I-K BEAU LAUZUN
se mit à l'amuser, lui contant chaque jour quelque couleur pour lui faire prendre patience. Il n'était pas homme à se payer longtemps de cette monnaie. Las de ce manège, il résolut d'avoir le cœur net des doutes qu'il concevait et prit « une résolution incroyable, si elle n'avait été attestée de toute la Cour d'alors » (i). Il connaissait si bien les habitudes royales qu'il se procura le moyen d'assister incognito à une des « visites » que Louis XIV faisait à M™« de Montespan. « Le roi, dit Saint-Simon, venait tous les jours au commencement du soir chec M^^ de Montespan et quelquefois dans l'après-dîner. Tous deux se déshabillaient et se mettaient au lit. Puis, quand ils voulaient compagnie, se rhabillaient et passaient dans un cabinet où les familiers en petit nombre venaient les amuser. M. de Lauzun, qui n'était pas neuf dans la maison, avait une principale femme de chambre entièrement à lui (2). Il eut la hardiesse de lui proposer de le laisser fourrer sous le lit et elle la hardiesse d'y consentir. Le roi devait venir Vaprès-dtner, parce que le soir, il devait y avoir chez lui une espèce de ballet. Il arrive et tous deux se couchent ensemble. Après les moments les plus doux et quelques conversations à l'avenant, elle se tourna sur autre chose. M™" de Montespan conta au roi ce que M. de Lauzun était venu demander sur l'artillerie et ce qu'elle lui avait promis, mais pour se défaire de lui; et de là, comme elle était moqueuse, et malfaisante, et plaisante, avec ce tour charmant de Mortemart, elle enfile le diable de M. de Lauzun, son indiscrétion d'avoir
(1) L'expression est de Saint-Simon [Mémoires, XIX, 167), qui n'a connu la Cour que plus tard et transformée par M""* de Maintenon, mais Brienne conle une aventure analogue. « Un nommé Briard, dit-il, mauvais plaisant et qui importunait fort le roi, s'avisa un jour à Versailles, comme Sa Majesté était enfermée avec M""' de Montespan, de prendre une échelle, et passant la tête par la fenêtre, les surprit en une action qui ne pouvait, dit-on, souffrir de témoins. Il dit même je ne sais quelle impertinence. Le roi, sans s'émouvoii', le fit prendre et se contenta de l'envoyer à Saint-Lazare d'où il s'est sauvé depuis avec un frère fort las de son petit collet. » (Mémoires, U, 330-331.)
(2) Dans ses Mémoires (XIX, 167), Saint-Simon dit tout net que Lauzun couchait avec elle, « car tout lui était bon poui' être averti et protégé ».
LA JEUNESSE d'uN CADET DE GASCOGNE 35
parlé, ses fougues et ses hauteurs avec M. de Louvois s'il avait Tartillerie, dont le roi serait plus tourmenté qu'à gouverner toutes ses troupes ensemble. Le roi a répondu aussi sse3 désagréablement pour le pauvre patient qui, de dessous d'eux, n'en perdait pas une parole et suait à grosses gouttes de mâle rage et d'effroyable contrainte. Enfin, les amants se levèrent et le prisonnier fut délivré. Il revint peu après à la porte de M"»» de Montespan, attendre qu'elle sortit pour le ballet. Il lui présenta la main et lui demanda s'il osait se jlatter d'avoir eu quelque part en son souvenir auprès du roi. Elle lui répondit qu'elle n'avait eu garde d'y manquer et lui étala ses charges, ses recharges et son peu d'avance. M. de Lauzun lui laissa tout dire, ayant soin seulement de la faire marcher à tous petits pas, puis lui dit doux et bas, mot pour mot, ce qui s'était passé entre eux sans y manquer une syllabe et de là toujours doux et bas, l'appelle par les noms les plus infâmes, l'assure qu'il lui coupera le visage et la conduit quoi qu'elle put faire, jusque dans le ballet où elle arrive plus morte que vive, se trouvant mal, ayant perdu toute connaissance, aussi éperdue de l'exactitude de la répétition et si contiguë à la conversation, que des injures, des fureurs et des menaces. Le roi et elle crurent que ce ne pouvait être que le diable qui lui eût rendu un compte si prompt et si fidèle de ce qui s'était passé, et néanmoins dans une colère horrible (i). »
Le lendemain, Louis XIV apostropha Lauzun et lui lava la tête de la bonne façon. Furieux de voir l'artillerie lui échapper, Lauzun répliqua en reprochant au roi de se dérober à l'exécution de sa parole et le somma audacieusement de la tenir. Le roi répondit qu'il n'en était plus
(1) Saint-Simon, Ecrits inédits, VII. 313-314. On cite de préférence CCS pages parce qu'écrites longtemps après la mort de Lauzun, elles ne se ressentent que beaucoup moins des griefs du hautain duc et pair. Ici il se contentait de se souvenir de l'étrange personnage qu'il avait connu en ses vieux jours, « aimant peu de gens, mais bon ami et très bon parent sans qu'aucun fut à l'abri de ses coups de langue et de patte ».
tenu, puisqu'il ne la lui avait donnée que sous le secret et qu'il y avait manqué. Là dessus, outré de colère, Lauzun s'éloigna de quelques pas, tira son épée et la rompit, tournant le dos au roi, en s'écriant qu'il ne s'en servirait jamais pour le service d'un prince qui, pour le caprice d'une putain, lui manquait de parole. Louis XIV, à l'instant, ouvrit la fenêtre et jeta dans la cour du palais la canne qu'il tenait à la main. Il ne dit que cette seule parole : « De peur d'avoir à me reprocher d'avoir frappé un gentilhomme! » Puis, il tourna le dos et s'en alla.
A l'aube, le lendemain, Lauzun qui n'avait plus osé se montrer après la scène de la veille, fut arrêté dans sa chambre et conduit à la Bastille. Toute la Cour le jugeait perdu. Certainement, après un pareil outrage, sa carrière de courtisan était finie. Mais, parmi les amis que s'étaient faits jadis Lauzun, on comptait le marquis de Guitry qui fut tué au passage du Rhin en 1674, favori pour lequel Louis XIV avait créé la charge de grand maître de la garde-robe. C'était une espèce de sauvage, ennemi de toute société et qui vivait presque toujours renfermé chez lui. Non seulement Lauzun avait su l'apprivoiser, au point qu'il s'en laissa fréquenter, mais il était arrivé à faire avec lui une véritable association. En ce moment où l'on construisait la nouvelle ville de Versailles, on leur bâtissait à frais communs un hôtel surmonté d'un dôme qui faisait face au château entre les avenues et vis-à-vis celui que faisait bâtir le duc de Noailles (i). Dans le lâchage général des gens de cour, Guitry osa parler au roi en faveur du prisonnier. Il tâcha de lui rappeler le goût infini qu'il avait pris pour Lauzun, lui représenta que c'était le refus d'une aussi grande charge, témoignage de l'amitié du souverain, qui avait seule pu faire tourner la tête à Lauzun et bref, il inspira presque du remords à Louis XIV. Quelques jours plus tard, l'artillerie fut donnée au comte du Lude, capi-
(1) Ces deux hôtels furent abattus en 1679, lorsque Mansart éleva les deux grandes constructions qui ornèrent la place (Leroy, Histoire de Versailles, II, 2).
LA JEl'NESSE D IN CADET DE GASCOGNE
taine gouverneur de Saint-Germain et premier gentilhomme de la chambre. Pour payer l'artillerie, le comte du Lude devait vendre sa charge de premier gentilhomme de la chambre au duc de Gesvres, capitaine des gardes du corps. Le duc de Gesvres, qui ne pouvait plus monter à cheval, ne demandait qu'à céder sa capitainerie. Travaillée par Guitry, aux remords du mauvais tour qu'elle avait joué à Lauzun et des conséquences qu'avaient eues ses propos, peut-être aussi assouplie, comme le sont les femmes crossées, et dans la terreur de s'être fait un si mauvais ennemi, M™« de Montespan unit ses efforts à ceux du grand maître de la garde-robe.
Elle fit pitié au
roi de la situation de ce « pauvre homme », envers lequel on en avait « si mal agi » et qui n'était devenu fou que de désespoir de ne plus pouvoir compter sur ses anciennes bontés à lui et sur son ancienne amitié à elle. Louis XIV, qui était honnête homme et avait le scrupule de sa parole non tenue, se décida à faire offrir à Laurun comme dédommagement la charge qu'abandonnait le duc de Gesvres. Notre Gascon n'en voulait point démordre. Il avait la parole du roi et se refusait à la rendre. 11 fallut négocier avec ce
rraitroin-MichcL Letellier, man/uis île Louvois. (Bibliothèque Nationale. Eslauipus.)
prisonnier qui ne voulait rien entendre. Guitry alla prêcher son ami dans la Bastille et obtint à grand'peine qu'il aurait la bonté d'accepter les offres du roi. Après quelques résistances, Lauzun consentit à sortir de la Bastille capitaine des gardes (i) et sous engagement qu'il retrouverait sa faveur d'autrefois et qu'aussi bien Louis XIV que M™» de Montespan le traiteraient en ami. Les gazettes en vers enregistrèrent en ces termes l'accord fait :
Je sus hier, d'un homme de bien,
Que le marquis de Péguillain
Avec plaisir prendra la peine
D'être désormais capitaine
Des gardes du corps de mon roi.
Dont nous recevons tous la loi,
Et je suis sûr que sa personne.
Etant fidèle à la couronne,
Fera sa charge avec éclat
Au gré de ce grand potentat (2).
Quand Lauzun reparut à la Cour pour saluer le roi et prêter serment de sa nouvelle charge, ce fut à qui le féliciterait (3) et, en fait, il jouit dès lors de toute la confiance de Louis XIV (4), au point que l'année suivante, quand naquit le duc du Maine, ce fut lui qui fut chargé d'emporter dans son manteau le petit adultérin et de le conduire à Vaugirard, où la veuve Scarron devait présider à son éducation.
(1) Olivier d'Ormesson, Journal, 24 juillet 1669, cité par Chéruel [Mémoires de M''" de Montpensier, IV, 11-12). Les provisions sont en effet du 24 juillet (Archives nationales, 0* 13). La charge du capitaine des gardes valait 750 000 livres.
(2) Lettre en vers et en prose au roi, par Le Gravette de Mayolas, 3 août 1669.
(3) Le 10 août, Bussy-Rabutin écrivait à M""" de Montmorency : « Pour ce que vous me mandez de la fortune de Lauzun, je vous dirai que l'homme propose et le destin dispose. Qui aurait dit sur les fautes que nous avons faites tous deux qu'il ne serait que trois mois à la Bastille et que je souffrirais tout ce que j'ai souffert. La fortune fait passer les crimes des gens heureux pour des bagatelles et les bagatelles des gens heureux pour des crimes. » (Bussy-Rabutin, Correspondance, I, 193 )
(4) 11 était au mieux avec M"" de Montespan en décembre 1669 et elle s'employait pour lui. « J'ai un rayon d'espérance... Ce que vous devez croire est que l'on n'oublie rien de tout ce qui peut vous être bon et que je fais beaucoup plus pour vous servir que je ne ferais pour moi-même. » (Pierre Clément, Madame de Montespan, 218.)
Le roman de la Grande Mademoiselle ".
ii.LE Je Gaston d'Orléans, nièce de Louis XI IJ et par conséquent cousine de Louis XIV, la Grande Mademoiselle avait été incontestablement le plus beau parti de l'rance. Et cependant, malgré les projets de mariage, innombrables et tous à l'entendre plus brillants les uns que les autres, elle était arrivée jusqu'à sa quarantième année en conservant le titre peu envié de vieille fille. Cette grande princesse était une malchanceuse et jusqu'à un certain point une dévoyée, une ratée. Nulle n'était plus Française qu'elle et cependant elle avait fait la Fronde, enlevé Orléans au roi et donné la naain à l'étranger. Nul n'avait plus qu'elle la tradition de la monarchie de droit divin et elle s'était arrangée pour vivre non pas en révoltée, mais en boudeuse, et pour se faire tenir à l'écart de ces Tuileries où elle était née et de cette Cour où elle avait prétendu un moment, avant d'avoir tué son mari à la bataille de Saint- Antoine (2), occuper le premier rang. Elle n'avait môme pas la ressource de dire que, n'épousant pas le roi, elle n'avait voulu épouser personne, car elle avait gaspillé ses années de solitude à Saint- Fargeau, à esquisser, de sa propre autorité, et au grand mécontentement des conseils du roi, toutes sortes de projets d'alliance avec les fiancés
(1) A consulter pour la Grande Mademoiselle, outre ses précieux Mémoires, les deux ouvrages d'.\rvède Barine : La jeunesse de la Grande Mademoiselle et Louis XIV et la Grande Mademoiselle.
(2) Au moment où Mademoisflle fit tirer sur les troupes du roi le canon de la Bastille pour sauver Coudé, on considérait comme certain son mariage avec Louis XIV. « Elle a tué son mari, u dit Mazarin.
les plus divers, dont quelques-uns, comble de ridicule, étaient encore à la mamelle. Enfin, elle qui avait la plus forte dot de toutes les princesses à marier de l'Europe, elle avait si bien organisé sa vie, en adoptant les avis imprudents de ses dames de compagnie, M^^es de Fiesque et de Frontenac, qu'elle avait dû donner quitus à son père de la fortune qu'il avait dévorée. Ce sacrifice était la rançon d'un rapprochement de la Cour qu'elle boudait depuis si longtemps et où elle ne pouvait rentrer que par le crédit de Gaston qui n'avait, à dire vrai, que le plus minime crédit possible. A tous les procès qui avaient occupé sa jeunesse, elle devait d'avoir, par un étrange contrepoids à ses rêves romanesques, étudié la chicane à ce point qu'un conseiller au Parlement lui déclarait qu'elle savait son métier comme lui et parlait affaires comme un avocat, mais certes il lui servait peu d'avoir passé plusieurs semaines sur les talons de dix-huit experts, d'avoir pâli parmi la paperasserie, et les papiers timbrés, comme si elle ambitionnait de devenir clerc de procureur, puisque, en fin de compte, le résultat de toutes ses veilles avait été de l'appauvrir ou plutôt de diminuer sa situation. Cela lui avait donné un caractère difficile, pointilleux, que les mécomptes de sa vie avaient encore aigri.
Elle avait repris sa place peu fièrement à la Cour, après la mort de Gaston. Dans la pitié, plus ou moins de courtoisie, qu'inspirait à tous sa situation de vieille fille jalousée par sa belle-mère et enviée par de petites sœurs dotées à ses dépens, on l'avait autorisée tout d'abord à paraître dans les camps où Louis XIV s'amusait à commander l'exercice aux soldats de sa garde. Puis, elle avait été du voyage de la Bidassoà où la question de savoir si sa queue serait portée par un duc ou par un moindre personnage avait donné de la tablature au cardinal Mazarin. Lauzun, alors Puyguilhem, était aussi du voyage avec ses becs de corbin. Elle remarqua que, pour on ne sait quelle raison, il eut une querelle avec le marquis d'Humières qui commandait la deuxième compagnie, mais elle paraît avoir beaucoup plus accordé d'attention à la querelle qu'au que-
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relieur (i). Il en fut tout autrement, au printemps de iGGy, ce jour où, écoutant chanter la comtesse de Soissons qui passait en revue les gens de la Cour et leur donnait à chacun son paquet, le roi, qui laissait passer le couplet sur La Vallière sans souffler mot, interrompit quand la comtesse en vint à celui-ci :
De la Cour La vertu la plus pure Est en Péguillain.
< Si on a voulu le fâcher, dit-il, je trouve que l'on a tort et que, quand les gens agissent comme lui, ils ne se doivent inquiéter de rien. Mais, pour les autres, on les traite fort mal. » Naturellement, après cette sortie, la chanson en resta là. « Je pris plaisir, écrivait-elle plus tard dans ses Mémoires, à voir la manière dont le roi parlait de lui. J'avais quelque instinct de ce qui devait arriver (2). » En réalité, il y avait déjà beau temps qu'elle l'avait remarqué. N'avait-elle pas, au moment même du camp de Moret et quand Lauzun avait été nommé colonel général des dragons, été de celles qui auraient voulu admirer le régiment et le bon air de son colonel. « J'ai ouï dire en ce temps-là, — depuis il ne serait pas surprenant que l'on me l'eût dit, — écrit-elle dans ses Mémoires, que rien ne fut plus joli, mieux fait, ni de meilleure mine que lui: j'estimais fort M. de Puyguilhem, il me plaisait, je le trouvais de bonne compagnie, mais je n'avais nulle habitude avec
(1) M"° de Montpensier, Mémoires, III, 478. Les Mémoires de Mademoiselle sont un des meilleurs documents pour cette période. Il est difficile de prouver 1 authenticité des conversations qu'elle rapporte, mais en tenant compte des passions qui l'inspirent tour à tour et en faisant la part, on doit admettre l'exactitude de son récit. Après avoir lu les Mémoires sortis de sa plume, Saint-Simion écrivait: « Qui a un peu connu M. de Lauzun le reconnaîtra en tout ce que Mademoiselle en raconte et jusqu'à croire l'entendre parler. » (Ecrits inédits, VII.) La version de Lauzun eût été intéressante, mais Saint- Simon qui naquit seulement quand Lauzun était à Pignerol essaya vainement de lui faire écrire ses souvenirs. « C'eût été, dit-il, un trésor des plus curieuses anecdotes, mais il n'avait aucune suite ni application. »
(2) M"' de Montpensier, Mémoires, l\, 68.
lui (i). » Cependant, sitôt qu'il fut capitaine des gardes et qu'en; juillet lôôg il prit son premier quartier, elle ne fut pas des dernières à s'apercevoir qu'il faisait cette charge du meilleur air du monde ^2). Lauzun distingua bien vite que cette princesse mûre le regardait de fort bon œil et, comme il avait la parole mielleuse, il n'attendit qu'une occasion de l'engluer. « Quand je lui fis mes compliments, raconte-t-elle, il me répondit qu'il était bien persuadé de l'honneur que je lui faisais et que depuis quelque temps que je lui parlais, tout bonheur lui arrivait. Je commençai dès lors à Tentreteniravec plaisir. Il est fort agréable ; bien des gens y en ont pris, mais sans aucune préoccupation. C'est qu'il est de fort agréable conversation et a des manières de s'expliquer tout extraordinaires (3). » Elle s'aperçut que ses idées changeaient sur bien des points. Elle avait jadis chassé une femme de service favorite parce qu'elle se mariait; elle se mit à faire elle-même des mariages. Elle qui s'ennuyait si fort à Saint-Germain, prenait l'habitude de n'en pas bouger et quand elle s'en retournait à Paris, elle ne s'y pouvait souffrir. Le prince de Toscane, son beau-frère, celui qui fut plus tard Cosme III, était venu en France. Ce lui fut un prétexte à prolonger ses séjours à Saint-Germain et à Versailles. Le prince de Toscane parti, force lui fut bien de se rendre à Saint- Fargeau. « M. de Lauzun me pria fort, si j'avais quelque commission à donner à la Cour, que je m'adressasse à lui, qu'il serait mon solliciteur, qu'il me priait de croire que, quoique je le connusse depuis peu de temps, il ne céderait en rien à mes plus anciens serviteurs, qu"il se persuadait que j'avais quelque confiance en lui, que cela l'avait touché vivement (4). » Elle demeura à Saint-Fargeau jusqu'à la fin de décembre. Puis, elle se rendit à Saint- Germain et de là à Versailles et ensuite à Paris, parce qu'elle n'osait retourner trop vite à Saint-Germain. La
(3) M"" de Montpensier, Mémoires, IV, 73.
(4) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 85.