LE JARDIN D'IMAGINATION
On nous a appris tant d'amoureuses Que, mutuellement, ou les sent rapprochées... Elles font jardin dans notre esprit, mélangées Un peu avec les fleurs qu'elles choisirent De leur vivant ; car les célèbres amoureuses Ont toutes une fleur élue, qu'on étiquette A leur souvenir et qu'on leur passe au cou... Et c'est, dans le jardin connu des Marguerites, Dans les enclos du soir où se font les visites. Chaque amoureuse avec sa fleur, une par une, En plates-bandes et sous le clair de lune... Elles sont là, unies, en processions tristes.
2l8 LE BEAU VOYAGE.
Si l'on sort du Jardin on voit les paysages
Où leur vie s'écoula, — les unes au village,
Les autres dans les bois ou dans les forêts noires..
Et, peu à peu, l'on commence à apercevoir
Toutes les fleurs croupies
D'Ophélie,
A mi-eau ses roses étouflees ...
Mignon en camisole et ses fleurs d'oranger...
Et vous, beaux attributs des belles du soleil,
Grenade de Carmen et mûrier de Mireille...
Lucie crépusculaire apparaît : elle écarte
Une branche de saule avec des mains de harpe.
C'est une dame tourmentée.
Puis, plus près de nous, Dorothée,
Les amoureuses allemandes,
Et les fleurs de sureau et les fleurs de lavande...
Et Charlotte sur ses perrons de réséda...
Qui donc encore? Ah! oui,... sous les lustres en fcLe
Je ne sais quelle dame morte en camélias...
Et puis la poitrinaire au temps des violettes...
Ahl je te dirai les ballades
Des belles dames malades
Qui triaient des fleurs...
On les voit en tressant elles-mêmes leurs couronnes
Qui vivront jusqu'à la Toussaint d'automne,