‹ Le BéguinChapitre 64 sur 89 · I..ONGECOURT. — La comparaison est · texte numérisé non relu

I..ONGECOURT. — La comparaison est

que je suis. Plus je vais, plus je m'aperçois qu'il faut être un peu mûre pour plaire au.x jeunre gens. Aussi, à dater d'aujourd'hui, c'est bien décidé, je ne me laisserai plus faire la cour qvie par des hommes d'un certain âge.

LONGECOUF.T. — C'est plus- sûr.

JEANNE. — Ce QUE vous devez avoir do cœur, vous !..

très heureuse... et jolie comme vous l'êtes...

JEANNE. — Jolie 1 non. Je suis jeune et je suis fraîche, voilà tout.

LONGECOURT. — Eh bien! mais ça compte, ça.

JEANNE. — Et je le regrette.

LONGECOURT. — Pourquoi?

JEANNE. — Parce que si j'avais quinze ans de plus, je serais peut-être autre chose

JEANNE. — Certainement.

LONGECOURT. — Ainsi, moi, je n'on ai pas l'air, eh! bien, je suis très vieux, mademoiselle Jeanne.

JHiANNE. — Vous, vous dovez être rigolo.

LONGECOURT. — Justement, je suis un vieux rigolo.

JEANNE. — Et très farceur, je parie?

LONGECOURT. — Très farceur.

L'Age d'Aimer

JEANNE. — Cela se voit à vos yeux.

LO.NGECOURT. Ail!

JEANNE. — On lie vous l'a jamais dit?

LONGEcouHT. — Si, quelquefois.

JEANNE. — Et VOUS dfvez être un honniie h. femmes.

LONGKCOURT. Et V0U8... êtCS-VOUS

une ftiiuiie à hommes?

JEANNE, en riant. — En voilà une question.

bOXGEcouRT. — Pourquoi?

JEANNE. — Parce que ça dépend.

LONG ECO URT. — De quoi?

JEANNE. — De l'homme naturellement.

LONGECOURT. — Et luoi de la femme.

JEANNE. — Ça prouve qu'on a les mêmes idées.

LONGECOURT. — Identiques.

JEANNE. - — C jst amusant.

LONGECOURT, l'air çjrari:. — Combi^Ml gagnez-vous chez Ernest ?

JEANNE — Cent cinquante francs el nourrie.

LONGECOURT. — Ce n'est pas lourd.

JE.VNNE. — Oh! faut avoir un 'amant, sans cela il n'y a pas inoj'en de joindre k's deux bouts.

LONGEcouiîT. — C'est évident. Eh bien moi, je connais une maison où vous toucheriez le doubls...

JEANNE. — Le doTib!

LONGECOURT. -- Au U!u:lj , ti uu

vous lie seriez obligée de vous déshabiller que deux fois par jour... nia.^imum.

JE.\NNE. — Non ?

LONGEGp-URT. — C'est comme je vous le dis.

JEANNE. — -Deux fois seulement?

LONGECOURT. — Deux fois seulemeat...

Certains jours pas du tout.

JEANNE. — Et vous pourriez m'v faire entrer ?

LONGECOURT. — Domain, si vous le voulez.

JEANNE. — C'est la maison comment?

LONGECOURT. — C'est la maison Longecourt.

JEANNE. — La maison Longecourtl

LONGECOURT. Oui.

JEANNE. — Je ne connais pas.

LONGECOURT. — Oui... mais moi je la

connais... et vous savez c'est tout ce qu'il y a de bon.

JEANNE. — Où p-:^rche-t-elle?

LONGECOURT. — Elle perche à Nice.

JEANNE, ravie. — A Nice!

LONGECOURT. — Et c'est joli par là.

JEANNE. — Il parait que c'est merveilleux !

LONGECOURT. — J y pars oe .soir, si vous voulez que je vous y accompagne?

JEANNE. — 'Vous feriez cela?

LONGECOURT. — Sans hésiter.

JEA.VNE. — Eli! bien, si ce n'est paspour vous moquer de moi, vous êtes rudement chic.

LONGECOURT. — Je suis chic et je ne me moque pas de vous. Rendez-vous à neuf heures, gare de Lyon, le train part à vingt, cela vous va-t-il?

JEANNE, émue. — Ecoutez, je n'en reviens pas... Ce que vous faites là est vraiment gentil... Ce que vous devez avoir du cœur, vous!...

LONGECOURT, l embraffunt . — J'ai beaucoup do cœur !

JEANNE. — Sûr.

LONGECOURT. — Et bien d'autres qualités. (// l'embrasse encore.) Que vous ignorez.

JEANNE. — Ce que suis contente!

LONGECOURT. — Entendu, alors ?

JEANNE. — Entendu. Je n'ai que le temps d'aller prévenir et de rentrer faire ma malle. Ce que les autres vont bisquer chez Ernest.

LONGECOURT. — Ernest, il nocs embête.

JEANNE. — Et puis, la maison n'est pas si bonne que ça, vous savez.

LONGECOURT. — Paibleu .

JEAN^4E. — Vous descendez avec moi?

LONGECOURT. — Parfaitement. (Fausse sortie.) Mais j'y pense...- et Maurice?

JEANNE. — Maurice?

LONGECOURT. — Oui, VOUS ne loi dites pas au revoir?

JEANNE. — Pourquoi faire?

LONGECOURT. — Après tout, c'est inutile... mais je vais toujours lui laisser deux lignes, ce sera plus poli.

JEANNE. — Si vous voulez, mais moi cela m'est égal.

Elle va à la glace.

LONGECOURT, cherchant sur la table. — Voyons du papier... il n'y a pas une feuille de papier, ici?... ni d'enveloppe!... Sapristi, va! Ah! ce bloc-notes!

Il dodiire un» feuille.

JEANNE. — DépêcHez-vous, dites?

LONGECOURT. — Vne minute... (/f écrit.) a Cher ami »...

L'Age d'Aimer

JtANNE, joyeuse. — A Nice! Oh! {Un 'ilence.) C'est fini?

LONGEcouRT. Une seconde... Là!

JEANNE. — Il va faire une tête !

LONGECOURT, en riant. ■ — Plutôt.

JEANNE. — On paxt ?

LONGECOURT. — On part. Vous n'oubliez rien ?

JEAN.VE. — Non. Ah! si, mon manchon.

LONGECOURT. — Le voici. Vous y êtes?

JEANNE. — J'y suis.

1 "NGECOURT. — Alors, filons.

Ils sortent.

La scène reste vide une seconde.

J'avoue que je ne m'y attendais guère. (A Louis.) Laisse-nous.

Louis sort.

Page 1