hui rue Haynmiard et allait jusqu'au < hemin au bord de la Seine. (J. Laûîtte, Un coin de Paris, 89. — Bulletin hislorique de Passy, V. 237.)

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de toute la famille royale. Mais après quelques jours de mieux, son état s'aggrava de nouveau le 28, et le i»"" avril, quand M™« de Montespan se présenta chez elle, elle la trouva sans connaissance. Après deux jours d'agonie, elle mourut dans la soirée du 5 avril (i). Le lendemain, on ouvrit le testament qu'elle avait déposé dans l'étude du notaire Lefer. C'était celui qu'elle avait rédigé en i685 et qui constituait Monsieur son légataire universel. Il confirmait les donations faites au duc du Maine, le roi les ayant approuvées, et le dauphin avait Choisy. Quant à Laurun, qu'elle avait refusé de voir pendant sa maladie, il était absolument passé sous silence. Un codicille, qui fut trouvé entre les mains de la supérieure des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, ne contenait qu'une augmentation de ses legs pieux et de ses dons à ses domestiques. Tout déshérité qu'il était, Lauzun, pour qui le testament n'était pas une surprise, voulut porter son deuil, comme un veuf porte celui de sa femme. Il parut le jour même, devant le roi en grand manteau noir, ce qui parut mécontenter Louis XIV (2). Le jour même, comme pour attester avec éclat qu'il était désormais libre, il fit une demande en mariage, ayant soin de demander, d'ailleurs, une jeune fille dont le mariage était arrêté avec un autre. Dans l'aprèsmidi du 7 avril, alors que Monsieur était dans la pleine nouveauté de l'héritage qu'il venait de faire, il se présenta chez lui, toujours en costume de deuil. Après une visite de trois quarts d'heure, il sortit de la chambre et un instant après, il y rentra apportant un grand paquet sur lequel étaient apposés six sceaux aux armes de Mademoiselle. « A propos, dit-il, en s'excusant de sa négligence, j'ai oublié de vous mettre ce papier entre les mains, que Mademoiselle a donné à garder il y a six ans à M™^ de Nogent. » Voilà l'inquiétude au camp des héritiers. Inquiétude d'autant pire, que Monsieur n'ose pas décacheter le scellé. Et

(1) Dangeau, Journal, IV, 247-260; Marquis de Sourches, Mémoires, IV, 169-185.

(2) Saint-Simon, Mémoires, I, 41.

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pourtant, si c'est un testament qui ne date que de six ans, adieu l'héritage. On court chez le premier président. Enfin, à minuit, après avoir passé plusieurs heures dans les transes et le souci, Monsieur reçut la nouvelle que le testament était daté de... 1670. « Laucun qui le savait sans doute, aura seulement voulu se divertir un peu, note Madame, princesse palatine, c'est un animal si méchant et si ingrat (i). » Bien qu'il fût parfaitement consolé de la mort de Mademoiselle et qu'il eût pris depuis longtemps son parti de la perte de son héritage, la portant d'autant plus légèrement qu'il conservait Thiers et Saint-Fargeau, comme il ne lui déplaisait pas de rester le mari de Mademoiselle, il ne voulut pas après son deuil reprendre sa livrée. Il s'en fit faire une d'un brun presque noir avec des galons bleus et blancs et il y avait partout chez lui des portraits de Mademoiselle (2 . L'année suivante, il les transporta rue Saint- Honoré dans la maison attenante à leur couvent qu'il loua aux religieuses de l'Assomption. C'était celle qui avait été habitée avant lui par le financier Gorge d'Entraygues (3).

(1) Madame, princesse palatine, Correspondance, 132-134; Dangeau, Journal, IV, 261.

(2) Saint-Simon, Mémoires, I, 41.

(3) Archives nationales, S 4627 ; Saint-Simon, 3/cTO0f>es, éd. Boislisle. HT, 116.

La Décrépitude d'un don Juan.

''n iôo5, Lauzun avait soixante-trois ans. C'est alors qu'il lui prit fantaisie de se marier « pour perpétuer sa race » disait- il. Le duc de Saint- Simon venait d'épouser, à vingt ans, l'ainée des filles du maréchal duc de Lorges, qui en avait dix-sept. Au lendemain des noces, quand, suivant le bizarre usage de cette époque, toute la Cour rendait visite à la nouvelle mariée, étendue tout habillée sur le lit de gala, il y avait auprès d'elle, parmi d'autres filles à marier, sa jeune sœur, Geneviève, qu'on appelait Mademoiselle de Quintin(i). Elle n'avait que quatorze ans et sa jeunesse charma Laurun. Le maréchal duc de Lorges, cadet de la famille de Dur fort, n'avait aucune fortune en dehors de ses charges. Sa situation à la Cour l'obligeait à mener grand train, ainsi que la maréchale, et il ne pouvait songer à doter ses quatre filles d'autre chose que de vaines espérances. Quant au grand-père, Nicolas de F"rémont, qui avait été garde du trésor royal et un des plus riches financiers du temps, il ne pouvait faire pour cette petite-fille que ce qu'il avait fait pour M™= de Saint-Simon, s'engager à lui laisser partie des débris de ce qu'il avait possédé. La fortune considérable qu'avait acquise Lauzun lui permettait de ne pas être exigeant sur la dot. Il se flatta qu'épousant la fille d'un général d'armée, il pourrait réussir à se mettre entre le roi et lui et, à la faveur des affaires du Rhin, se rouvrir un chemin, à succéder à son beau-père dans la charge de capitaine des gardes quil ne se consolait pas

(1) Saint-Simon, Mémoires, 1, 242.

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d'avoir perdue. Épouser une fille si jeune n'était pas pour l'effrayer. Sa vie jusque-là ayant été un roman, il se refusait à croire qu'il pût s'achever et avait encore l'ambition et les espérances d'un jeune homme. Au premier mot de sa proposition, la maréchale de Lorges se récria. Elle aimait trop sa fille pour vouloir entendre parler d'un mariage qui ne pouvait la rendre heureuse. Mais la toute-puissance du sans dot eut raison de ses résistances. Elle voulait que sa seconde fille fût l'égale de l'aînée. Mme de Frémont et le duc de Duras se servirent de cette considération comme levier. Les soixante-trois ans du mari n'effrayèrent pas la jeune fille. On fit valoir à ses yeux les charmes d'un tabouret de duchesse che^ le roi. D'ailleurs, un mari d'un pareil âge n'encombrerait pas longtemps son existence. Sur ce point, elle eut de cruels mécomptes, car il ne l'ennuya pas de ses colères et de ses quintes pendant moins de vingt-huit ans. Lauzun fut préféré à Phelippeau et, en fait, il n'avait pas la laideur de celui-ci. L'affaire fut donc conclue. On avait gardé le plus grand secret et, le i8 mai, la Cour apprit non sans étonnement la nouvelle du mariage. » Vous êtes hardi de mettre Laurun dans votre famille, dit le roi au maréchal de Lorges, le soir du jour où Laurun et lui lui avaient fait part des projets arrêtés, je souhaite que vous ne vous en repentiez pas. De vos affaires, vous êtes le maître, mais pour les miennes, je ne vous permets de faire ce mariage qu'à la condition que vous ne lui en dire- jamais le moindre mot (i). » Le contrat fut bientôt arrêté. Lauzun donnait 14000 francs de douaire et 20000 écus de préaput. Il faisait un gros présent de belles pierreries. Le maréchal ne donnait rien à sa fille, mais s'engageait à la loger et la nourrir ainsi que son gendre, et le grandpère assurait à sa petite-fille Sooooo livres après sa mort (2)^ « Nous portâmes le contrat à signer au roi, qui plaisanta M. de Lauzun et se mit fort à rire, raconte Saint-Simon, et M. de Lauzun lui répondit qu'il était fort heureux de se

(1) Saint-Simon, Mémoires, I, 243.

(2) Saint-Simon, Mémoires, I, 244, III, 490-491.

Antonm Sompar de Caumont, duc de Laiizun.

D'après un portrait du temps appartenant au dur de La Forro.

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