I..ONGECOURT. — La comparaison est
que je suis. Plus je vais, plus je m'aperçois qu'il faut être un peu mûre pour plaire au.x jeunre gens. Aussi, à dater d'aujourd'hui, c'est bien décidé, je ne me laisserai plus faire la cour qvie par des hommes d'un certain âge.
LONGECOUF.T. — C'est plus- sûr.
JEANNE. — Ce QUE vous devez avoir do cœur, vous !..
très heureuse... et jolie comme vous l'êtes...
JEANNE. — Jolie 1 non. Je suis jeune et je suis fraîche, voilà tout.
LONGECOURT. — Eh bien! mais ça compte, ça.
JEANNE. — Et je le regrette.
LONGECOURT. — Pourquoi?
JEANNE. — Parce que si j'avais quinze ans de plus, je serais peut-être autre chose
JEANNE. — Certainement.
LONGECOURT. — Ainsi, moi, je n'on ai pas l'air, eh! bien, je suis très vieux, mademoiselle Jeanne.
JHiANNE. — Vous, vous dovez être rigolo.
LONGECOURT. — Justement, je suis un vieux rigolo.
JEANNE. — Et très farceur, je parie?
LONGECOURT. — Très farceur.
L'Age d'Aimer
JEANNE. — Cela se voit à vos yeux.
LO.NGECOURT. Ail!
JEANNE. — On lie vous l'a jamais dit?
LONGEcouHT. — Si, quelquefois.
JEANNE. — Et VOUS dfvez être un honniie h. femmes.
LONGKCOURT. Et V0U8... êtCS-VOUS
une ftiiuiie à hommes?
JEANNE, en riant. — En voilà une question.
bOXGEcouRT. — Pourquoi?
JEANNE. — Parce que ça dépend.
LONG ECO URT. — De quoi?
JEANNE. — De l'homme naturellement.
LONGECOURT. — Et luoi de la femme.
JEANNE. — Ça prouve qu'on a les mêmes idées.
LONGECOURT. — Identiques.
JEANNE. - — C jst amusant.
LONGECOURT, l'air çjrari:. — Combi^Ml gagnez-vous chez Ernest ?
JEANNE — Cent cinquante francs el nourrie.
LONGECOURT. — Ce n'est pas lourd.
JE.VNNE. — Oh! faut avoir un 'amant, sans cela il n'y a pas inoj'en de joindre k's deux bouts.
LONGEcouiîT. — C'est évident. Eh bien moi, je connais une maison où vous toucheriez le doubls...
JEANNE. — Le doTib!
LONGECOURT. -- Au U!u:lj , ti uu
vous lie seriez obligée de vous déshabiller que deux fois par jour... nia.^imum.
JE.\NNE. — Non ?
LONGEGp-URT. — C'est comme je vous le dis.
JEANNE. — -Deux fois seulement?
LONGECOURT. — Deux fois seulemeat...
Certains jours pas du tout.
JEANNE. — Et vous pourriez m'v faire entrer ?
LONGECOURT. — Domain, si vous le voulez.
JEANNE. — C'est la maison comment?
LONGECOURT. — C'est la maison Longecourt.
JEANNE. — La maison Longecourtl
LONGECOURT. Oui.
JEANNE. — Je ne connais pas.
LONGECOURT. — Oui... mais moi je la
connais... et vous savez c'est tout ce qu'il y a de bon.
JEANNE. — Où p-:^rche-t-elle?
LONGECOURT. — Elle perche à Nice.
JEANNE, ravie. — A Nice!
LONGECOURT. — Et c'est joli par là.
JEANNE. — Il parait que c'est merveilleux !
LONGECOURT. — J y pars oe .soir, si vous voulez que je vous y accompagne?
JEANNE. — 'Vous feriez cela?
LONGECOURT. — Sans hésiter.
JEA.VNE. — Eli! bien, si ce n'est paspour vous moquer de moi, vous êtes rudement chic.
LONGECOURT. — Je suis chic et je ne me moque pas de vous. Rendez-vous à neuf heures, gare de Lyon, le train part à vingt, cela vous va-t-il?
JEANNE, émue. — Ecoutez, je n'en reviens pas... Ce que vous faites là est vraiment gentil... Ce que vous devez avoir du cœur, vous!...
LONGECOURT, l embraffunt . — J'ai beaucoup do cœur !
JEANNE. — Sûr.
LONGECOURT. — Et bien d'autres qualités. (// l'embrasse encore.) Que vous ignorez.
JEANNE. — Ce que suis contente!
LONGECOURT. — Entendu, alors ?
JEANNE. — Entendu. Je n'ai que le temps d'aller prévenir et de rentrer faire ma malle. Ce que les autres vont bisquer chez Ernest.
LONGECOURT. — Ernest, il nocs embête.
JEANNE. — Et puis, la maison n'est pas si bonne que ça, vous savez.
LONGECOURT. — Paibleu .
JEAN^4E. — Vous descendez avec moi?
LONGECOURT. — Parfaitement. (Fausse sortie.) Mais j'y pense...- et Maurice?
JEANNE. — Maurice?
LONGECOURT. — Oui, VOUS ne loi dites pas au revoir?
JEANNE. — Pourquoi faire?
LONGECOURT. — Après tout, c'est inutile... mais je vais toujours lui laisser deux lignes, ce sera plus poli.
JEANNE. — Si vous voulez, mais moi cela m'est égal.
Elle va à la glace.
LONGECOURT, cherchant sur la table. — Voyons du papier... il n'y a pas une feuille de papier, ici?... ni d'enveloppe!... Sapristi, va! Ah! ce bloc-notes!
Il dodiire un» feuille.
JEANNE. — DépêcHez-vous, dites?
LONGECOURT. — Vne minute... (/f écrit.) a Cher ami »...
L'Age d'Aimer
JtANNE, joyeuse. — A Nice! Oh! {Un 'ilence.) C'est fini?
LONGEcouRT. Une seconde... Là!
JEANNE. — Il va faire une tête !
LONGECOURT, en riant. ■ — Plutôt.
JEANNE. — On paxt ?
LONGECOURT. — On part. Vous n'oubliez rien ?
JEAN.VE. — Non. Ah! si, mon manchon.
LONGECOURT. — Le voici. Vous y êtes?
JEANNE. — J'y suis.
1 "NGECOURT. — Alors, filons.
Ils sortent.
La scène reste vide une seconde.
J'avoue que je ne m'y attendais guère. (A Louis.) Laisse-nous.
Louis sort.