‹ Le beau Lauzun, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 4 sur 22 · T.E BEAU LAUZUN · texte numérisé non relu

T.E BEAU LAUZUN

reine l'y appela et elle en fut fort aise. « M. de Lauzun était souvent chez la reine. Je causais souvent avec lui (i). » Chez Madame, elle le trouvait aussi qui venait deux ou trois fois par jour. Madame, très délicate, était presque toujours sur son lit, habillée. Elle l'envoyait près de la cheminée pour se chauffer et amuser ceux qui faisaient visite (2).

C'est pendant cet heureux séjour qu'elle fut amenée à faire son examen de conscience et s'aperçut qu'elle aimait Lauzun. Le don Juan l'avait, elle aussi, séduite. Cette découverte amena tout un revirement dans son esprit. L'année précédente, elle avait envoyé Segrais, son secrétaire, consulter un Père minime de Perpignan qui passait pour un habile homme en astrologie. Elle lui avait remis son horoscope et l'avait chargé de savoir de lui si elle se marierait. « Monsieur, s'était écrié le minime, elle ne sera pas mariée. Ne voyez-vous pas que voilà Jupiter et Mercure en opposition? Les règles de notre art seraient fausses si cela arrivait (3). » Elle n'était pas femme pourtant à chercher l'amour en dehors du mariage. Elle se souvint que jamais personne ne lui avait témoigné de l'amitié. Elle pensa qu'il fallait une fois dans sa vie goûter la douceur de se voir aimer de quelqu'un qui valût la peine qu'on l'aimât. Elle regardait Lauzun comme le plus honnête homme du monde, le plus agréable et se disait que rien ne manquait à son bonheur que d'avoir un mari fait comme lui, qui l'aimerait fort et qu'elle aimerait aussi (4). Dès lors, cette vieille fille, qui avait paru à tous « le cœur du monde le plus rude et le plus malpropre à l'amour » (5), devint éperdument amoureuse. Elle se plaisait à rester toute seule dans sa chambre, à rêver de ce qu'elle ferait pour son mari. Il lui devrait tout et ce qu'il lui devrait était encore

(2) M"' de Montpensier. Mémoires, IV, 90.

(3) Segraisiana, 122-123.

(4) M"° de Montpensier, Mémoires, IV, 92.

(5) Supplément aux Mémoires de Bussy-Rabutin; lettre au comte de Limoges.

au-dessous de ce qu'il méritait. Sur cette route, elle marchait à grands pas. « Il me parut, raconte-t-elle, que je trouvais plus de plaisir à le voir et à /'entretenir qu'à l'ordinaire, que les jours que je ne le voyais point il m'ennuyait. Je crus que la même pensée lui était venue, qu'il n'osait me le dire, mais que les soins qu'il avait de venir cher la reine, de se rencontrer dans la cour, quand il sortait des galeries, enfin, partout où l'on pouvait se voir par hasard, me le faisait asser connaitre (i). » Elle s'appliqua ces jolis vers de la Suite du Menteur de Corneille, qu'elle avait entendus autrefois au théâtre, qu'elle n'avait jamais oubliés et qu'elle voulut relire :

Quand les ordres du Ciel nous ont faits l'un pour l'autre,

Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.

Sa main, entre les cœurs, par un secret pouvoir,

Sème l'intelligence avant que de se voir;

Il prépare si bien lamant et la maîtresse,

Que leur âme, au seul nom, s'émeut et s'intéresse.

On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment.

Tout ce qu'on s'entredit, persuade aisément,

Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles,

La foi semble courir au-devant des paroles.

La langue, en peu de mots, en explique beaucoup;

Les yeux plus éloquents font tout voir tout d'un coup;

Et de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent,

Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.

Elle était trop bonne chrétienne pour résister aux ordres du Ciel et elle ne songea plus dès lors « qu'à rêver à la douceur de demeurer en son pays où il y avait si peu de gens au-dessus d'elle, ce qui pourrait la guérir du regret qu'elle pouvait avoir de n'être pas reine dans des pays étrangers, dont les rois n'étaient pas faits comme Lau- -un » (2). Bref, elle fit résonner tout le clavier des grandes amoureuses. Une seule réflexion trahissait en elle la femme de quarante-trois ans qu'elle était. Elle s'amusait de décevoir l'espérance de ses héritiers et de déjouer les ambitions qu'ils avaient conçues d'avoir son bien. Elle

(1) M"" de Montpensier, Mémoires, IV, 92.

(2) M"* de Montpensier, Mémoires, W , 94.

demeura ainsi, plusieurs semaines, nourrissant son rêve, hésitant à se confier à Madame. « Enfin, dit-elle, après avoir souvent repassé le pour et le contre dans ma tête, mon cœur décida l'affaire, et ce fut aux Récollets que je pris ma dernière résolution... Jamais je n'ai été à l'église avec tant de dévotion et ceux qui me regardaient me trouvaient bien absorbée, car j'étais assurément tout occupée. Je crois que Dieu m'inspira ce qu'il voulait que je fisse (i). » Sa décision prise, elle fut toute gaie, impatiente d'agir. Elle qui, pendant les semaines précédentes, n'avait parlé à Laurun que de choses fort indifférentes et en tiers, elle mourait d'envie de lui donner occasion de lui dire ce qu'il ressentait pour elle, car aimant, elle était sûre qu'elle était aimée. Lauzun, cependant, se tenait à l'écart. On avait parlé, pendant ce temps-là, de la marier au prince Charles de Lorraine à qui le roi devait rendre sa province. Ce lui paraissait une occasion d'aborder Lauzun et de l'amener à parler mariage. Elle était à ce point fébrile qu'elle ne put résister au désir de faire vite. Elle l'envoya chercher dans la chambre qu'il occupait au palais. On revint lui dire qu'il n'y était pas. Elle savait combien il était intime avec Guitry. Elle alla, elle-même, le chercher dans la chambre du grand-maître de la garde-robe. Vaine démarche. Gomme, en descendant, elle entrait chez la reine, elle aperçut Laucun qui causait avec la comtesse de Guiches. Celle-ci n'était point disposée à lâcher son interlocuteur. Il lui fallut attendre et s'apaiser. Alors, faisant mine de prendre conseil de Lauzun sur le projet de mariage, elle lui dit comment elle avait eu jusque-là peu de désir de se marier, malgré tous les mariages dont on avait parlé pour elle. « Je suis heureuse véritablement, conclutelle, mais j'enrage quand j'entends compter les gens qui aspirent à ma succession. — Ah ! répliqua le malicieux Gascon, pour cela je serais au désespoir et rien ne me donnerait tant d'envie de me marier. » L'arrivée de la reine les interrompit et Lauzun eut tout juste le temps de lui dire :

(1) M"" de Montpensier, Mémoires, IV, 95.

« Je veux profiter de l'honneur que vous me faites de vous fier à moi et il y a trop de choses à dire sur un chapitre si important, pour ne pas le reprendre où on est demeuré (i).» En effet, le lendemain, après le dîner de la reine, Lauzun vint la trouver et, comme en badinant, fit renaître la conversation. Il était si glorieux d'être le chef de son conseil. Il avait fait depuis la veille bien des châteaux en Espagne. « Je plains l'état où je vous vois, lui dit-il, et je vous trouve bien heureuse de m'avoir trouvé pour vous décharger votre cœur quelquefois, car je vois bien qu'il y avait longtemps que vous cherchiez sans trouver quelqu'un digne de l'honneur de votre confiance. Je m'estime le plus heureux de tous les hommes de ce choix et j'ose vous dire que vous vous en trouverez fort bien et que j'en vais faire mon plaisir et mon unique joie après le service du roi. » Et tout aussitôt, il se mit à analyser sa situation. « Vous n'avez rien à souhaiter pour la grandeur, pour le bien, l'établissement; tout vous rit sur ces chapitres. On vous estime, on vous honore, par votre vertu, par votre mérite, autant que par votre qualité, chose agréable de se devoir cela à soimême. Le roi vous traite admirablement bien ; il vous aime. Je vois qu'il se plaît avec vous. Qu'avez- vous à désirer? Si vous aviez été reine, impératrice, vous vous seriez fort ennuyée; ces conditions-là ont peu d'élévation par-dessus vous et ont plus de peine et moins d'agrément. Demeurez donc toute votre vie ici, avec tous les agréments que vous y avez et tous les avantages que vous y possédez. Si vous avez envie de vous m.arier, vous avez de quoi faire un homme égal en grandeur et en puissance aux souverains. Il saura par-dessus que vous aurez le plaisir de l'avoir fait; qu'il vous en aura l'obligation; il dépendra du roi qui est en goût de vous, en tiendra sa grandeur comme de vous; ce qui vous en est un autre, par l'amitié que vous avez pour le roi et par la relation de sa grandeur à la vôtre, dont vous êtes si vivement touchée. Il ne faut point dire comme il faut qu'il soit fait pour posséder un tel honneur; car en

(1) M"* de Montpensier, Mémoires, IV, 97.

VOUS plaisant et étant choisi par vous, ce sera un homme admirable. Rien ne lui manquera; mais où est-il? Tout ceci est beau; mais j'ai peur, comme j'ai dit, que ce ne soit un château en Espagne, par l'impossibilité de trouver quelqu'un qui vous puisse plaire. » La princesse se mit à rire. Il y avait deux heures qu'ils causaient. La reine sortit de son oratoire (i).

A partir de ce jour-là, d'ailleurs, Lauzun se fit rare. Elle le voyait presque tous les jours, mais il ne l'abordait pas. Il fallait que ce fût elle qui vînt à lui. Il employait avec elle le même système qu'avec ses maîtresses d'autrefois, les femmes des billets amoureux desquelles ses cassettes étaient pleines. Ayant jeté l'hameçon, il se retirait à l'écart jusqu'à ce que la proie vînt se prendre toute seule. Il ne lui déplaisait pas d'ailleurs d'ajouter quelques duretés. « Sa maxime, rapporte Saint-Simon, était que les Bourbons voulaient être rudoyés et menés le bâton haut. Sans quoi, on ne pouvait se conserver sur eux aucun empire (2). » Il traita la Grande Mademoiselle en Bourbon et après l'avoir appâtée, il ne lui parla plus que des mille difficultés, des dégoûts que leur grand projet rencontrerait. Il alla plus loin. Il se permit des critiques et malgré les précautions oratoires, il dit à cette femme de quarante-trois ans, qui accepta humblement ses insolences, ce qu'une femme endure toujours le plus difficilement : « Je ne vous veux pas flatter dans une chose où il va de votre salut, du repos de votre vie. Je vous en vais bien dire qui ne sont pas gracieuses et qui vous déplairont peut-être : c'est que je trouve que vous avez raison de prendre un parti, rien au monde n'étant si ridicule, de quelque qualité que l'on soit, que de voir une fille de quarante ans, habillée dans les plaisirs, dans le monde, comme une de quinze qui ne songe à rien. Quand on est à cet âge, il faut se faire ou religieuse, ou dévote, ou habillée modestement n'aller à rien. A cause de

(1) M"« de Montpensier, Mémoires, IV, 98-99.

(2) Le rapprochement est d'Arvède Barine [Louis XIV et la Grande Mademoiselle, 263-264).

votre qualité, vous pourriez une fois, pour faire votre cour, aller à un Opéra. Encore ne faudrait-il pas que ce fût tout le temps et vous en faire bien prier, ne témoigner pas être aise ni y prendre plaisir, ne louer rien par l'inapplication que vous auriez: aller à vêpres, au sermon, au salut, à l'assemblée des pauvres, aux hôpitaux, ne s'acquitter des devoirs envers la reine, où votre qualité vous oblige, qu'en pareilles occasions, ou bien vous marier; car l'étant à tous les âges, on va partout ; on

est habillée comme les autres, pour plaire à son mari. On va aux plaisirs, parce qu'il veut qu'on fasse comme les autres; mais ce mari me paraît une chose bien difficile à trouver; et peut-être quand on l'aurait trouvé à sa fantaisie, aurait-il des défauts qui vous rendraient malheureuse? C'est pourquoi, on ne sait que dire là-dessus (i) ? v

Ainsi, Lauzun semblait décidé à ne pas s'avancer davantage et à laisser à la Grande Mademoiselle la responsabilité du pas décisif. Le manège de la vieille amoureuse,

Mademoiselle de Muiilp<.„^ic/ u ^ in^i ans.

D'après un émail de Petitot.

(liibliotliè(iue Nationale. lùstanipes.)

L (1) M"' de Montpeiisier, Mémoiies, IV, 100.

5o LE BEAU LAUZUN

la recherche continuelle qu'elle faisait de ce garçon de trente-sept ans, leurs longues conversations n'avaient pas échappé aux yeux vigilants de certains des amis de Lauzun. Or, on vint à parler, en ce temps-là, de marier Mademoiselle avec Charles Paris de Longueville qu'on appelait alors le comte de Saint- Pol. C'était celui des fils de la duchesse de Longueville qui ressemblait infiniment à la Rochefoucauld, et pour cause. Il n'avait que vingt ans et sa mère l'adorait. Ce fut Mn^*^ de Puysieux qui mit en avant ce projet de mariage et, bien qu'il n'y eût rien de sérieux et que les ouvertures en eussent été éludées sur-le-champ, cela faisait jaser beaucoup dans Paris. Guitry et quelques-uns des autres amis de Lauzun, en causant devant lui, observèrent qu'il ne leur avait pas échappé que Mademoiselle l'écoutait avec plaisir. Pourquoi ne tenterait-il pas la fortune et n'essaierait-il pas de lui faire sa cour? « Moi! s'écria-t-il, que dites-vous? Moi! songer à Mademoiselle! Ah! je connais trop cette princesse et je me connais trop moi-même pour concevoir un dessein dont le bruit m'épouvante. » On insista. Alors, Lauzun, feignant de réfléchir, parut céder à cet argument que rien n'était impossible à un homme aussi avant dans les bonnes grâce du roi (i). « Il voyait d'un côté, rapporte un de ses confidents, une des plus grandes princesses de l'Univers, qui avait méprisé un grand nombre de rois et de souverains, comme si la nature n'avait pas de quoi lui offrir un cœur digne d'elle. Il trouvait dans cette princesse l'humeur la plus fière et le courage le plus grand et le plus élevé qu'on put imaginer. N'importe, il passa par-dessus toutes ces considérations. Après les avoir

(1) La scène se trouve à la fois dans Le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle, reioiprinié par Livet d'après une édition du temps, et dans l'Histoire de Mademoiselle et du comte de Lauzan (Bibl. de Sainte-Geneviève, rass. fs. 3208). Celui-ci a été imprimé par Chéruel (M"° de Montpensier, Mémoires, IV, .566 et 569). Chéruel, tout en publiant ce dernier récit, qu'il date de 1672 et qu'il qualifie de « petit roman souvent plat et d une saveur insipide », n'a pas remarqué qu'il est une sorte de paraphrase des Mémoires de Mademoiselle. Or, comme ceux-ci n'étaient pas écrits en 1672, c'est la preuve de l'authenticité tout au moins des passages de l'Histoire où les deux versions se côtoient.

LE ROMAN DK LA GRANDE MADEMOISKLLE Dl

mûrement pesées pendant un mois, et après avoir très souvent perdu le repos pour s'appliquer entièrement au grand projet qu'il avait déjà fait, il fit ce que faisaient ces fameux courages de l'antiquité, lesquels n'entreprenaient jamais que ce qui paraissait presque impossible, ou du moins très difficile (i). » Cependant il persévéra dans sa tactique, résolu seulement à devenir quand l'occasion s'en présenterait, de confident de tragédie, grand premier rôle.

Un jour Mademoiselle lui confia que les journées lui paraissaient bien longues à Paris où elle ne le voyait pas. « Autrefois, lui dit-il, vous ne vous y ennuyier point. D'ovi vient cela? Cherchons-en la raison. C'est que vous n'aviez rien dans la tête. Et ce quelque chose vous n'en oseriez parler qu'à moi. Ainsi, vous vous ennuyez de ne pas me voir. Cela m'est bien honorable si on le savait, sans en savoir la raison, car, dès qu'on la saurait, on saurait bien que je n'y ai nulle part (2). » C'était dire à Mademoiselle qu'il fallait qu'elle parlât. Mais quelque chose l'en empêchait toujours : on était si peu libre dans ces salons de Versailles, où quelque fâcheux interrompait toujours les conversations au moment le plus intéressant.

Le voyage des Flandres, en rompant les habitudes de la Cour, allait fournir l'occasion désirée. Bien qu'on fût en pleine paix, le roi ne marchait point sans corps d'armée et c'était Lauzun qui devait le commander. Il avait si bien manœuvré qu'il avait persuadé à Mademoiselle qu'il était nécessaire qu'elle accompagnât le roi et au roi que la première princesse du sang devait être du voyage. Après quoi, il s'était vanté à Mademoiselle de n'avoir travaillé, avec autant de chaleur , à son départ que parce qu'il lui aurait été trop cruel de s'éloigner d'elle. Elle fut touchée. Lauzun ne la revit plus avant le voyage, mais elle aperçut ses équipages qui partaient, très beaux, très magnifiques et tenant toute la rue Saint-Honoré. Elle pensait : « L'année qui vient, il sera encore plus beau. » C'était le 28 avril et quand

(1) Ilistoire de Mademoiselle et de M. de Lauzun.

(2) M"- de Montpeiisier, Mémoires, IV, 103-lO'i.

le surlendemain à Compiègne, elle eut l'occasion de lui dire qu'elle l'avait rencontré et comme elle l'avait trouvé, il sourit. Guitry était là en tiers. « Quand vous serez à la tête de votre armée, lui dit-elle, ne viendrez-vous plus ici?» Il répondit qu'il y viendrait le plus souvent qu'il pourrait et en effet il la visita le lendemain (i). Il revint presque tous les jours. A Saint-Quentin, elle le trouva dans l'antichambre du roi paré et ajusté. Rochefort {2) était là, tout jaloux de voir son camarade général d'armée. Au camp, l'après-midi, elle vit avec plaisir M. de Soubise venir recevoir quelque ordre. Lauzunôta son chapeau, le remit. M. de Soubise avait le sien à la main. « Cet air d'autorité lui seyait fort bien. S'il eût vu que je le voyais, je crois que çà lui aurait fait plaisir, mais il l'eut le soir de le savoir, je ne manquai pas de le lui dire (3). »

Durant tout ce voyage des Flandres, où l'on avait un temps effroyable et de très mauvais diners, Mademoiselle fut dans le ravissement. Elle croyait que tout le monde ne songeait qu'à lui plaire, comptant Lauzun pour tout et le reste pour rien. Alors que les autres gémissaient des carrosses embourbés, des chariots qui versaient dans les marécages, des bagages perdus ou souillés par les pluies, elle n'avait qu'un souci, c'est que Lauzun à cheval était fort mouillé (4). Madame, déjà fort délicate, s'était abritée comme elle pouvait contre cette pluie torrentielle. Monsieur, qui causait avec le marquis de Villeroy, se moquait de Lauzun. « Pour rien, disait-il, je ne me montrerais à tous comme était M. Lauzun tantôt. Il n'avait pas bon air, avec ses cheveux mouillés. Jamais je n'ai vu un homme si affreux. » Elle, elle pensait qu'elle le trouvait fort bien en quelque état qu'il fût (5). N'avait-il pas pour elle les atten-

(1) M"'' de Montpensier, Mémoires, IV, 106.

(2) Il était aussi capitaine des gardes du corps, ayant acheté en 1669 la charge de Yillequier, gendre de Le Tellier.

(3) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 107.

(4) M"' de Montpensier, Mémoires, IV, 108.

(5) M"" de Montpensier, Mémoires, IV, 110. Voici le portrait qu'elle en traçait en 1670 : n C'est un petit homme : personne ne saurait dire qu'il n'ait pas la taille la plus droite, la plus jolie et la plus agréable.

tions les plus délicates, jusqu'à faire passer ses femmes sur le pont, une heure avant les carrosses, pour qu'elle les trouvât à la coucliée (i). Puis, elle avait la joie de voir les dragons. Lauzun les aimait. H lui en avait parlé si souvent. A un autre moment, le roi rappelait que toutes ces belles troupes avaient été exercées par Laurun, que c'était lui qui les avait mises sur ce pied-là et qu'elles n'avaient jamais rien fait que par ses ordres ou avec lui. A tout moment, le roi appelait le général pour lui donner quelque ordre (2).

Il se tenait près du carrosse, à cheval , sans chapeau et se

inouillant la Irançois de La Rochefoucauld,

tele. Lue osa prince de Marsillac, pair, duc de La Rochefoucauld.

dire au roi : Portrait de B. Moncomet.

« Sire COm- (Bibliothèque Nationale. Estampes.)

mandez -lui de

mettre son chapeau. Cela le fera malade. » Elle le dit si

Les jambes sont belles; un bon air à tout ce qu'il fait; peu de cheveux blonds, mais fort mêlés de gris, mal peignés et souvent gras; de beaux yetix bleus mais quasi toujours rouges; un air fin, une jolie mine. Son sourire plaît. Le bout du nez pointu, rouge; quelque chose d'élevé dans la physionomie. Fort négligé; quand il lui plaît d'être ajusté, il est très bien. » (Mémoires, \\ , 249.)

(1) M"' de Montpensier, Mémoires, jV, 114.

(2) M"' de Montpensier, Mémoires, IV. ll.">.

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