ET PUIS VOICI LA RUE
Et voici le jardin... et puis voici la ruo...
Romance d- opéra. *
LA VILLE
LA VILLE
La ville dort. Elle est à mol. J'en suis le maître. Je passe dans la rue en touchant les maisons, Comme les anges de Noël. Ohl quelle exhalaison De silence s'est échappée de ces fenêtres! Je mets l'oreille à chaque porte.
J'entends le petit bruit régulier des cœurs. Les maisons revent; des souffles sortent, De petits souffles courts de peine ou de bonheur. Eh quoi? Cela la ville immense et frémissante, Réduite à ces blocs gris de cendre que je touche? L'odeur de l'âme passe et filtre par les fentes... J'entends le râle doux et plaintif de leurs bouches.
Un cocher ivre au loin fait racler les pavés...
Plus près, un pas mystérieux répond au mien.
Ohé! là-haut! les cœurs heureux, les cœurs crevés,
L'étreinte, les soupirs, la mort, la chair qui geint,
Ohé! le crime et les baisers.
L'enfant, la femme, le vieillard,
L'homme qui veille et qui médite.
L'âme qui naît, l'âme qui part.
Toutes vers moi, petites, petites, petites!...
Demain la ville interminable vous prendra,
Mais cette nuit, vous m'appartenez toutes, toutes!
Le long du trottoir noir je vais, j'écoute.
En glissant, à pas d'ange, au fond des avenues...
Et je sens dans mon cœur universel et triste
Retentir le sommeil des âmes inconnues.
Je vois leurs vies dans tous leurs actes. J'assiste
Au déroulement des journées.
Je partage leurs joies, leurs plaisirs devinés.
Ils ne me cachent rien, les pauvres, de leur vie!
Ni celui qui pense ou qui prie
Ni celui qui chante ou qui meurt...
La nuit exalte dans mon cœur
Les secrets qu'elle me confie.
Je dirai tout ce qu'ils me disent,
Leurs heures violentes ou grises,
LA VILLE. 249
Le couple oppressé des amants, !ît dans la ville exacte, intense, souveraine, e dirai le cheminement [|)e leurs destinées incertaines...
)emain ce que j'ai su, tout ce que tu m'as dit, ) ville! se perdra dans la vaste rumeur )ui monte de toi, lourd Paris,
)e tes quais, de tes ponts, des magasins, des gares, )u bruit souterrain de tes roues, )e tout ce qui s'exhale, éperdu, ou s'effare )ans ton soleil ou dans ta boue...
lais moi je garderai l'intime confidence )ue tu m'as faite cette nuit, laintenant je retourne en paix vers mon silence, assant banal de la ténèbre de Paris.
e m'en vais parcourir, lentement, sous la pluie, jC quartier pauvre, la frissonnante avenue, rrenelle ou Rochechouart, les Ternes, l'Opéra... 'avancerai dans le rayon blêmi des rues, otant en moi l'écho de ces voix disparues... îtje m'endormirai quand tu t'éveilleras, — )uand tu t'éveilleras, Plaisir, et toi. Douleur! )ors bien, la ville!... Une heure encore... une heure.