SCENE VI
GENEVIEVE, BELLENCONTRE
TAVERNAY, COLETTE, IbABEi^LE,
ANDREE, HELENE, LONGECOURT
MAURICE
ISABELLE, en entrant. — Longecourt?
Lo.NGEcouRT. — Présent.
ISABELLE. — Voulez-vous VOUS associer avec moi?
BELLENCONTRE. — Sérieuscment, vouS avez l'intention de jouter ?
ISABELLE. — Une petite heure, voiig n'en mourrez pas.
GENEVIÈVE, en entrant. — Comment.
Bellencontre ne dort plus?
BELLENCONTRE. — Non Bellencontre ne dort plus... I\Iais, Bel'encontre va aller se coucher.
GENEVIÈVE. — Je vous le défends bien.
BELLENCONTRE. — Voj^ons, mou amie, il est bientôt quatre heures.
GENEVIÈVE. — Cela n'a aucune espèce d'iniportance.
BELLENCONTRE. — Comment voulezvous xjue je me porte bien?
GENEVIÈVE. -- Vous VOUS plaiudrcz donc toujours?... Voyez Tavernay; est-ce qu'il est fatigué, lui?
BELLENCONTRE. — Oh! Tavernav, f>n me dirait demain qu'on va le remettre au collège Sainte-Barbe que c<:la ne m'étonnerait pas.
COLETTE. — Pourquoi?
BELLENCONTRE. — Pour rien.
GENEVIÈVE. — M. Gérard, vous jonez au poker ?
MAURICE. — Non, madame, j'avoue à ma honte que je n'en sais pas le premier mot.
GENEVIÈVE. — Vous avez reçu xine bien mauvaise éducation.
MAURICE. — Mais je suis bachelier.
GENEVIÈVE. — Vous voyez à quoi cela vous sert.
ANDREE. — Je vous l'apprendrai, moi, si vous le voulez.
MAURICE. — Vous êtes mille fois gra.-
ISABEI.I.K LeSCAR
ISABELLE. — Allons, Bellencontre, allez jouer.
HÉLÈNE, entrant, tris pâle, très nerveuse. — Geneviève!
GENEVIÈVE. — Ma chérie!
BELLENCONTRE, bas à Mmirir,- — Dites donc, Gérard?
MAURICE. — Plaît-il ?
BELLEN-coNTRE. — Je crois qu'Isabelle est trè.5 amoureuse de vous.
MAURICE, indifférent . — Ah!
BELLENCONTRE. — Eh bien, à la bonne heure, cela a l'air de vous faire plaisir, au moins.
COLETTE. — Venez, fîeneviève, noui tirons les cartes !
L'Age d'Aimer
GENEVIÈVE. — Tirez pour moi.
HÉLÈNE, lias à Gc/ttvlèfe. — Nou, je t'en prie, laisse-moi m'en aller.
GENEVIÈVE. — Ma pauvre Ilélèine, dans quel état tu te mets!
HÉLÈNE- — Le fait est que je n'eu puis plu», et si cela doit continuer longtem»6 ainsi...
«ENEViîîVE. — T'avait-il bien promis de v^iir be prendre?
i^ÉLÈNB.- -- Mais oui. En me quitta.iit il m'a. répété par trois fois : » J'irai sûrement te chercher... Attende-moi. »
(îENEViÈvE. — 11 a sans doute été retenu. Il t'a dit qu'il allait faire un tour au cercle ; il a peut-être joué, i^îrciu. HÉLÈNE. — Non, non, ce n'est pas au &.-rcie qa'il a été. N'essaye pas de 1 ejicuser. Je sais tout ce qu'il fait, je saiS surtout où il va.
GE-^viÈVE. — Ma pauvre chérie ' HÉLÈNE. ■— - Oui, je suis à plaindre, je l'aime trop. C'est stupid©, c'est ridicule, c'est tout ce qvte- tu voudras,., mais c'est plus fort que moi. J'ai beau être certaine qu'il me trompe, dès qu'il me revient, que je le revoie, j'oublie tout, je suis folle, je me donne... Ah! bout cela n'est ni très digne, ni 'es propre de ma part !' '
GENEVIÈVE. — J'ai passé par là, Hé^ lène, souvieus-tûi 1
HÉLÈNE. — Oui, mais augourd'hui tu es sauvée. Tandis que moi... enfin!
GENEVIÈVE. — Alors, tu t'en vas.
HÉLÈNE. — Oui, mais ne le dis à personne... Je partirai sans qu'on -s'en .n.jjer-
çoive .
Bruit de voix- des joueurs.
ISABELLE, G Maurlce. — 'Monsieur Gérard ? ^
MAURICE. — Eh bien, ma chère Isa-
hfà\a%
ISABELLE. — Nous avons l'air bien
tristo, ce soir?
MAURICE. — Mais non.
ISABELLE. — Vous voy€z mou petit doj^t ?
MAURICE. — A peine... il est d'une taille ridicule.
i»Ai£ŒLi.E. — Oui. eh bien il est très malin, mon petit doigt!
MAURICE. — Tiens, tiens!
ISABELLE. — Cela vous surprend ?
»iuEiCE. - Le mien est trop bien élevé po-;r s'étonner de la malice du vô-
tW'.
ISABELLE. — Et très bavard avec cela.
MAURICE. — Oli! que c'est curieux f Le mien est muet connue une carpe!
Comme les petits doigts diffèrent.
Bruit à la table de jtu.
ISABELLE. — De qui êtes-vous amou reux, en ce moment?
MAURICE. — En cherchant bien, je crois que je ne suis amoureux de personne.
BELLENCONTRE. — Ou n'y va jias avec os ji'U-ià !
ANDRÉE. Oh!
LONGECOURT, à Andrée. — Et si Bellencontre vous ennuie par trop, n'hésite;-. pas : pan, .pan, pan !
ANDRÉE. — Quoi, pan, pa.h, pan !
LONGECOURT. — Deux balles dans le
bras.
GENEViÈVJD. — Eh bien, vous-lui donnez de jolis conseils.
LONGECOURT. — J'en ai bien reçu trois,
moi !
GENEVIÈVE. — La belle raison !
ANDRÉE. — D'une femme?
LONGECOURT. — D'uiic seule.
GENEVIÈVE. — Et le résultat?
LONGECOURT. — Je suis resté trois ans de pins avec elle,
GE,SEVÎÈVE — Donc, si elk n'avait pas tiré sur vous, vous l'auriez probablement
quittée ?
LONGECOURT. — Naturellement, voulant me tuer, n'est-ce pas, elle prouvait qu'elle m'adorait.
GENEVIÈVE. — Pauvre garçon!
LONGECOURT. — Je connais les femmes,,
vous savez.
GENEVIÈVE. — Vous avez de la chance!
Qu'est-ce que vous cherchez?
LONGECOURT. ■— Je n'ai plus de cigarettes !
GENEVIÈVE. — Des cigarettes, il y en là, je vais vous en donner.
ISABELLE, à Maurice. — Alors, pendant le dîner, et durant le souper, pour quoi n'avez-vous cessé de la regarder?
MAURICE. — Mon Dieu, parce que je la trouve char-mante !
ISABELLE. — Pourtant, ce n'est pas la première fois que vous la voyez?
MAURICE. — Non, car si j'ai bonne mémoire, il y a juste deux mois que Tavernay m'a présenté à M™ Clareus.
ISABELLE, — Et c'est vous qui lui avez envoyé toutes ces roses?
MAURICE. — Et c'est moi, je ne m'en cache pas.
Eu
L'Age d'Aimer ,
ISABELLE, — On VOUS a donc dit aussi que c'était son anniversaire?
MAUKICE. — Non, mais on m'a dit, lorsque j'étais tout petit, qu'on ue risquait jamais rien à être bien élevé. J'ai été invité, j'ai cru poli d'offrir ces quelques roses, voilà!
ISABELLE. — Quand j'aurai quaiamte
ANDKÉK. — Full !
TOUS LES jouEuus. — Encorc !
ISABELLE. — Donnez-moi donc votre parole que vous n'ctes pas très épris de Geneviève 1
MAURICE. — Ce serait avec plaisir...
mais comme pour un cas tout différent je l'ai donnée hier à quelqu'un...
MADRICE. — ■\'ors, mêck.a.ntk! Qcelle pl.msanterie !.
que
vons m en enverrez
ans, ] espère d'aussi belles.
MAURICE. — Mais je n'attendrai pas que vous ayez quarante ans !
ISABELLE, en riant. — Le fait est que j'en suis loin! (Changeant de to7i.) Gene- %'iève les a depuis ce matin.
MAURICE. — J'avais bien compris!
ISABELLE. — Elle ne les paraît pas, n'est-il pas vrai?
MAURICE. — Le fait esït qu'un étranger me l'aurait dit, je ne l'aurais p<^s cru... mais venant d'une amie...
ISABELLE. — Oh! n'aJIez pas vous imaginer, au moins, que je vous ai dit son âge par méchanceté.
MAURICE. — Vous, méchante ! Quelle plaisanterie!... Vous êtes franche, il y a une nuance.
BELLENCONTRE. — Deux paires à l'as.
ISABELLE. — Quoi donc ?
MAURICE. — Ma parole!
ISABELLE. — Eh bien? ' *
MAURICE. — Si je vous la donnais, cela prouverait que j'en ai plusieurs... Or, comme je n'en ai qu'une et que je l'ai déjà donnée... il m'est impossible...
ISABELLE. — Vous êtos très fin, décidément.
MAURICE. — Honnête surtout.
ISABELLE. — Par contre vous rougissez facilement.
MAURICE. — Cela tient à ce que j'éta>ps tellement menteur quand j'étais enfant, que je rougis maintenant lorsque je dis la vérité.
ISABELLE. — Ah !
MAUTîicE. — Oui!
GENEVIÈVE, s' approchant. — P.nrdon!
Vous complotez tous les deux ?
MAURICE. — Nous parlions d« vous.
GENEVIÈVE. — Vous n'avez donc plus rien à vous dire?
ISABELLE. — Gérard me fait la cour, voilà la vérit*.
MAURICE. — Oh! par exemple!
ISABELLE. — Eh! bien, maie, ditesmoi, vous n'êtes pas galant.
GENEVIÈVE. — M. Gt-iaid est tout simplement discret, tu as tort de lui en faire un reproche.
MAURICE. — Mais je vous affirmé, madame...
GENEVIÈVE, en souriant. ■ — Ne vous défendez pas, voyons ! Isabelle est jolie et vous avez bon goût, voilà tout.
Elle les quitte.
ISABELLE, en le frappant de son éventail. — Tenez, vous n'êtes qu'un maladroit.
Elle remonte.
GENEVIÈVE, à Longernurt qui est en train d'embrasser les 7nain$ d'Andrée. — Eh bien!... eh bien, Longecourt !
LOSGECOURT. — Je lui lis leF lignes de la main.
GENEVIÈVE. — Avec les lèvres?
LONGECOURT. — T . bien! oui... C'est la lévromancie, c'est très connu! (.-1 Andrée.) Gela ne vous était pae désagréable, n'est-ce pas?
ANDRÉE. — Oh! moi, ça m'est égal!
BELLENCONTKE. — Andrée!
ANDRÉE. — Plaît-il?
BELLENCONTRE. — Allons, au jeu !
LONGECOURT, à Geneviève. -- Geneviève, donnez-moi votre main ?
GENEVIÈVE. — Ah! non!
LONGECOURT. — Avec les yeux, sérieuîTement.
GENEVIÈVE. — Avec les yeux?
LONGECOURT, ïl lui prend la inain. — Vous voyez ce petit point-là?
GENEVIÈVE. — Ce petit point-là?
LONGECOURT. — Oui, il n'a l'air de rien, n'est-ce pas?
GENEVIÈVE. -- Je vous répondrais qu'il a l'air de quelque chose que vous ne le croiriez pas.
LONGECOURT. -- Eh bien, c'est tout simplement une longue suite de bonheur !
GENEVIÈVE. — Que Dieu vous ent-ende!
Et dan? celle de M. Gérard?... Allons, monsieur Gérard, donnez votre main.
MAURîCE, la lui tendant. — La voici.
GENEVIÈVE. — Non, pa6 à moi... a Longecourt !
LONGECOURT. — Pardou... l'idée n'était pas mauvaise; mettez votre main dans celle de Gérard.
GENEVIÈVE. — Pourquoi faire?
LONGECOURT, — Voufi allez voir...
l'étude est assez cvirieuse... C'est ce que j'appelle ie croisement des lignes.
GENEVIÈVE. — Le croisement des lignes ?
Cela ne vous dit
LONGECOURT.
rien ?
GE.MEVIÈVE, - LONGECOURT.
GENEVIÈVE
rard.
- Rien du tout.
— Faites toujours.
— Allons, monsieur Gé-
Elle lui tend la main.
LONGECOURT. — Là'... Très bien!.
Rest-oz quelques secondes ainsi...
GENEVIEVE
rie... gare Lon
LONGBCOURT.
beaucoup de fe
MAURICE
quez de nous ?
LONGECOURT.
mez-les... vous quel ]K>int cela