‹ Le beau Lauzun, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 18 sur 22 · LA DFXREPITUDE D IN DON JUAN IJ · texte numérisé non relu

LA DFXREPITUDE D IN DON JUAN IJ

« buffle », un assommant balourd que toute la Cour fuyait. Il était parent de Mm« de Cavoie qui, dans une maison charmante, à Luciennes, près de Marly, recevait la fleur des pois pendant les Marlys. Lauzun. que le maréchal avait bien des fois ennuyé de sa compagnie, voulut s'en revancher aux dépens de Cavoie. Un jour qu'ils étaient ensemble à Marly.

il accosta Châteaurenault et lui dit, comme son ami, que Cavoieet sa femme se plaignaient un peu de lui. Il était de leur parenté, il était maréchal de France et il ne paraissait jamais à leur maison de Luciennes. Userait bon, le roi les aimant et considérant, que le maréchal n'eût pas l'air de dédaigner leur compagnie. Si,

au cours de ses visites, les Cavoie lui faisaient froide mine, il ne devait point s'en inquiéter. C'était une de leurs manies que de paraître ne pas vouloir qu'on troublât leur solitude, et au fond, ils ne désiraient qu'une chose, c'était que leurs salons fussent pleins de monde. Le maréchal remercia Laurun de ses bons avis, lui promit de lui garder le secret de son intervention et, sitôt qu'il pût, se rendit à Luciennes. Son arrivée mit tout en émoi. On croyait en être quitte pour une courte visite. Il y passa l'après-midi. Deux jours après,

Louis, duc de Sauit-Slruon.

D'après le portrait originnl.

(GBlerie Maxime Du val )

il arriva pour dîner. Cette fois, ce fut la grande désolation. Cavoie et sa femme mirent tout en jeu pour faire entendre au maréchal qu'ils étaient à la campagne pour éviter le monde. Châteaurenault n'avait pas oublié les avis de Lauzun, il connaissait la chanson et à chaque Marly, il tombait chez les Cavoie et n'en bougeait plus. Bien pis, il se mit à les fréquenter à Versailles. Cavoie s'en plaignait à tout le monde. Ses familiers n'étaient pas moins affligés que lui. Enfin le hasard révéla le rôle de Lauzun dans cette épidémie de Châteaurenault et comme l'histoire était arrivée aux oreilles du roi, il en pensa mourir de rire (i). Lauzun l'avait ennuyé tant de fois que c'était une fête que de le voir ennuyer les autres.

Ses proches n'étaient pas à l'abri de coups de langue de Lauzun et de ses incartades. Si intime qu'il vécût avec son beau-frère et sa belle-sœur de Saint-Simon, il pensa perdre le duc pour l'amour de faire un bon mot. M™<= de Maintenon détestait le duc d'Orléans, dans l'intimité de qui vivait Saint-Simon. Louis XIV, peut-être en souvenir de la Fronde, n'avait jamais cessé d'être soupçonneu:5c, sitôt qu'il entendait parler de quelque coterie. Or, un jour, Lauzun, se présentant à l'hôtel de Saint-Simon à l'heure du dîner, y trouve une compagnie qui ne fut pas à son gré. Au lieu d'entrer, il poussa jusque chez Torcy. On allait se mettre à table. « Il faut bien que vous me donniez un morceau, ou je ne mangerai point, dit-il piteusement. J'ai été pour dîner avec M. de Saint-Simon et je l'ai trouvé avec une compagnie qui m'a fait tourner bride pour n'être pas le zeste de la cabale. » Ce furent de grands rires, car aucun des convives n'était des amis du duc d'Orléans ni de Saint-Simon. Mais trois heures après, le propos était répété à M™'' de Maintenon et alors ce furent des enquêtes qui grossirent si bien les moindres gestes de l'ami du duc d'Orléans qu'il craignit un moment d'être chassé de la Cour (2).

(1) Saint-Simon, Mémoires, II, 378-379; Dangeau, Journal. IX, 93-94.

(2) Saint-Simon, Écrits inéditi, VII, 334.

LA DECREPITUDE D IN DON JUAN l'?

A l'automne de 170?, un autre trait de la malignité du duc fit jaser les courtisans. Déjoué dans ses desseins de regagner la confiance du roi par le canal du maréchal de Lorges, il avait établi d'autres batteries. Ce qu'il n'avait pu faire par le père, il voulait l'obtenir par le fils, gendre de Chamillart. Comme, bien que se portant à merveille, il avait pris depuis longtemps Vhabitude de faire le dolent et de se plaindre de mille maux imaginaires, nul ne fut étonné de le voir solliciter la permission d'aller prendre les eaux d'Aix-la-Chapelle et partir de Paris le 12 septembre. Il avait eu soin de semer avec beaucoup d'habileté que ce voyage n'avait pas pour but une simple saison aux eaux. En réalité, il comptait bien, parmi les étrangers qu'il pourrait aborder à Aix-l^-Chapelle, trouver des gens importants dont il tirerait ce qu'il pourrait, de façon qu'au retour il aurait quelque découverte intéressante à faire valoir au roi. La combinaison fut déjouée. Les oisifs, qui se trouvaient à Aix-la-Chapelle, ne lui donnèrent qu'une faible moisson de renseignements et il se décida, faute de matière, à abréger son séjour.

Au retour, il s'arrêta à l'armée du maréchal de Villeroy qui eut la gracieuseté de lui faire rendre les honneurs en souvenir du rôle qu'il avait joué en Irlande. Les deux armées étaient en présence. Latour, maître de camp de cavalerie, à qui Villeroy avait confié le soin de lui faire les honneurs du camp, le promena en vue des grand'gardes ennemies et, ennuyé de ses questions et de ses curiosités, l'exposa fort aux coups de pistolets des avantpostes. Lauzun était très brave. Au feu, il avait une « valeur froide qui connaissait le péril dans tous ses degrés, qui ne s'inquiétait d'aucun, qui reconnaissait tout, qui remarquait tout, comme s'il eût été dans sa chambre ». Sitôt qu'il eut remarqué le jeu de Latour avec lui, il se divertit à redoubler ses propos en s'arrêtant, comme sans s'en apercevoir, aux endroits les plus périlleux. Bref, il leur donna une leçon dont ils se souvinrent, car s'il y avait eu quelque hardiesse parmi les hussards ennemis, ils eussent été enveloppés, enlevés et eussent payé cher

leur folie (i). Quand il rentra à Versailles, beaucoup s'empressèrent autour de lui pour avoir des nouvelles des armées. Il jouait le réservé, l'aveugle, qui ne discerne rien à deux pas devant soi. Chez la princesse de Conti, le dauphin le pressait de questions. Gomment se faisait-il que les deux armées ayant leurs avant-postes en contact, le choc ne se produisit pas? Le roi souhaitait la bataille, qu'attendait le maréchal de Villeroy? Lauzun se défendait comme un homme qui veut être pressé. Il ne tarissait pas d'éloges sur la beauté des troupes, leur gaité, leur ardeur à combattre et toujours le daup'nin le ramenait à la même question : « Qu'attend le maréchal de Villeroy? » Enfin, il n'était plus possible de se dérober. « Monseigneur, lâcha Lauzun comme à regret, j'ai très exactement reconnu le front des deux armées de la droite à la gauche. Il est vrai qu'il n'y avait point de ruisseau, je n'ai vu ni ravin ni chemin creux, il n'y avait ni à monter ni à descendre, mais j'ai vu d'autres empêchements que j'ai fort bien remarqués. — Mais quels empêchements, faisait le dauphin, puisqu'il n'y avait rien entre les deux armées? » Lauzun battit longtemps les buissons, faisant toujours allusion à ces empêchements qui n'y étaient pas. Enfin, comme poussé à bout, il sortit une tabatière de sa poche : « Voyez-vous, dit-il au dauphin, il y avait une chose qui embarrasse fort les pieds. Une bruyère, point mêlée à la vérité de rien de sec ou d'épineux, peu pressée encore. C'est la vérité, je le puis dire hautement. Mais une bruyère haute, haute, comment vous dirai-je? » Et Lauzun regardait tout autour de lui comme pour chercher un objet de comparaison « ... haute comme cette tabatière ». Le dauphin éclata de rire, ainsi que toute la compagnie, tandis que Lauzun, faisant la pirouette, s'en allait (2). Le conte courut la Cour et la ville et, le soir même, arrivait aux oreilles du roi. On n'a jamais su ce que pensa le maréchal

(1) Saint-Simon, Mémoires, IV, 288-290, XIII, 82 et 471; Marqui de Sourches, Mémoires, IX, 395; Dangeau, Journal, X, 417.

(2) Saint-Simon, Mémoires, IV, 290-291, Xlll, 82.

Genêt ièi'e-Marie de Durfoit, duchesse de Lauzuii.

Portrait de Trouvain.

{bibliothèque Nationale. Collection Clairambault.)

17^ LE i!i:al' lau/un

de Villeroy de la façon dont Lauzun avait reconnu son hospitalité.

L'audace du vieux duc s'en permettait bien d'autres. Alors que ses armées étaient partout défaites, Louis XIV au Conseil du i'''" mai 1707 versa des larmes en examinant la situation du pays. Torçy s'offrit alors à se rendre en personne à La Haye. Connaissant à fond les intentions du roi, il pouvait mieux qu'un autre saisir l'occasion favorable pour une paix supportable. Le roi goûta fort sa proposition et il fut convenu que le ministre partirait en secret. Il se mit même en route, dit-on, avec un passeport d'ouvrier. Lauzun fut instruit, on ne sait comme, de ce qui s'était passé au Conseil. En des circonstances moins graves, il eût été tout heureux de faire montre de sa connaissance d'un secret d'Etat. Obligé de modérer ses visées, sur la fin de la matinée du 2 mai, il parut dans l'antichambre. D'un air d'indifférence, il se mit à demander aux uns et aux autres où ils allaient dîner, c Moi, dit-il, je vais chez Torcy où il y a excellente chère. » Bref, il fit si bien par ses propos qu'il excita le duc de Villeroy et cinq ou six autres à se rendre chez le ministre. Bien entendu, ils y trouvèrent porte close et visage de bois. Le soir, Lauzun faisait des gorges chaudes de ceux qui avaient été pris et se vantait d'avoir dîné en bonne compagnie (i). Il avait ainsi prouvé qu'il avait connu le départ de Torcy avant personne.

Il était convaincu que se singulariser était ce qu'il pouvait faire de mieux. Quand en juin 1709, sur le conseil de Desmarets qui était chargé des finances, on fit appel à la bonne volonté des particuliers pour trouver les ressources nécessaires pour continuer la guerre, chacun se mit en devoir, bien que le roi ne voulût forcer personne, de témoigner de son patriotisme en envoyant, soit à la Monnaie, soit chez Launay, orfèvre du roi, son argenterie et sa vaisselle plate. Après quelques hésitations, ce fut comme un torrent qui emporta la Cour et Paris. Les plus récalci-

(1) Dangeau, Journal, X, 404, note de Saint-Simon.

LA IiH;KI l'I MDK I) UN DON JIAN 171)

trants, comme Saint-Simon qui avait prétendu garder toute son argenterie, finirent par ccder. Quant à Lauiun, qui en avait quantité et admirable, il feignit de ne vouloir rien entendre. Le duc de N'illeroy lui demandant s'il l'avait envoyée devant les ducs de la Roche-Guyon, de Saint-Simon et d'autres : « Pas encore, dit-il de son ton doux, je ne sais à qui m'adresser pour me faire la grâce de me la prendre. Et que sais-je si tout cela ne passe pas sous le cotillon de la duchesse de Grammont? » Mais en réalité Lau2un avait été un des premiers à .suivre les indications de Louis XIV ^ii.

Il était fort soucieux alors, de l'avenir de son neveu, l'abbé de Belsunce, fds de sa sœur Anne et d'Armand de Belsunce, qui se convertirent sur le tard au catholicisme. L'abbé de Belsunce, un des élèves de l'abbaye de la Réole, favori du Père Le Tellier, avait dû entrer dans la compagnie de Jésus. C'était un saint prêtre, un peu borné, un peu ignorant, d'une admirable pureté de mœurs et les révérends pères avaient jugé plus utile aux intérêts de la (Compagnie de le pousser dans les rangs du clergé séculier. .Mais ils ne s'étaient pas désintéressés de lui. L'évêché de Marseille étant venu à vaquer, l'abbé de Belsunce en fut pourvu, et Lauzun fut aussi aise de voir son neveu évêque que l'aurait pu être le plus petit bourgeois {2). Quelques années plus tard, après la mort de Castelnioron, brigadier et capitaine général des gendarmes de Bourgogne, qui fut tué au camp pendant une fausse alerte, le duc obtint sa charge pour son autre neveu, M. de Belsunce, colonel d'infanterie. C'était à peu près tout ce qu'il voulait faire pour la branche Castelmoron. Bien qu'il détestât sa nièce et filleule, M™" de Biron, il croyait devoir à M""- de Nogent de faire de sa fille son héritière. Quand il eut dépassé soixantequinre ans, bien que sa principale occupation fîit encore de donner des rendez-vous à des grisettes aux Tuileries (3),

il) Saint-Simon, il/f/«o/rfs,\ VII, i<t8-'trj-, .1/. rcv/ze, jiiillet-aoïit, l'O'J.

(2) Saint-Simon, Mémoires, VI, 325-o2l).

(3) Saint-Simon, Mcmoires, II, 276.

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il se préoccupa d'arranger ses affaires. Le 6 novembre 171 1, il attribuait à sa femme sa maison de Passy, et le 3 février 1714, il vendait à Crozat la baronnie de Thiers pour le prix de 200000 livres. Le 25 février, par un nouveau marché, il lui cédait Saint-Fargeau (i). Dans cet ancien château de Jacques Cœur, arrivé par Antoinette de Chabannes à la maison d'Anjou, puis aux Bourbons, il n'avait jamais vu qu'une source de revenus, une belle et bonne ferme. Aussi ne s'y était-il rendu qu'une fois par curiosité (2) . Dès lors, sans cesser de mener grand train, il s'occupa d'acquitter ses dettes. Il avait recueilli une fille, élevée jusque-là à la Ville-l'Évêque, de M. de Malause. Sa mère était morte, et la veuve de son père, d'un caractère fort extraordinaire, ne sortait pas de ses terres du Languedoc. C'était une parente de Mm« de Lauzun. Elle et M™« de Saint-Simon en prirent grand soin. Ils en firent le mariage avec le comte de Poitiers, de la branche de Saint- Valier dont il était le dernier rejeton. Le mariage fut célébré à l'hôtel Lauzun (3), mais le comte de Poitiers mourut peu après les noces, laissant la comtesse enceinte. Elle était installée chez les Lauzun à Passy, et comme le duc d'Orléans, l'été qui suivit la mort de Louis XIV, devait passer une revue de la maison du roi, dans la plaine qui longe le bois de Boulogne, M™" de Lauzun estima malgré le premier deuil de sa pupille, qu'elle pouvait l'y mener, un peu enfoncée dans son carrosse. Or, comme on était tout à la joie de la préparation de la partie, pour le lendemain, Lauzun, qui était allé dans la matinée à Paris, en arriva. On tourna un peu pour le mettre au courant des projets arrêtés. Mais voilà qu'il éclata d'une colère terrible et dit tout ce que la rage peut vomir. A ses injures, M™e de Lauzun se mit à pleurer, M™'= de Poitiers à sangloter. Les

(1) Bulletin historique de Passy, III, 252; (Archives nationales, T 47968J; Chaillon des Barres, Les Châleaux d'Ancy-le-Franc, de Saint-Fargeau, de Chastellux et de Tantay, 7'.'.

(2) Chaillon des Barres, Les Châteaux d'Ancy-U-Franc, de Saint- Fargeau, de Chastellux et de Tanlay, 66- G7.

(31 Saint-Simon, Mémoires, XI, 85-86.

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Saint-Simon, qui assistaient à la scène, étaient fort gênés. La soirée fut une année. Aux fruits, Lauzun quitta la table à son habitude et s'alla coucher. M"^^' de Lauzun arrêta les propos en donnant des cartes. Le lendemain, au matin, Saint-Simon monta à la chambre de M. de Lauzun pour lui dire sa pensée de la scène de la veille. Il n'en eut pas le temps. Sitôt qu'il le vit entrer, il s'écria : « Vous voyez un fou qui ne mérite pas votre visite, mais les Petites Maisons, v Faisant le plus grand éloge de sa femme, il s'accabla, disant qu'il était plus digne de pitié que de colère, qu'à plus de quatre-vingts ans, sans enfant, après tous ses malheurs, sentant bien qu'il n'était plus rien, qu'il n'était plus capable de rien être, il ne pouvait se consoler d'avoir perdu sa charge de capitaine des gardes. C'était là la plaie de son cœur. Elle était aussi vive, aussi sensible qu'au premier jour. Quand il avait entendu sa femme dire qu'elle irait à une revue des gardes qu'il ne commandait plus, une telle rage l'avait pris qu'il en avait perdu la raison. Il n'osait, disait-il, plus se montrer après ce trait de folie. Il allait s'enfermer dans sa chambre, se cacher sous son lit et il se jeta aux pieds de Saint-Simon, en le suppliant d'aller trouver sa femme et de tâcher d'obtenir d'elle qu'elle voulût avoir pitié d'un vieillard insensé qui mourrait de douleur et de honte (i^. Le raccommodement ne fut pas difficile. M™'' de Laurun lui garda beaucoup moins rancune qu'elle ne l'avait fait lorsque, quelques années avant, il s'était mis en tête de vouloir jalouser ou feindre de jalouser M. de Cani, fils de Chamillart. En réalité, Gani ne lui donnait aucun ombrage et tout ce qu'il en faisait n'était que pour obliger le père à lui confier quelque commission lointaine. Aussi tenait-il à ce que Chamillart pensât qu'il était capable de tuer son fils. Il avait donc étalé, au passage ouvert de sa chambre, un râtelier de fusils et de pistolets et, comme

(1) Saint Simon, Écrit.i inédits, VII, 337-839. <( On pont croire que sa femme eut bien à souffrir avec lui. Il la tenta el tourna de toutes les façons, mais sur enfin de sa veitu, elle n'eut npn-s que des humeurs à essuver et à la fin devint assez la maîtresse. "

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son plan n'aboutissait pas, il fit à JM™*' de Lauiun, à Marly, au sortir du souper du roi, UBe scène qui ne servit qu'à augmenter la réputation de sa femme. Le lendemain, M"'« de Maintenon lui lava la tête et le roi lui fit des menaces. Lui, calmé, faisait mine de ne plus se souvenir de rien et s'e.xxusa sur ce que c'était le temps de l'année où, jadis, il avait été arrêté par Rochefort, époque qui lui rappelait tous ses malheurs et lui mettait l'esprit hors de son assiette. Ensuite, il démeubla peu à peu son arsenal (i).

Dans les premiers temps de la Régence, il se prit de beaucoup d'affection pour Rion. C'était un gros garçon, court, joufflu, à la figure pâle et bourgeonnée. Cadet de la maison d'Aydie, fils d'une sœur de M"'" de Biron, il n'avait sou vaillant, mais de belles dents et une lieutenance de dragons. Comme il était parent de M. et M™^ de Pons, cette dame d'atour de la duchesse de Berry l'introduisit au Luxembourg. La duchesse s'éprit pour lui d'une passion effrénée. Laurun, dont il était le petit-neveu, riait sous cape, en le voyant maître de tout au Luxembourg. Il s'amusa à lui donner des instructions. Rion, bon et honnête garçon, naturellement poli avec tout le monde et respectueux avec les femmes, ne tarda pas à traiter la duchesse de Berry comme Lauzun avait traité Mademoiselle. Seulement, c'était la caricature du maître. Fantasque et capricieux, il tira de la fille du Régent dentelles, joyaux, pierreries et riches habits (2). Biron aussi s'était poussé, ainsi que son fils, auprès du duc d'Orléans. Il en obtint des lettres d'abolition pour Bonneval, qui avait déserté à l'ennemi à la tête de son régiment en Italie, sous la condition d'épouser une de ses filles sans dot. Ce fut là encore une noce qui se fit chez Lauzun. Dix ou douze jours après, Bonneval retourna à Vienne et ne revit plus sa femme qui demeura chez son père (3). Trois ou quatre ans plus tard, le vieux Broglie s'avisa, sur des bruits de guerre, de demander

(1) Saiiit-Siinon, Écrits inédits, ^yiï, 327-328.

(2) Saint-Simon, Mémoires, XII, 436-437.

l-.i) Saint-Simon, Mcniuire.s, XIII, 198,

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