‹ Le BéguinChapitre 61 sur 89 · I.o^JGECOURT. — Toujours amoureux · texte numérisé non relu

I.o^JGECOURT. — Toujours amoureux

MAURICE. — De plus en plus.

LONGECOURT. — A la bonne heure !

MAURICE. — C'est un être exquis ! avec cela' si bon, si juste et si affectueux.

LOMGEOOURT. — C'est une femme comn^e elle qu'il m'aurait fallu !

MAURICE. — Voilà huit mois que nous nous aimons, il me semble qu'D y a huit jours.

LON'GECouRT. — Tant mieu;s:. Elle mérite d'être heureuse.

MAURICE. — Certes. Aussi suis-je bien décidé à lui éviter la moindre peine.

LONGECOURT. — Et vous avez raison, car elle vous aime profondément.

MAURICE. — Je le crois.

.LONGECOURT. — Dites que vous en êtes sûr. Ainsi l'autre soir, alors que nous dînions chez elle, tandis que vous causiez avec Taverniy, je l'entraînai dans un coin et peur la taquiner un peu : o Bah! votre Maurice, lui dis-je, il vous trompera comme les autres!... « Ah' mon ami, je me' suis bien juré de ne plus reconimenoer cette? mauvaise plaisanterie ! Son visage prit une telle expression qu'il me sembla pendant une seconde que c'était la douleur elle-même, qui me regardait dans les yeux.

MAURICE. — Pauvre chérie!

LONGECOURT. — Aussi, un conseil, conseil d'un vieux camarade qui vous aime bien, trompez-la... adroitement

MAURICE. — La tromper, moi? Vous voul.:z rii'e.?

LONGECOURT. — Du fcout, je n'ai jamais été aussi sérieux. Si vous étiez un indifférent, je me garderais bien de me mêler de vos affaires mais j'ai une grande amitié pour vous, et j'ai une grande amitié pour elle. Aussi, je vous le répète : soyez prudent.

MAURICE. — Je l'adore, voyons, je la quitie à peine deux heures par jour!

LONGECOURT. — C'est entendu, vous l'adorez, j'en suis persuadé. Vous êtes, elle me l'a dit elle-même, on ne peut plus gentil, on ne j>eut plus prévenant... Malgré cela, vous n'êtes pas fait autrement que les autres, et lorsc^ue vous êtes infidèle... ou lorsque vous le serez, vous vous direz, pour vous excuser : le cœur n'étant jjas en jeu, ça ne compte pas. Eh! bien, gare... car pour certaines femmes cela compte.

MAURICE. -^ Mais, ma parole, vous me parlez comme si j'avais quelc^ue chose à me reprocher.

LONGECOURT. — Je n'ai pas dit cela.

MAURICE. — Vous avez l'air de le dire tout au moins.

LONGECOURT. — Mais non. Je vous préviens simplement. Vous êtes jeune, par conséquent léger et...

MAURICE. Et?

LONGECOURT. — Rien, voilà.

MAURICE. — Oui. (Un tfimps.) Longecourt ?

LONGECOURT. — Mon ami?

MAURICE. — On vous a dit quelque chose.

LONGECOURT. Du tOUt.

MAURICE. — Aucun potin?

LONGECOURT. ■ — AuCUn.

MAURICE. — Je cherche dans ma tête oe que j ai pu faire !

LONGECOURT. — Ne cherchez pas... car si vous cherch«z... vous me ferez croire que vous êtes capable de trouver.

MAURICE. — Eh bien, mon anù, j y suis.

LONGECOURT. — Comment, vous y êtes?

MAURICE. — Je sais ce que c'est.

LONGECOURT. Ah !

MAURICE. — Le mannequin?

LONGECOURT. — Comment le mannequin ?

MAURICE. — Le mannequin de la rue de la Paix. TJne petite femme qui passe son temps à s'habiller et à se déshabiller devant les clientes et qui est vcni;e...

L'Age d'Aimer

LONGECOURT. — En faire autant chez vous pour ne pas en perdre l'iia-bitude.

MAfRicE. — Mais non, mon cher, c'est idiot, c'est imbécile! Je la connaissais bien avant d'avoir rencontré Geneviève. Elle m'a fait une visite, en effet, pour me demander un service... ou une

MAURICE. — Quelle plaisanterie!

Un temps.

LONGEcouRT. - — A propob, je vous ai rencontré hier.

MAUUICE. — Tiens, oit cela?

LONGECODRT. — Tromi'EZ-l.\... auroitement

recommandation... je ne me rappelle plus bien... vous voyez que cela ne m'a pas frappé.

LONGECOUHT. — Mais, c'est bien fini avec elle?

MAURICE. — O'h ! mon ami, vo3-ons !

LONGECOURT. — J 'ignorais cette histoire de mannequin.

MAURICE. — Vraiment?

LONGECOURT. — Je vous en donne ma parole.

MAURICE. — Alors, je regrette de vous 1 avoir contée

LONGECOURT. — Pourquoi ? J'espère que vous avez confiance en moi ?

L0NGEC0UR1 . — A quelques pas du Musée du Louvre.

MAURICE. — Oh 1 non !

LONGECOURT. Si, si.

MAURICE — Oh! non, non, je vous assure.

LONGECOURT. — Vovons ! il était quatre heures et demie très exactement. Je passais en voiture.

MAURICE. — C'est vrai, vous avez raison. Je confondais le Musée avec... oui, oui, vous avez raison.

LONGECOURT. - — Quelques instants après vous avoir croisé, j'ai aperçu Colette qui trottait, nui trottait...

L'Age d'Aimer

MAURICE. — Elle marche vite, n'est-cs

pas?

LONGECnuRi, ironique. — Elle m'en a l'air.

MAURICE. — Eli bien, regardez co-mino c'est drôle... Un autre que vous m'auxait vu, il se serait dit que nous avions rendezvous. Le monde est méchant.

i.ONOECOURT. — C'est pour cela qu'il fa.ut faire très attention.

MAVRICE. — Soyez sans crainte.

MAURICE. — Elle n'aurait rien dit.

i.ONCîEcouRT, — Naturellement... mais enfin ça ne lui aurait pas fait plaisir.

MAURICE. — C'est certain!

LONr;RcouRT. — Et maintenant, ditesmoi? j'aurais bien voulu lui serrer la main, à Geineviève, avant mon départ. A Quelle heure la voyez- vous?

M4.URICE. — A cinq heures.

l.ONGECOURT. — lî e«t?

u.vuBiCE. — Quatre heures et quart.

LjDIS. — Chst M"* Jeanns-

r.OMOECOuRT. — Et ne pas être trop aimsble avec elle.

MAURICE. — Moi?

LONGECOURT. — Mais oui... Ainsi, l'autre jour vous plaisantiez, vous la preniez par la taille.

mai:rice. — Pooir rire.

LON'GECouRT. — Je sais bien, jo n'y

i.onoecourt. — Oh ! bien, je vais l'at tendre si cela ne vous dérange pas.

MAURICE. — Pa's chez moi, chez elle.

LoNCECOURT. — Ah! elle ne vient pas ici?

MAURICE. — Elle n'y est même jamais \enue.

t.on'oecourt. — Ce n'est pas possible!;

attache moi non plus aucune importance... Cependant Geneviève eût été Depuis huit mois? là... MAi:nicE. — Depuis huit mois

L'Age d'Aimer

LONGEcounT. — C'est assez curieux.

Et pourquoi ?

MAUKiCE. — Elle n'a jamais voulu céder. J'ai eu beau pnei, insioter, noii, elle n'a pas voulu.

LONGECouiiT. — Quelles raisons doiiuet-elle?

MAURICE. — Elle craint d'y trouvxr des souvenire... elle dit que d'autres sont venues avant elle... en uu mot dcs enfantillages.

LONGECOURT. — C'est bieu là, ma Geneviève.

MAURICE. — Or, vous ]>cuvez juger qu'il n'y a rien ici qui puisse la choquer.

LONGECOURT. — Certes. Et cette brave Isabelle, qu'est-ce qu'elle devient ?

MAURICE. — J'ai dîné avec elle il y a tiroie ou quatre' jours. Elle a l'air de ne 'pas ia'aini'e.r beaucoup décide!, eut.

LO.N'CECûunT. — Je le crois.

MAURICE. — Je ne lui ai rien fait cependant.

i.o.VGECouRT. • — Vous êtes bon... c'est peut-être pour cela... et elle est fennne à ne pas vous le pardonner.

MAURICE. — Si vous voulez mon opinion, ce n'est pas un bon petit cœur.

i.oxGTEco'JKT. — Ce n'est pas cela...

mais il lui £st arrivé, étant toute gamine, un accident.

MAURICE. — Allons donc !

i.o.N'GECorKT. — Oui, elle a, parait-il, été mordue par une vipère.

MAURICE. — Eh bien?

LONGECOURT. — Eh bien! il a dû lui en rester quelque chose.

MAURICE, riant. — C'est donc ça! (.4 Lou'^ qui entre./ Qu'est-ce que c'est?

LOUIS. — Monsieur?

MAURICE. — Qu'est-ce qu'il y a?...

(Et r.imnie Louis parle très bas.) Quoi? approche! Quoi?

LOUIS. — Monsieur tient à ce que je le dise plus baut î

MAURICE. — Naturellement, puisque je n'entends pas.

LOUIS, haut. — C'est M"" Jeanne.

MAURICE. — Comment, il"" Jeanne'

LOUIS. — Oui, monsieur, M"' Jeanne.

MAURICE. — Qu'^t-oe qu'elle veut?

LOUIS. — Ce n'est pas moi qu'elle vient voir, monsieur.

IMAURICE. — Spns doute. Enfin, tu ne sais pas oe qu'elle veut?

LOUIS. — Pas jusqu'/à maintenant, monsieur.

MAURICE. — Tu lui as dit que j'étais là?

LOUIS. — Oui, monsieur.

MAURICE. — i'ourquoi?

LOUIS. — Parce que monsieur ne m'a pas dit de lui dire qu il n'y était pas.

MAURICE. — Eh bien, iu ee idiot, là!

LOUIS. — Comme monsieur voudra.

MAURICE. — C'est a.«ommant. (.1 Lon.rjfrourl.) Vous permettez, mon cher?

LONGECOURT. — • Si je vous dérange...

MAURICE. — Dn tout voyons! Eh!

bien, faitta-la entrtir. (.-I Lungecourt.) C'est le mannequin justement.

LONGECOURT. — Ah! C'est 1« mannequin.

MAURICE. — Oui., eh! bien, vous allez voir si je sais leur parler aux mannequins.

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