LE MASQUE
Je modèlerai ma souffrance A l'image de mon malheur.
Et j'exige une ressemblance Minutieuse, pleur par pleur. . .
Oui ! modeler jusqu'à des larmes Jusqu'à leur transparence d'eau, Modeler la forme d'une âme Avec le plâtre dur des mots.
Puis ensuite briser le moule, Pour qu'en jaillisse tout entier Mon sombre amour pétrifié Fait de la douleur que j'y coule, Fait de cette chaude matière Que du cœur seul on peut extraire,
3l4 LE BEAU VOYAGE.
Où les pleurs ont jeté leur sel,
Afin que mon double soit tel,
Lorsqu'on brisera le moulage,
Que chacun s'écrie en tremblant :
« C'est bien lui, c'est bien son visage
Son visage de vieil enfant.
Que de plis et que d'amertume !
Tout est exact et reproduit
La lèvre vit, les yeux s'allument;
Il souffre encor. Gomme c'est lui ! •»
Le profil sera mince et net
La face sera claire et floue.
Et si toi, toi, tu reconnais
Ton dernier baiser sur ma joue,
Alors, c'est que j'aurai bien fait
D'avoir sculpté cette effigie
Et parachevé mon portrait I
Sur la chair même de la vie
Le plâtre amoureux a durci
Ses contacts d'abord mous et flasques.
L'ouvrage en somme est réussi,
C'est parfait. Le mort a son masque !
Oui, c'est bien moi, c'est moi vivant.
Chacun dira : « Comme le plâtre
A su le garder ressemblant !
LE MASQUE. 3l5
Bouche amère, regard douceâtre...
Il a souffert atrocement,
Avec beaucoup d'expression... .)
Ils diront cela, ils diront
Ce que l'on peut dire en passant
Devant quelque visage amer.
Ils diront : (( Gomme il a souffert I »
Souffert? Ce n'est pas suffisant...
Viens ! mets- toi devant cette image Si ressemblante à ma douleur, Toi qui fis la ride, le pleur, Et chaque sillon du visage.
Peut-être que, touchée enfin, Tu liras sur ce masque triste, — Regarde-le, regarde bien ! — Où l'amour revit et persiste, Oui ! tu liras, si tu t'avances Assez près pour voir jusqu'au fond.
Que Tes lèvres sont la souffrance Mais que les yeux sont le pardon.
RUPTURE
RUPTURE
S'être dit tant de fois et pendant tant de jours :
u As-tu froid? As-tu chaud? Comment te trouves-tu?
Prends garde. N'aie pas peur. Ne crains rien, mon amour
Ne m'en veuille pas trop si tu m'as attendu...
J'arrive... Je reviens. Que c'est joli chez nous!
11 bruine : tu mettras ce châle sur l'épaule... »"
Les mille mots de la tendresse, les mots fous,
Les mots bêtes, les mots douloureux, les mots drôles,
Toute l'inquiétude et toute la bonté,
Toute la charité naïve et quotidienne
De deux cœurs où le mal d'aimer s'est implanté,
La réciprocité du plaisir, de la peine...
Et puis, subitement, du vide! un vide atroce!...
Le vague du malade... une impression fausse.,,
Dire : le mien, de tout, quand on disait le nôtre Recommencer la vie au début, à sa base, Etre là, ne plus rien partager... table rase! Et surtout ne plus rien savoir, rien, Tun de l'aul Ça c'est affreux!... ça c'est le crime impardonnai Ne plus penser : a Où donc est-elle.^ Que fait-elle On accepte un néant dont l'horreur vous accable, On accepte la mort lente, continuelle, Mais le petit détail journalier du cœur. Ce petit rien de tous les jours qui nous occupe. Ah! c'est cela qui fait si vaste la douleur!... Ah! ne plus désormais savoir ni les couleurs De tes rubans de cou, ni le ton de ta jupe! D'elle je ne saurai que ce qu'on en dira Il faudra tout imaginer, ceci... cela... Le manteau gris dont elle était enveloppée Lorsqu'on l'a rencontrée au coin de telle rue... Deux ans! Vingt ans! 0 forme à jamais disparu( Qui peut-être certains soirs, à la dérobée, Frôleras ma maison sans que nos cœurs frémisse Sans que rien vienne dire : « Elle est là ! Lève-to Femme' qui fus l'amour, ses peines, ses délices, Et qui m'auras rendu cœur pour cœur, joie pour j( Tune me suivras pas jusqu'au bout du voyage!.. Il faudra l'achever seul, sans toi, triste et sage.
HUPTtJRE. 3'il
Toi, lu disparaîtras, au loin, éparpillée...
Ah! notre châtiment, vois-tu, ne sera pas
D'aviver notre haine au fond de la pensée,
Ce sera simplement d'ignorer ici-bas
Ce que nous ferons l'un sans l'autre, ô vieil amour î , . .
Donc il est arrivé pour nous le dernier jour!
Comme il est long!... Avec son regard entêté
Ton chien qui ne croit pas aux adieux volontaires
Demeure enseveli dans sa fidélité...
Comment concevrait-il qu'il y ait sur la terre
Une fin à l'amour, des départs médités,
Lui qui pense qu'aimer c'est d'être sans orgueil
Et de donner sa part sans réclamer la sienne.^...
Couché près des témoins de la tendresse ancienne,
Il a l'air de lécher ta trace sur le seuil.
Quand je lui dis : a Va-t'en ! Elle ne t'aime plus ! »
Il me regarde simplement d'un air battu.
Il a la confiance effroyable des choses!
Son cœur croit à l'absence et non pas à l'adieu.
Il pense que lu dors ou que tu te reposes,
Il écoute ma voix dirigée dans l'espace
Vers un point infini et vague du ciel bleu.
Il t'attend, quoi qu'on lui dise, quoi qu'on lui fasse.
Ayant la foi... Je lis au fond de son regard
Que pour lui rien n'est plus horrible qu'un départ.
322 I.E BEAU VOYAC.E.
Nous voisinons ainsi, lui perdu dans sa foi
Et dans la certitude interminable, moi
Qui n'attends plus rien que la douleur immense,
Nous sommes là, veillant des espérances mortes,
Et tous deux à la fois regardons en silence
Le long trait de ciel blanc qui passe sous la porte!
Tu reviendras un jour pourtant! Mais ce jour-là
Notre maison aura ses murs nus. Oui, le jour
Où tu sauras que rien n'est plus, tu reviendras
Chercher la place tiède et vidée de l'amour...
Pour tout déclin c'est l'instinctif pèlerinage !
Mais tu verras : rien ne subsiste quoi qu'on dise.
L'amour pourrit. C'est du néant qui s'en dégage..
On espérait souffrir, et les larmes s'épuisent!
Un autre instinct plus mâle et plus impétueux
Quand tu voudras pleurer te séchera les yeux,
En t'entraînant plus loin, plus loin, encor, toujours!,
Alors tu comprendras la hideur des retours.
Un dégoût montera des feuilles desséchées
Où tu croyais encor raviver la pitié.
Inflexible, une main se posera sur toi.
Une main au contact insupportable et froid!
Et tu frissonneras en entendant la Voix
Qui dit la mort de tout, le livre terminé.
RUPTURE. 323
Et le sceau de l'oubli sur le dernier chapitre I
(( Va! te dira la voix. Fuis! Il ne faut jamais,
« Quand le soleil des morts se lève, ouvrir les vitres,
« Ni s'en aller, le soir, seul, à la découverte
(( Du passé, ni frapper aux portes vermoulues,
« Ni cueillir une fleur là où l'amour n'est plus,
(( Ni sitfler les chiens morts dans les maisons désertes ! »
DES VIOLONS CHANTENT
DES VIOLONS CHANTENT
Écoute... Souviens-toi... C'est nous, la mer, les plages..
Valses de casinos, grands soirs mélancoliques
Aux terrasses... flots bleus... lumières, noirs ombrages.
Vois, un bonheur banal pleure dans la musique
Le nôtre, nos départs, nos amours, nos vertiges,
Tout ce que nous avons laissé de par le monde
De jeunesse mêlée et d'amoureux vestiges...
Ecoute, nous avons terminé notre conte...
D'autres le referont avec les mêmes flots
Les mêmes nuits très bleues sur les mêmes terrasses
Et le même air banal, nostalgique et tenace
Qui fait flotter sa traîne au bord des casinos.
Nous, c'est finil... pour jamais plus, pour jamais plus!
Retrouve-moi au fond de la musique et pleure, Avec ton pauvre amour à mon cou suspendu!... Enfonce- toi dans les contrées antérieures Qu'évoquent les accords des archets et des brises. Promenons-nous dans les chatoiements assourdis, Dans la mélancolie, les langueurs imprécises Où nous laissions flotter nos baisers de jadis. Aujourd'hui c'est soir d'août... il fait bon, il fait 1 Tout va ressusciter et chanter sur les cordes... Viens-nous-en dans un fond frissonnant de rameaux La musique envahit, s'enfle, gémit, déborde! Elle passe en plein ciel méditerranéen.
Laissons-nous emporter et sombrer. Ne dis rien. La coulée d'une étoile erre à mon front pâli... Ton cerveau dans un demi-sommeil me prolonge. Tu fais semblant d'être presque heureux... Non! tu Tu penses à mes yeux comme on pense au pays, Tu rêves à mon sein comme on rêve à la mer... Mon enfant, mon enfant, reprenons notre songe, Mon enfant, mon enfant, tu souffres. Je revis! Mâche dans toute fleur l'acre goût de ma chair. Presse ma main perdue, dans les coussins de soie Poursuis mon ombre blanche et mon marbre légei Dans cette mélodie qui passe, et qui tournoie... Amour ! tu t'es, ce soir, de la nuit émané,
DES VIOLONS CHANTENT... 329
Amour banal, perdu, pauvre amour appâli I
Reprends-nous tous les deux, reprends-nous, vieux parfum,
Haleine du baiser et vertige du bruit!
Égrenons les bonheurs effondrés, un à un.
Partons sur une mer nuptiale et charnelle.
Que tout vive ce soir, tout, jeunesse, clarté!
Et si ce n'est assez de renaître au réel,
Laissons-nous consumer dans l'irréalité
Imaginaire du baiser. Plongeons nos corps
Dans les vagues inexorables de la mort.
Remourons d'une vie terrible et pathétique,
Sous le bondissement du passé qui se dresse,
Dans la morsure, à pleines fleurs, de la jeunesse,
Dans la nubilité brûlante des musiques!...
LE NOM
LE NOM
Les amants étendus et pressés sur leur couche
Se disent : « Nommons-nous, ensemble, dans l'étreinte. »
Car, même chair à chair et bouche contre bouche,
Ils s'appellent avec des cris mêlés de plaintes,
Comme s'ils se sentaient perdus dans les ténèbres !
Ils se nomment, en s'embrassant, pour se chercher,
Conscients de quelque solitude funèbre
Qui, jusque dans l'amour les tient désenlacés...
Et ce n'est pas leur corps, c'est leur Ame qui crie!
Ah ! maintenant que tout est fini, pour la vie.
Depuis que tu ne sais plus même si j'existe
Appelons-nous encor de loin, dans le silence,
33/i LE BEAU VOYAGE.
D'une voix déchirée, affreuse, rauque et triste
Mets-y l'expression particulière, intense.
Que tu prenais pour dire : u Oii donc es- tu ? J'arrive
Nous ne reviendrons plus à l'appel de la voix.
Le vent emportera le nom à la dérive.
Et l'un ne répondra plus à l'autre : u Attends-moi! n
Pourtant suis mon conseil. Fais comme je ferai.
Quand l'instant sera lourd ou trop désespéré,
Va-t'en dans quelque coin de nature profonde;
Et là, sans qu'aucun être écoute et te réponde,
Fais retentir au loin pour qu'il revive une heure
Le nom que plus jamais ta lèvre ne redit
El qui t'avait donné sa douceur infinie... '
S'il se peut qu'il renaisse encor sans que tu pleures.
Trouve pour le crier la force nécessaire.
Afin qu'un vent lointain le porte jusqu'à moi,
C'est-à-dire à peu près jusqu'au bout de la terre!...
Appelons-nous encor dans l'ombre quelquefois
De tout le désespoir éperdu de la voix.
Sans fin, recommençons le cri désespéré.
Un cri, pas un sanglot, un cri, mais prononcé
Avec l'inflexion de la pire tendresse!
Un grand cri de secours, un cri d'enfant perdu,
Un cri hurlé; et qu'à cet appel tout renaisse
Tout, du fond de la vie, du fond du jamais plus!
LE NOM. 335
Qu'un printemps révolté réponde au loin : « Toujours! » Crie ! Nous devrons mourir sans nous être revus ! drie ! C'est atroce et monstrueux. Crie : Au secours! ^lais que toute pitié reste sourde à ta voix. Vomme-moi dans la nuit sans pardon. Nomme-moi \u fond de la forêt terrible de l'Amour!
SURSAUT
SURSAUT
Tu m'as dit : Meurs. J'ai survécu!
Il était donc écrit que nulle trahison,
Le crime mis à jour, la haine mise à nu.
Rien ne pourrait avoir raison
De la grande fierté de vivre!
Et juste au moment même ou l'autre a disparu
Voici qu'un jeune amour vient à moi, bras tendus!
3h! dites, tous les mots de ce livre,
N'allez-vous pas d'un seul élan
Vous dresser contre l'inconnue
Que je vous apporte en tremblant I
)evant la nouvelle venue
Se vont-ils pas serrer leurs rangs
34o LE BEAU VOYAGE.
Pour lui défendre le passage,
Ces vieux soldats de la défaite
Qui portent le témoignage
De leur fidélité parfaite
A ces liens sacrés du cœur
Que, gaiement, nous avons rompus ! . . .
0 mots troublés, mots en rumeur.
Calmez votre murmure ému.
Vous êtes, je le sais, meilleurs que nous le sommes
Celle que je conduis aujourd'hui
Je veux que vos lèvres la nomment
D'un amour paisible et soumis.
Résignez-vous au nouveau nom
Que je veux vous donner, encor, pour compagnon^
Mots, faites-lui bon accueil, ^
0 fiers gardiens qui maugréez
Sur la pierre chaude du seuil !
Vous les vieux témoins désœuvrés
De la tendresse et du cœur infidèle.
Vous, les témoins aussi de l'indicible enfance.
Ouvrez-vous ! soyez bons pour elle.
Prononcez comme moi son nom presque inconnu.
Chacun disant à l'autre : « As-tu vu la nouvelle?
Confusément vous penserez : « Que nous veux-tu,
Belle étrangère? » Mais vos lè^res en courroux
SURSAUT. 34l
Finiront bien par lui sourire'... .
Soyez bons. Donnez-lui sa place parmi vous...
Vous verrez que sa grâce attire...
A prononcer rien n'est plus doux
Que le nom que Ton a aimé, •
Rien, si ce n'est le nom qu'on aime!
A peine avons-nous terminé le poème
Qu'il faut le recommencer...
Qu'importe d'ailleurs ! . . . s'il est beau quand même ! . . .
J'inscrirai son nom jeune et frais
Sur la tombe du souvenir.
Pieusement je veux unir
La rose rose au noir cyprès.
Allons 1 Debout! mauvais gardiens!
Ne grognez pas, vieux compagnons I
Debout! Pas de repos. Debout! Vous voyez bien
Qu'elle est belle et que nous nous aimons.
Considérez aussi que ses yeux sont très bleus,
Bleus à ignorer la souffrance.
Je vous l'amène. Ayez soin d'eux.
Ne faites pas pleurer l'espérance...
Je ne sais guère ce qu'elle est,
Mes amis, mais ce sera vous
Qui déchirerez son secret...
Courage, les mots! Tous debout!...
Il va bien falloir que pour elle
Vous redisiez les mêmes choses,
Les mêmes phrases éternelles,
Vos musiques de virtuoses,
Vos teadresses improvisées...
Rapprendre tout comme un enfant!
Récapituler la dictée
Depuis le commencement !
Courage ! il va falloir réépeler l'amour.
Gomme nous l'avons fait jadis aux premiers jours,
Tout l'amour, son émoi et ses timidités,
Sa tendresse infinie et son apaisement! M
Mais,' seul, je serais lâche ! . . . il faut que vous m'aidiez
A refaire l'apprentissage!
Rapprenez-moi peu à peu
La vie. La vie, on l'apprend à tout âge!
On ne parvient jamais à son suprême aveu...
Écrire a J'aime » hélas! à la dernière page!
Pourquoi pas?... La vie est un songe
Dont nos rêves sont la matière.
C'est l'amour seul qui le prolonge ;
Le réveil n'est pas nécessaire...
Que cette enfant appuie son front à ma poitrine.
Et que sur mon sommeil amoureux elle mette
Un rameau d'églantine!...
SURSAUT. 3'|3
Levez-vous! que tout mot semble, sur la mer prête, Le déploiement joyeux d'une voile en partance I... Accourez du passé, accourez tous, les mots, Car je ris, en voyant par-dessus les tombeaux. Revenir l'enfantine et la vieille espérance!
LES DEMEURES
LES DEMEURES
Il y avait des jeux, des parents assemblés,
Des rires de jardin, et des chaDts de forêt
A côté de la chambre où l'enfant grandissait.
Blanche, avec ses coins clairs et ses miroirs voilés,
J'y élevais alors, comme des vers à soie,
Les chimères, les bonheurs calfeutrés, les songes.
Tout cela voletait avec des cris de joie;
La vitre rosissait du grand ciel qui s'y plonge,
Et l'enfant y traça du rêve avec le doigt.
Plus tard quatre autres murs moins clairs m'ont accueilli.
Ils furent de silence et l'amour y tissa
Ainsi qu'une araignée sa lent broderie...
On partit du logis quand l'amour s'en alla. Depuis j'ai bien souvent varié mes demeures; Que le mystère soit sur elles ! Car c'est là, Que l'on y rêve, qu'on y souffre ou qu'on y meure Qu'est notre vie et nul n'a droit d'y pénétrer, Et la haine et l'amour en ont tourné la clef. Que le mystère soit sur elles à jamais ! D'ailleurs n'ont-elles pas repris leurs airs de paix, Et ce qui s'y passa qui le pourrait savoir , Mystère de nos corps, mystère de Tidée!... N'importe ! maintenant que l'heure en est passée, Je ne regrette pas ce que m'ont dit les soirs Dans vos plis ténéhreux, ô demeures quittées!... L'homme au front déjà grave et gris qui vous délais: N'a pas pour vous maudire un mot injurieux. Sans doute il me faudra connaître d'autres lieux. La terre indifférente est notre grande hôtesse; On doit pour y dormir toujours chercher sa place, Et le bonheur de l'homme est rempli de tristesse. Le chemin, à présent, sera-t-il encor longp
Il y a quelque part une blanche maison, Où sont tous mes parents réunis. C'est là-bas. Ils ne se savent pas si voisins sur leurs terres ; L'appartement des morts ne communique pas...
LES DEMEURES. 3^9
La maison n'est pas laide: on y va le dimanche;
Et je la trouve un peu semblable à la première,
Car la porte de plâtre encore la fait blanche.
Un soir, en revenant, tout seul, d'un beau voyage,
Quelqu'un, sans réveiller personne des anciens,
Rouvrira doucement la porte de l'étage.
Nul bruit; un petit pas discret... voilà. Puis rien.
Quelqu'un dans cette nuit, quelqu'un sera venu.
Mais ceux qui dorment, ceux que ne dérangent plus
Ni la rafale ni la bise de décembre
Ne s'éveilleront pas aux choses de ce monde.
Rien ne sera changé dans la maison profonde...
Votre enfant seulement aura repris sa chambre.