MAURICE, LOUIS
MAURICE. — Qu'est-ce que tu fais là?
LOUIS. — Monsieur voit... Je range un j>eu.
MAURICE. — Oh! maia dis-moi? On gèle ici.
LOUIS. — Mais non, monsieur.
MAURICE. — Mais si Ajoute deux bûches vivement.
LOUIS. — II fait pourtant assez chaud 1
MAURICE. — C'est ton avis?
LOUIS. — Oui, monsieur.
MAURICE. — Eh bien, ça n'est pas le mien.
LOUIS. — Je comprends bien.
Un temps.
MAURICE. — Quel temps fait-il î
LOUIS. — Monsieur doit le savoir, puisque monsieur est rentré à dix heures du matin.
MAURICE. — Ça, c'est mon afïaije.
LOUIS. — Je n'ai jamais dit à monsieur que c'était la mienne.
MAURICE. — Enfin, quel temps fait-il?
LOUIS. — Moi je trouve qu'il fait plutôt doux... mais comme monsieur et moi non* n'avons pas les mêmes idées sit la température,
MAURICE. — Oh! mais, dis-moi, sur quel pied t'es-tu levé ce matin?
LOUIS. — Si monsieur s'imagine que je remarque sur quel piied je me lève.
MAURICE. — Tu fais la. tête.
LOUIS. — Ce n'est plus de mon âge,
monsieur.
MAURICE
ques!
Ah ! les vieux domeeti-
L'Age d'Aimer
LOUIS. — Que monsieur en pionne un j'Ciine, et nous rirons.
MAUiucE. — Quoi « nous nrous », qu'est-ce que cela veut dire / Tu jjrends une autorité maintenant ! Tu parles... tujuges... tu critiques... Tu n'étais pas comme cela lorsque tu servais chez mon père.
LOUIS. — Pardon, monsieur, j'ai la prétention de n'avoir pas changé, mais comme monsieur Maurice à cette époque était haut comme ma botte, il ne peut se souvenir.
MAUHICE. — Eh bien, parle, qu'est-ce que tu as aujourd'hui?
LOUIS. --J'ai... que monsieur s'abîme la santé.
MAURICE. — Pourquoi?
LOUIS. — Parce que monsieur mène depuis huit mois une existence qui n'en est pas une.
MAURICE. — Je ne me suis jamais aussi bien porté.
LOUIS. — Je veux bien.
MAURICE. — J'ai mauvaise mine?
LOUIS. — Non.
MAURICE. — L'oeil est pâle?
LOUIS. — Je ne sais pas d'abord ce que monsieur entend par l'œil pâle.
MAURICE — Alors?
LOUIS. — Alors. . alors il se passe ■ceci : c'est que depuis huit mois aussi monsieur n'a jajiiais couché chez lui. Or avant, cela n'arri\tait pas.
MAURICE. — Avant, je n'étais pas amoureux.
LOUIS. — Monsieur, amoureux !
MAURICE. — Mais naturellement que je le suis.
LOUIS. — Eh bien, c'est regrettable, •voilà tout. Jadis tout se passait fort gentiment ; c'étaient des allées et des venues, c'est vrai, et je trouvais souvent le matin des mouchoirs avec des initiales différentes... mais enfin c'était plus propre, monsieur' ne découchait pas.
MAURICE. — Plains-toi donc, la chambre est plus vite faite.
LOUIS. — Oui, mais il faut que j'aille tous les soirs porter un veston chez M"" Clarens afin que monsieur n'en sorte pas en habit noir et cravate blanche le lendemain matin.
MAURICE. — Ah ! c'est cela, cela te dérange ?
LOUIS. — TJn peu.
MAURICE. — Vraiment Tu prends ma maisop Dour tes invalides.
Coud de sonnette.
LOUIS. — Tenez, monsieur, je préfère aller ouvrir... car je m'a|)erçois que nous ne raisonnons pas du tout de la même façon aujourd hui.
MAURICE. — C'est cela, va ouvrir.