CHAGRIN
^h î je souffre de toi. Je souffre, tu me brises ! 5ur le chemin, baissant la tête, j'ai pleuré, ^'arc-en-ciel attendri des branches du pommier ébauchait le printemps dans la campagne grise.
)es larmes me faisaient voir l'azur dans un prisme, f'étais comme l'enfant grondé qui va, tout seul, 56 plaignant à la ronce, aux épis, à la meule, -l'enfant puni qui n'a pas su son catéchisme.
3o2 LE BEAU VOYAGE.
Et pourtant ma douleur est grande comme l'homme, Vaste comme le cœur, pure comme l'esprit; Et même il me paraît, tant le chemin embaume, Que c'est elle aujourd'hui qui peut-être a fleuri !
Souffrir de toi, toujours, et par un jour pareil ! Ah ! que le pauvre amour est chose ténébreuse ! Et la vallée des pleurs est-elle donc si creuse Qu'elle soit insensible aux rayons du soleil?
J'ai, tout à coup, dix ans, dans ce chemin rural ! J'éprouve du chagrin si simplement dans l'âme. Qu'à tout arbre, qu'à tout rameau vert je réclame Un peu d'apitoiement, quelque signe amical.
J'implore du bouleau d'argent, de l'aulne bleu. Du pommier, du sentier de la pelouse en feu, Une sollicitude autrefois éprouvée.
Des tendresses d'oiseau craintif pour sa couvée.
J'avance à travers bois, attendant qu'il en sorte De tendres mots, des sympathies de toutes sortes. Je parle. Je me plains tout haut. Je me figure Que, pareille aux passants étonnés, la nature
CHAGRIN. 3o3
Va me prendre plaintivement sur ses genoux
Et me dira, en caressant d'un geste doux
Mon front d'enfant tout plein de son vaste souci :
« Qu'est-ce qui te fait donc tant de peine, petit ? »