SCENE IV
LONGECOURT, JEANNE
JEANNE. — Quel drôle d'homme?
LONGECOURT. — C'est une tête sajis oeo-velle, il faut l'excuser.
JEANNE. — Pourquoi m'a-t-il raconté des histoires? Je ne lui en demandais pas. Chaque fois que je le voyais, que je le questionnais — rarement d'ailleurs — il me répondait toujours : Ça va, ça val
LONGECOURT. — Qu'est-ce qui allait?
JEANNE. — Mais je ne sais pas. Il ne cessait de me répéter : ça va... Alors, je disais aussi : ça va... pour ne pas le contrarier.
LONGECOURT. — Vous l'aimcz, naturellement !
JEANNE. — Oh! non
LONGECOURT. Ah !
JEANNE. — Il ne m'était pas désagréable, voilà tout. Il m'aurait dit : « J'ai une maîtresse », je ne lui en aurais pas voulu, c'est son droit. Mais pourquoi ne pas avoir été franc? Moi je suis pour la franchise.
LONGECOURT. — Vous avez raison.
JEANNE. — Et j'ai horreur qu'on se moque de moi.
LONGECOURT. — Et VOUS avez encore raison .
JEANNE. — Enfin, est-ce vrai?
LONGECOURT. — Absolument.
JEANNE. — Depuis cinq mois, je l'ai peut-être vu deux fois, ce n'est pas un motif suffisant pour me traiter comme une rien du tout.
LONGECOURT. — Le fait est ..
JEANNE. — On a son petit point d'honneur, n'est-oe pas?
LONGECOURT. — C'est évident.
JEANNE. — Je suis très susceptible.
LONGECOURT. — Ce n'est pas un défaut.
JEANNE. — Il faut savoir me prendre.
'LONGECOURT. — Voilà. {Un silence.) Asseyez- vous donc.
JEANNE. — Vous êtes son ami, monsieur '(
LONGECOURT. — Oui, mademoiselle.
JEANNE. — J 'espère pour vous quo vous êtes plus sérieux que lui.
LONGECOURT. — Moi, je suis libre.
JEANNï, vivement. — Vous êtes marié?
LONGECOURT. — Non, non, ni marié, ni... rien du tout. Et vous, mademoiselle, vous êtes mannequin, je crois?
JEANNE. — Oui, monsieur.
LONGECOURT. — Rue de la Paix?
jEA.v\E. — Oui, rue de la Paix, chez Ernest .
LONGECOURT. — C'est Une bonne maison, paraît-il ?
JB^NNE. — Oui, on voit du monde.
LONGECOURT. — En somme, vous vous déshabillez toute la journée?
JEANNE. — Toute la journée, non...
mais bien vingt fois par jour... et quand ça n'est pas pour son plaisir, vous savez.
LONGECOURT. — C'est dur?
JEANNE — Surtout qu'on a quelquefois affaire à des femmes...
LONGECOURT. — Pas toujours coinmodes?
JEANNE — Ainsi, tenez, hier, par exemple, il y en a une qui m'a fait •:!=sayer di.x toilettes diftéientes, et tout cela pour ne rien acheter.
LONGECOURT. — C'est effrayant.
JE.\NNE — Elle était grosse comme ça! 80 de tour de taille!
LONGECOURT. — Bigre !
JEANNE. — Eh! bien, à chaque robe nouvelle, elle s'écriait, en zézayant, avec une petite voix d'enfant malade. (I.'iniitaiif.) Oh! non, non, je désirerais un cor?age qui vous allonge plus!... Ce que j'avais envie de lui allonger autre chose !
LONGECOURT, en riant. — Je comprends cela.
JEANNE. — Elle avait une poitrine!
une ix>itrine bien à elle, je vous le jure. C'était indécent!
LONGECOURT. — ■ Pas comme la vôtre alors ?
JEANNE, fière. — Oh ! moi, je suis bien faite.
LONGECOtTRT. — Vous êtes mannequin.
JEANNE. — Ça, ça ne prouve rien ... on peut être mannequin et être mal fichue... Y a des mannequins truqués.
LONGECOURT. — Allons donc.
L'Age d'Aimer
.TEANNE. — Oh! oui! Mais chez moi, tout m'appartient.
LONGECOTJUT. — Cela vaut mieux.
JEA.N'NE. — Certes... 11 est préférabk d'avoir des meubles bien à soi nue de les avoir pour ainsi dire en location.