SCENE V
Les MÊMES, TAVERNAY, puifi COLETTE
TAVERNiY. — Mon ami?
BELLENCONTRE. — Votre opinion sur les femmes"?
TAVER.MAY. — Comment?
BELLENCONTRE. — Je VOUS demande votre opinion sur les femmes.
TAVERNAY. — C'est qu'il est bien tard, Bellencontre.
BELLENCONTRE. — Je VOUS en prie.
TAVERNAY. — Sur quelle femme d'abord ?
BELLENCO.NTRE. — Sur toutcs les femmes.
TAVERNAY. — C'cst qu'il y en a beaucoup que je ne connais pas.
BELLE.MCONTRE. — Ça n'a aucune importance, et comme elles se ressemblent toutes. — -à peu de chose près, — vous n'avez qu'à les réunir en une seule.
LONGECOURT. — Elle sera énorme, ditei donc.
BELLENCONTRE. — Pardon, mon cher
L'Age d'Aimer
Longecouit, paiie-t-on sérieusement, oui ou non?... (A Tavtrnuij.) Eh bicuî
COLETTE, intrant. ■ — Jacques?
TAVERNAY. — Quoi, mon petit?
BELLENCON'TRE. — Ayez donc une conversation suivie dans ces conditions-là ?
COLETTE. — II paraît que nous allons
Unit.) Vite, les jetons et les cartes. Nous restons.
TAVEUNAY, Cl) la suhiutt des yeux. — Quel charmant petit papillon.
BELLENCONTKE. — Voyons, Tavemaj, c'est donc sérieux?
TAVERNAY. — QuOÏ donc ?
TAVERNAY. — C'est qd'il est bien TiUD, Bei-lencoxxkii,.
jouer... Alors cela ne vous ennuierait pas trop de rester encore un peu? Vows n'êtes pas fatigué?
TAVERNAY. — Lorsquc je vous vois souriante et de belle humeur, je ne suis jamais fatigué.
COLETTE. — Vous êtes gentil. {En sor-
BELLENCOKTttE. Ce gM«i ASSÎT "
TAVERNAY. — Il paraît.
BELLENCONTRE. — Ah! mou DJeu, œon
Dieu! . ,
TAVERNAY. — Cela VOUS ennuie < BELLENCONTRE. — €e u'est pas qu^ cel»
m'ennuie, mais vous êtes un vieux cama-
L'Age d'Aimer
rade; alors, naturellement, cela me met en colère. Voilà déjà un an que cela dure, c'est ridicule.
LONGECOURT. — Pourquoi? Elle est jolie, affectueuse, honnête...
UELLENCONTRE. — Je VOUS en prie, mon ami, vous êtes tro^ lei^ne pour discuter avec nous.
LONGECOURT. Ah!
BELLENCONTRE. — Oui, je suis furieux, c'e«t bien simple, de voir un homme comme ïavernay... Cette petite qui était modiste...
TAVEKNAY. — Elle ne se plaint pas de no plus l'être.
BELLENCONTRE. — Je pense bieii... Je ne voudrais pas vous répondre quelque choee de désagréable... mais enfin!... quel âge avez-vous?
TAVEHNAY. — Depuis que je connais Colette, je ne sais plus l'âge que j'ai.
m-LLENCONTHE. — Eh bien moi, -je sui ce qui vous arrivera un jour ou l'autro. voiià ce qu'il y a de certain.
TAVERNAV. — Merci.
iii;LLENC0NTBE. — Il n'y a pas de quoi Je vous dis cela gentiment, comme je le pease, parce que j'ai de l'amitié pour vous. Je suis un philosophe, moi, je vola pln= loin que mon nez, je raisonne.
■ 'iVCKCOrRT. - Ah ' BELLENCONTRE. Quoi ?
LONGEcouiiT. — - Rien, rien... vous dites : je raisonne, alors je réponds ■ ah !
BELLENCONTRE. — C'est drôle, mon " cher Longecourt, comme vous manquez d'9<;prit par moment.
TAVERNAY. — Ah! ça Bellencoutre, quelle mouche vous pique?
BELLENCONTRE. — Aucune. .Te rage, je rage de voir un homme de votre intelligence s'éprendre d'une jietite bonne foinine..
TAVERNAY. — Je VOUS en prie, Bellencontre,
LONGECOURT. — Avec ça que de votre côté ..
BELLENCONTRE. — Je ne suis pae un amant, moi, monsieur.
LO.VGECOURT. — Bien, monsieur.
8ELLENC0NTRE. — Je ne m attache pas, jamais une femme ne m'a empêché de dormir.
LONGECOURT. — Bien, monsieur.
BELLENCONTRE. — Enfin, sapristi, c'est giàve d'être amoureux à votre âge.
^ TAVERNAY. — Ce qui est plus gi-ave, c est lorsqu'on cesse de l'être.
LONGECOURT. — Bravo!
BELLENCONTRE. — Vous avez les cheveux gris, Tavernay.
TAVEHNAY. — L» cœur est enoor-^ jeune, Bellencontre.
LONGECOURT. — Bravo ! Tavernav a raison. Vous êtes amoureux? Chantez-ie cnez-le, hurlez-le et moquez- vous des jaloux et des sots. L'a.mour est éternel i
BELLENCONTRE. — Tas de fous. Va I
LONGECOURT. — Ne VOUS posez pas de questions, n'essayez pas de vous analyser et surtout ne demandez de conseils à personne. Bellencoutre vous raille. Laissezle dire. Il donnerait, j'en suis sûr, la moitié de sa fortune et les dix-huit cheveux qui lui restent pour pouvoir être a votre p" \oe ?
BELLENCONTRE. Moi?
LONGECOURT. — Parfaitement, vous, i gi is Bellencontre.
BELLENCONTRE. — D'abord, je ne suis pas gros. Je ne sais pas ce que vous avez ce soir, c'est la quatrième fois que vous me dites que je suis gros, j'ai horreur de cela.
LONGECOURT. Ah !
BELLENCONTRE. — .le suis .gros... Je SU13 gros... Eh lien, oui, je suis gros, là! et puis après? Ce n'est pas ma graisse qui vous gêne, je suppose?
LONGECOURT. — Pag précisément BELLENCONTRE. — Eh bien, alors, laissez-la donc tranquille.
LONGECOURT. — Je n'y touche pis dites donc.
TAVERNAY, les Calmant. — Allons, allons, Bellencontre.
BELLENCONTRE. — C'est viai, ça; on cause gentiment... et puis, crac : vous êtes gros!... Quel rapport cela a-t-il avec les femmes, je vous le demande.
LONGECOURT. — Aucun. c'est oertaln- BELLENCONTRE. — Les femmcs ! Ce n'est pas vous qui m'apprendrez à les connaître. J'ai eu cinquante-trois maîtresses, moi qui vous parle. Ah 1 cela vous coupe un peu la langue, ca. Et puisque Tavernay n'a pas le courage de me donner son opinion, eh bien, je vais vous donner la mienne, moi, et ei deux lignes encore. Pas une femme, pas une, vous m'entendez bien, ne vaut à mon avis...
ANDRÉE, en rentrant. — Cinq louis!...
Cinq louif, Bellencontre! C'est pour jouer.