NAUDET
MAKS'^'.Y.
Bonjour.
Bonjour.
Le Bég^uin
NAUDET. — Nous nous suivions de près?
MARSEY. — Je vous ai vu desoendrt de voiture.
N'AUDET. — Thérèse n'est pas avec vous?
MARSEY. — Non... car, selon sa bonne habitude, elle m'a envoyé un bleu au
.M.A.RSEY. — Au début, tous ces petite détails me taquinaient, m énervaient...
aujourd'hui, je m'y suis fait...
NAfDET. — On "se fait à tout.
M.4RSEY. — Diable! sur quel ton ma, cabre vous dites cela!...
NAUDET. — C'est qu'Yvonne Denve,
lAÏÏDÏT. — On se fait a tout.
«ercle, me priant de venir directement ici, qu'elle me rejoindrait. Et Yvonne?
s-AVDET. — Selon sa bonne habitude, elle attend que nous soyons au complet pour venir me dire bonjour.
voyez-vous mon cher Marsey, a gâché m»
vie sans qu'elle s'en dout«. Jadis, je vivais un peu plus avec M"" Naudet, et je n'en étais pas plus lieureux pour cela... Depuis sept ans, bientôt huit, que je con-
nais Yvonne, je suis le plus malheureux cl et: hommes.
SEY. — Vraiment'
A'AUDET. — Mais oui, -elle iii'apix>lle
« mon bon vieux », clo tem|j6 à autre
en m 'embrassant affectueusement, et je n'ai pas le courage de comprendre que je ne suis que son bon vieux en effet.
MARSEY. — Mais vous êtes aussi son il mail t, sacrebleu ! ■
NAUDET. — On ïe dit.
maksi;y. — Vous avez fait des folies pour elle!
NAUDET. — Eh! oui... et j'en ferai eacoi e, c'est probable i Deux sourires, i;n baiser... et le tour est joué... elle le sait bien ! Et puis ! un homme riche qui se ruine pour une femme, c'est dans l'ordre des choses ; on ne lui doit aucune reconnaissance. Si tous ccu.-c qui fout des bêtises étaient aimés... ce serait trop beau... il n'y aurait plus de place pour l'autre : l'amant de cœur
MAKSEY. — L'ennemi.
NAUDET. — D'ailleurs, je n'ai jamais eu de chance. A l'âge où j aurais pu l'être, je ne le fus pas. Et oependant ■'avais tout ce qu'il faJlait pour cela.; je n'étais pas mal de ma personne et n'avais que cinq à dix louis par mois pour faire le garçon et m'aclieter des cigares. Non, j'étais mai-qué a\i front. J'étais le petit Naudet, le fils de l'Armateur. I) y avait l'héritage en perspective : ellea»patientèrent. Et je me mariai avec une femme qui m'aima, qui m'aime encore, qui se doute de tout, qui se tait et qui souffre de son côté comme je souffre du mien.
MAR9EY. — Eh ! mais vous êtes gai ce ..oir.
NAUDET. — Vous rue questionnez, je vous réponds.
MARSEY. — Cependant loreque Yvonne parle de vous eJle ne tarit pas d'éloges sur votre compte, je vous assure.
NAUDET. — Je sais, je sais tout cela.
MARSEV. — Eh bien alors?
NAUDET, — Quand je suis là. cela 'ennuie, je le sens bien. . et dès que je îuis parti, elle s'attendrit, s'en veut d'avoir été méch^te, dit : Pauvre homme... et m aime tout de suite davantage... n y a des femmes qui vous adorent par lettres, qui se montent l'imagination, jjaiTe qu'on leur conte de belles phras<?s... mais dès qu'elles revoient celui
qui les a écrites, va te promener, le rêve est terminé.
MAKSEY. — C'est aesez juste. Cela me rap|x;lle l'emba-llement de Thérèse pour un grand romancier I Cessant subitement un volume qu'elle était en train de lire... < Ah I s'écria-t-elle, j'aurais été folle de cet homme-là. 5 .le regardai le nom.
C'était George Sand. Le lendemain, je lui apportai le portrait de l'auteur. Inutile de vous dire que le livre ne fut jamais achevé...
NAUDET. — Toute la femme est là.
MAPvSEY. — Bah ! mon cher Naudet, à nos âges, il ne faut point se mettre martel en tête. Vous avez des idées noires, chassez- les !
NAUDET. — Vous êtes un philosophe, vous.
MARSEY. — Moi? Du tout, je suis pratique, rien de plus. li y a des gens qui no «e coucheraient pas sans avoir fait leur prière, moi, je ne me couche jamais sans me dire c'^^ trois mots : « Je !c suis! » Au moins, le jour où j'apprendrai que je le suis réellement, j'aurai la satisfaction de penser que c'est moi qui l'ai dit le premier
NAUDET. — En effet... mais à dater de ce jour, vous serez le premier aussi à n'en plus parler.