‹ Le beau Lauzun, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 17 sur 22 · IJO LE BEAU LAUZUN · texte numérisé non relu

IJO LE BEAU LAUZUN

de la rivière. La duchesse de Saint-Simon et la marquise de Biron, fîUe de M™» de Nogent, les aidaient à faire les honneurs. Conduite d'abord dans le grand salon, qui donnait sur les terrasses, la duchesse admira la vue de cette façade, dont la gauche regardait Paris et la droite Issy, Meudon et Saint-Cloud. Tandis qu'on tirait des boîtes en son honneur, elle visita les appartements de l'étage, puis on la conduisit dans une allée, au bas de la terrasse du côté de Chaillot, où Lauzun avait installé pour elle un jeu de bagues. Elle s'y amusa pendant trois quarts d'heure avec beaucoup d'adresse. A sept heures et demie, on servit un ambigu dans le salon. Toute la suite, jusqu'aux gardes et à la livrée, fut bien régalée sur les ordres du duc. Après l'ambigu, la duchesse de Bourgogne s'amusa une demiheure à regarder un joueur de gobelets, puis, toute satisfaite de cette fête si galante, vers neuf heures, elle remonta en carrosse en remerciant le duc et la duchesse et arriva à Versailles assez tôt pour le souper du roi |i). Le lendemain, la duchesse de Bourgogne témoignait à tous ceux qui lui parlaient son contentement de la magnificence et du bon goût de M. de Lauzun (2). Elle en parla au roi et peut-être la fête de Passy ne fut-elle pas étrangère à l'ordonnancement qui se fit vers ce temps-là de 'j^ 000 livres en faveur de Lauzun pour paiement de ses maisons de Versailles et de Saint-Germain qu'on lui avait prises pendant sa captivité (3). Au mois de décembre, il eut l'avantveille de Noël une assez ennuyeuse aventure chez la duchesse de Bourgogne. Il était le seul personnage de la Cour, qui, sans charge, eût les entrées des premiers gentilshommes. Les huissiers ordinaires de l'antichambre du roi connaissaient ses prérogatives, mais ceux de la duchesse de Bourgogne étaient, paraît-il, moins bien instruits. Lauzun ayant suivi le roi chez cette princesse qui était au lit, l'huissier fut le tirer par la manche et lui dit de sortir. Lauzun

(1) Le Mercure de France, août 1702, 241-247.

(2) Marquis de Soui'ches. Mémoires, VII, S.jI.

(3) Dangeau, Journal, VIII, 490.

LA DKCRKPITUDi: d'UN DON Jl'AN 171

crut à un ordre de M""* du Lude et n'étant pas sur d'être appuyé par le roi, il se dirigea vers la porte, sans répondre. C'était le duc de Noailles qui avait le bâton ce jour-là. Il vit la scène et parla bas au roi qui se divertit de voir Lau^un battre en retraite. La duchesse du Lude fut en grand émoi à la nouvelle de l'incident. Elle craignait fort Lauiun et prit les ordres du roi sur ce qu'elle avait à faire en pareille occasion. Louis XIV décida que Lausun devait entrer quand entraient les gentilshommes de la chambre, aussi bien cher la duchesse de Bourgogne que chez lui. M'"» du Lude craignait plus encore les valets que Laurun. Elle se contenta donc d'envoyer l'huissier faire ses excuses, maigre satisfaction qui redoubla la colère du duc. xMais le roi l'apaisa en lui faisant une honnêteté à son petit lever le lendemain et en le faisant chercher pour l'accompagner cher la duchesse de Bourgogne l'après-midi (i).

La petite fête de Passy fut renouvelée Télé suivant. La faveur de M me de Lauzun et de sa sœur M""- de Saint- Simon croissant auprès de la duchesse de Bourgogne, ;\Ime Ju Maine s'était mise en tête de disputer à sa nièce les deux jeunes duchesses. Cela déplaisait fort à Saint- Simon qui avait, dès ce temps, la haine des bâtards et le désir de mettre fin à leur crédit. Le conflit des deux princesses prit un caractère aigu un jour qu'à Marly la duchesse de Bourgogne retenait M"i« de Lausun au jeu, alors que, venue avec la duchesse du Maine, elle devait s'en retourner avec elle. M™'' de Lauzun essuya le lendemain, chez la duchesse du Maine, une scène furieuse, si bien qu'elle en sortit pour n'y plus rentrer de sa vie. Vainement, le duc du Maine et Monsieur le Prince essayèrent d'intervenir. La brouillerie n'eut de fin que quelques années après et l'ancienne amitié ne fut jamais reprise (2). C'est cette même année 1702, que le duc de Quintin épousa, beaucoup par les soins de Lauzun, la fille de Chamillart. Sur la nouvelle de la prochaine opération du maréchal de Lorges, qui se

(1) Datigeau, Journal, VIII, 266; Saint-Simon. Mcitioirex. 11,67. (J) Saint-Simon, Mémoires, X, 212-216.

mourait de la pierre, Lauzun. n'avait pu se dispenser de se rapprocher de ses beaux-parents et au lendemain de la mort du maréchal, il avait emmené sa belle-mère chez lui et l'y garda, comme pour effacer tout souvenir de leurs vieilles querelles. Ses bons procédés lui avaient ramené la maréchale de Lorges et il en profita pour se faire un mérite auprès du tout-puissant ministre de son rôle dans ce projet d'alliance qui, pensait-il, lui ouvrirait la porte du cœur et de l'esprit de Chamillart. Le duc de Quintin épousa donc, au milieu de décembre 1702, Hélène-Geneviève-Thérèse Chamillart, qui apportait à son mari une dot de Sooooo livres fournis contre l'usage ordinaire par le roi. Le duc de Quintin voyait la pension de 12000 livres de son père portée à 20000. Enfin, le i5 mars suivant, M™« de Lauzun abandonna à son frère la moitié de 3oooo livres qui lui revc?naient sur le brevet de son père (i). « La noce fut nombreuse et magnifique, raconte Saint-Simon. Rien n'égalait la joie du ministre et de sa famille. Rien n'approcha des empressements de M. de Lauzun. Rien ne fut pareil à ceux de M. Chamillart pour M"« de Saint-Simon et pour moi, de sa femme, de sa fille et de ses amis particuliers qu'il avait conviés (2). » Lauzun était d'ailleurs capable Je sacrifier beaucoup pour le mariage de quelqu'un de ses proches. Quelques années plus tard, en ijib, il fit tous les frais du mariage de Castelmoron, son neveu, qui n'était pas riche, avec la fille de P^ontanieu et il obtint même de Saint-Simon qui n'était aimable qu'à ses heures, ses bons offices pour le beau-père, ancien laquais de Grozat, devenu son caissier avant d'être garde-meuble de la Couronne.

Son caractère était ainsi un mélange d'amabilité, de grâce et de rosserie. Celle qu'il fit à son vieux camarade Cavoie empoisonna plusieurs années de l'existence du courtisan. Le maréchal de Châteaurenault, en dehors des mérites et de la capacité qui lui avaient valu le bâton, était un vrai

(1) Saint-Simon, Mémoires, II, 361-362.

(2) Sainl-Simou, Mémoires, II, 365.

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