SCENE VI
Les Mêmes. THERESE, puis YVONNE
THÉRÈSE. — Bonjour, Naudet. (.4 Marxcy.) Bonjour, vous. Yvonne?
NAUDET. — Dans son cabinet de toilette.
THÉRÈSE. — Je vais lui dire un mot...
et je reviens.
Elle sort.
MARSEY. — Et ces deux femmes qui ne passent jamais vineT-qnatre heures sans se voir' qui se téléphonent le matin! qui sortent ensemble l'après-midi... ont toujoui'^, mais toujours quelque chose à. se dire en particulier! C'e."t extraordinaire
N'At-DKT. — "Mais non, et ce qui m'étonne, c'est que vous vous en étonnie::. Quand elles se réunis.-ent, elles se cKsent
Le Bîguin
tout, fxcepté oe qu'elles doivent se dire, et lorsqu'elles se quittent, elles se souviennent seulement qu'elles se sont dit tout excepté ce qu'elles devaient se dire. Ce qui fait qu'elles se racontent à neuf heures ce qu'elles devaient se dire à sept, et coninie elles avaient tout autre chose à dir« à neuf que ce qu'elles devaient se raconter à sept... ce n'est que le lendeniain matin qu'elles se rap]3ellent qu'elles oKt encore quelque chose à se dire. C'est trè: simple, comme vous voyez.
MAP.SEY. — Je vous avoue que je n'y Comprends plus rien.
NAUDET. — Maie elles non plu:^,
YvoxNiî. en entrant. — Bonjour, mon cher Marsey. Ça va?
MAHSEY. — Ça va, merci.
YVONNE, trèx dégagée. — Bonjour, mon bon vieux.
NAUDET. — Bonjour, chère amie.
YVON.VE. — On est triste?
NAVDET. — Vous savez bien que je ne suis jamais triste quand je suis auprès de vous.
YVONNE. — Alors, dites cela un peu plus gaiement, voyons. Tout est prêt. Et ce soir, vous allez tous tâcher d'être raisonnables! Une petite partie, une toute petite; pas comme la dernière, c'était honteux.
MARSEY. — Pas tociours.
THÉRÈSE. — Je crois bien, j'ai perdu trente louis.
MAi?SEY. — Pas précisément, puisque je vous les ai rendus! Alors?
THÉRÈSE. — Alors, quoi? Qu'est-oe
que cela prouve? Qu'est-ce que vous voulez démontrer ?
MARSEY. — Mais...
THÉRÈSE. — Mais quoi? J'aurais pu ne pas les perdre... et vous auriez pu me les donner tout de même.
YVONNE. — Il y a de Clennont qui m'a promis aussi de venir avec Agathe.
Je vous supplie de ne pas la taquiner. Elle est très gentille.
MARSEY. ^— Mais noi's ne la taquinons pas. De Clermont se charge de ce soin.
YVONNE. — Si c'était une femme un peu rosse, vous seriez tous à ses pieds...
MARSEY. — Oh! les ]3i6ds d'une rosse, vous savez.
NAUDET. — Moi, je ne lui ai jamais i-ien dit de désagréable.
YVONNE. — Mais non... aussi on ne vous accuse pas ! Il y aura aussi M. Paul Renaud... un peintre de beaucoup de talent... II a vendu dernièrement en Bretagne un tableau qui a fait sensation, paraît-il.
THÉRÈSE. — Vraiment?
YVONNE^ — Enfin, Henri Didier, un ami... ou plutôt un camarade à Naudet.
NACDET, stupéfait. — Un cama...
YVONNE, vivement, bas à Naudet. — Dites oui... je vous dirai pourquoi.
NAUDET. — Ah! oui... oui... Didier, un très gentil garçon.
MARSEY. — Qu'est-ce qu'il fait?
MAUDET, embarrassé. — Mon Dieu.
YVONNE, viveinent. — Il ne fait rien.
NAUDET. — Il ne fait rien.
YVONNE. — Et nous seroins au complet.
Tenez, mon' petit Naudet, préparez donc les jetons; vous serez bien gentil... Cinquante francs pour tout le monde.
MARSEY. — Voulez-vous que je l'aide?
Y'voNNE. — C'est cela, deux hommes valent mieux qu'un.
MARSEY, finement. — Pas toujours.
YVONNE. — Exquis!
THÉnÈ.«E. — Oui, il a beaucoup desprit ce soir.
MARSEY. — Enfin !
THÉRÈSE, à mi-voix, à Yronne. - — Qui est-ce, ce Didier?
YVONNE. — Un aimable homme 1
THÉRÈSE. — Il te fait la cour?
- YVONNE. — Oui.
THÉRÈSE. — Naudet le connaît?
YVONNE. Du tout.
THÉRÈSE. — Alors, à tout à l'heure...
YVONNE. ■ — Tais-toi donc ; je vais lui faire croire que c'est ton amant.
THÉRÈSE. — Tu as de bonnes idées! .
YVONNE. — C'est à caAistd de Paul... il aurait tant de cliaêrin !
THÉRÈSE. — Il te plaît, alors, ce Didier?
YVONNE. — Oui, lion, je ne «lis pas... enfin, quand je suis près de lui, ça nie fait!.'.. Na.udet;
NAUDET. — Chère amie.
YVON.VE. — Vous pouvez m'appeler Yvonne, je ne vous k défends pas.
N.\rDET. — Alore Yvonne, e«t-ce que, ce soir, je poun'ai vous demander...
YVONNE, virement et ù mi-voix. — Voilà d'abord ce que je voulais vous dire. Cet Henri Didier, n'est-oe pa^...
NAi'DET. — Oui.
YVONNE. — Pas de gaffes!... c'eet l'amant de Thérèse.
N.\UDET, en soupirant. — Ah! tant mieu.K ! .
YVONNE. — Pourquoi tant mieux?
NAUDET. — J'avais si peur!
Y'VONNE. — O'h! vous êtes ridicule, mon ami !
NAUDET. — Alors, ce soir, est-ce que je pourrai svous demander..
YVONNE, coup de timbre. — Pardon, mon bon Ma.udet.
NAUDET, à part. — Et voilà deux mois que c'est toujoure la même chose.