‹ Le beau voyageChapitre 50 sur 75 · LA LETTRE DU JARDINIER · texte numérisé non relu

LA LETTRE DU JARDINIER

Mademoiselle,

Je prends la plume pour vous donner des nouvelles

Du jardin. Il est très joli en ce moment.

Si vous venez à Pâques ou plus tard qu'au printemps

Vous le verrez. Il s'est levé ce matin

Tout mouillé de votre souvenir. Il y a tout plein

Des fleurs que vous m'avez recommandées :

Le tissu provincial des pensées,

Des pains de roses tout partout,

La cendre effritée des lilas, si pimpante,

Et les glycines au corps mou

Que vous nommez : fleurs flottantes,

ai4 LE BEAU VOYAGE.

Les œillets mâchurés pour vos mains sensuelles,

Les tulipes de cii-e et Tœuf creux des magnolias.

Un seul soleil ouvert, pareil à votre ombrelle.

Le rayon de miel rouge du dahlia^

Le lys paralysé qui meurt devant la porte,

Et, dans la prairie, en récréation, par intervalle,

Les cent mille demoiselles marguerites aux joues pâles

Il y a des fleurs et des fleurs de toutes sortes !

Depuis les mouches bleues qu'on appelle myosotis

Jusqu'aux papillons roses des pêchers. Les iris

Et les glaïeuls donnent cette année et font

Des fusées et des fuseaux, de-ci de-là, à profusion.

Mais tout cela s'ennuie après Mademoiselle,

Et bien qu'il ait fait beau depuis la dernière Noël,

La joie attend que vous veniez, pour y venir...

D'où la mélancolie qu'ici nous avons tous

Pour un arbre sans nid, pour le jardin sans vous.

Croyez, Mademoiselle, à tous mes souvenirs.

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