GENEVIEVE, ISABELLE
ISABELLE. — Nous allons, je cix>is, avoir un beau coucher de soleil.
GENEVIÈVE, en se retournant. — Oui. Tu vois, j'admirais justement ce pa}'sa,g'e dont je ne me lasse jamais. Je regardais ce ciel sans nuage, cet immense voile bleu, si bleu, si pâle et si traus])arent oe soir !
ISABELLE. • — C'est Une belle journée.
GENEVIÈVE. — Merveilleuse ! Et quel calme! Ecoute. Ou n'entend rien. Pas k plus petit bruit. Il semble que toute la nature s'endort. De temps à autre, un oiseau pas&o, rapide, comme pressé d'arriver au logis. Et c'est tout.
ISABELLE. — Oui, iiiais moi, j'aime mieux la mer.
GENEVIÈVE, en riant. — Ça n'a aurun rapport.
ISABELLE. — Non... iMais cette Loire qui coule, qui coule...
GENEVIÈVE. — Mon Dieu, que tu es amusante! Qu'est-ce que tu veux qu'elle faese, la Loire?
ISABELLE. — - Je sais bien qu'elle ne peut pas faire autre chose... mais enfin, elle me fatigue, à la longue.
GENEVIÈVE. — Tu n'aimes pas la campagne, Isabelle, voilà la vérité.
ISABELLE. — Si... mais je n'éprouyopas le besoin de m'extasier devant un champ de coquelicots, devant un arbre, devant une mare, devant une maisonnette plus ou moins bien située... J'aime la campagne, en gros, pas en détail, voilà! Et puis, vous avez tous une façon de vivre, i'ci!...
GENEVIÈVE. — Parce que tout le monde est libre? Il faut que cela soit ainsi. Souviens-toi, l'an dernier, alors que nous étians les hôtes de Tavernay, tout, s'est fort bien passé à cause de cela Cette année vous êtes mes invités, aussi ai-je exigé qu« chacun agisse à sa guise. C'est le seul moyen de s'entendre, sois-ea bien pei-suadée.
ISABELLE. — Eli iDÎen, moi, je pré'èrerais qu'on -soit plus souvent ensemble, quitte à se quereller de temps à autre.
GENEVIÈVE. — Tu aimes la pèche, pourquoi ne vas-tu pas pêcher avec Beliencontre?
ISABELLE. — Merci bien. Quand, par hasard, il prend une pauvre petite ablette, il vous raille : par conti-e lorsqu'on pi-end quelque chose et que lui ne prend rien, il vous insulte ! Alors, tu comprends, ee n'est plus un plaisir. (Un ti'wps.) Non, je regrette de ne pas savoir monter à cheval... comme Cclette.
GENEVIÈVE. — C'est Maurice qui lui a donné ses premières leçons, il ferait certainement pour toi ce qu'il a fait pour elle.
ISABELLE, eii souriant et l'air narquois. — Crois-tu?
GENEVIÈVE. — J'en suis certaine.
Un silence.
ISABELLE. — Ils sont partis depuis deux heures de l'après-midi, n'est-ce pasi
GENEVIÈVE. — Oui, à peu près... je n'ai pas fait attention.
ISABELLE. — Elle monte très gentiment.
GENEVIÈVE. — En effet, elle est très courageuse et très solide en selle.
ISABELLE. — Gracieuse avec cela!
GENEVIÈVE. — Très gracieuse.
ISABELLE. — L'a.mazone lui va bien.
GENEVIÈVE. — Elle est si mince !
Un silenpe.