‹ Le beau voyageChapitre 70 sur 75 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Nature sans amour, insensible splendeur !

Prenez ceci, prenez cela, reprenez tout !

Prenez jusqu'à ce bruit de veine intérieur,

Que j'aie au moins l'orgueil d'être moi, tout à coup!

Ah ! quand je serai près de la porte de plâtre,

Lorsque viendra mon tour, tranquille et de moi-même

Je me dévêtirai pour le sommeil suprême.

Et je déposerai comme un bâton dans l'âtre

Ce fardeau de beauté, de science et d'amour.

Dont vous aviez chargé mon épaule et mes yeux.

Et que, par un soin tendre et miséricordieux.

Vous me retirerez. Seigneur, avec le jour.

Je me dévêtirai de toutes vos parures:

D'un seul geste et d'un coup, elles s'écrouleront,

A cet instant subit où, dans l'éclipsé obscure.

Tout un vaste univers désertera mon front.

Que la chaleur du souffle harmonieux du monde

Pour la première fois heurte à ma face close,

Sans que rien ne lui cède et rien ne lui réponde

En ce corps qui se donne à la métamorphose

Dans une souveraine allégresse de vierge!

Pour que rien ne subsiste en ces derniers miroirs,

Même jusqu'au dernier point lumineux des cierges,

On me re voilera mes yeux tentés de voir.

Malgré le long labeur de leur fidélité, Pour que rien, rien, pas même une tache ne soui D'un souvenir humain, encombrant, détesté, L'orgueilleuse candeur que revêt ma dépouille, Et que, nu, simple et seul, je descende et repose Gomme en un flanc nouveau qui s'enfle et me recre Que je descende enfin dans le destin des choses, Et dans ma pureté intangible et sacrée.

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