‹ Le BéguinChapitre 59 sur 89 · MAURICE, LOUIS · texte numérisé non relu

MAURICE, LOUIS

MAURICE. — Qu'est-ce que tu fais là?

LOUIS. — Monsieur voit... Je range un j>eu.

MAURICE. — Oh! maia dis-moi? On gèle ici.

LOUIS. — Mais non, monsieur.

MAURICE. — Mais si Ajoute deux bûches vivement.

LOUIS. — II fait pourtant assez chaud 1

MAURICE. — C'est ton avis?

LOUIS. — Oui, monsieur.

MAURICE. — Eh bien, ça n'est pas le mien.

LOUIS. — Je comprends bien.

Un temps.

MAURICE. — Quel temps fait-il î

LOUIS. — Monsieur doit le savoir, puisque monsieur est rentré à dix heures du matin.

MAURICE. — Ça, c'est mon afïaije.

LOUIS. — Je n'ai jamais dit à monsieur que c'était la mienne.

MAURICE. — Enfin, quel temps fait-il?

LOUIS. — Moi je trouve qu'il fait plutôt doux... mais comme monsieur et moi non* n'avons pas les mêmes idées sit la température,

MAURICE. — Oh! mais, dis-moi, sur quel pied t'es-tu levé ce matin?

LOUIS. — Si monsieur s'imagine que je remarque sur quel piied je me lève.

MAURICE. — Tu fais la. tête.

LOUIS. — Ce n'est plus de mon âge,

monsieur.

MAURICE

ques!

Ah ! les vieux domeeti-

L'Age d'Aimer

LOUIS. — Que monsieur en pionne un j'Ciine, et nous rirons.

MAUiucE. — Quoi « nous nrous », qu'est-ce que cela veut dire / Tu jjrends une autorité maintenant ! Tu parles... tujuges... tu critiques... Tu n'étais pas comme cela lorsque tu servais chez mon père.

LOUIS. — Pardon, monsieur, j'ai la prétention de n'avoir pas changé, mais comme monsieur Maurice à cette époque était haut comme ma botte, il ne peut se souvenir.

MAUHICE. — Eh bien, parle, qu'est-ce que tu as aujourd'hui?

LOUIS. --J'ai... que monsieur s'abîme la santé.

MAURICE. — Pourquoi?

LOUIS. — Parce que monsieur mène depuis huit mois une existence qui n'en est pas une.

MAURICE. — Je ne me suis jamais aussi bien porté.

LOUIS. — Je veux bien.

MAURICE. — J'ai mauvaise mine?

LOUIS. — Non.

MAURICE. — L'oeil est pâle?

LOUIS. — Je ne sais pas d'abord ce que monsieur entend par l'œil pâle.

MAURICE — Alors?

LOUIS. — Alors. . alors il se passe ■ceci : c'est que depuis huit mois aussi monsieur n'a jajiiais couché chez lui. Or avant, cela n'arri\tait pas.

MAURICE. — Avant, je n'étais pas amoureux.

LOUIS. — Monsieur, amoureux !

MAURICE. — Mais naturellement que je le suis.

LOUIS. — Eh bien, c'est regrettable, •voilà tout. Jadis tout se passait fort gentiment ; c'étaient des allées et des venues, c'est vrai, et je trouvais souvent le matin des mouchoirs avec des initiales différentes... mais enfin c'était plus propre, monsieur' ne découchait pas.

MAURICE. — Plains-toi donc, la chambre est plus vite faite.

LOUIS. — Oui, mais il faut que j'aille tous les soirs porter un veston chez M"" Clarens afin que monsieur n'en sorte pas en habit noir et cravate blanche le lendemain matin.

MAURICE. — Ah ! c'est cela, cela te dérange ?

LOUIS. — TJn peu.

MAURICE. — Vraiment Tu prends ma maisop Dour tes invalides.

Coud de sonnette.

LOUIS. — Tenez, monsieur, je préfère aller ouvrir... car je m'a|)erçois que nous ne raisonnons pas du tout de la même façon aujourd hui.

MAURICE. — C'est cela, va ouvrir.

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