SUR BERANGER VII
Que leur importe, en effet, ce naufrage ? Sur le torrent leur berceau surnageait.
Qu'ils soient heureux ! Leur astre qui se lève Du jour funeste efface les revers ; Mais, dût ce jour n'être plus qu'un vain rêve... Son nom jamais n'attristera mes vers!
Quelle sombre et noble douleur dans ce refrain !
Après nos désastres, nos victoires.
On peut haïr Napoléon, on peut flétrir Napoléon, on peut maudire Napoléon, on peut même, comme les hommes de ma génération, le maudire après l'avoir admiré, mais on ne peut pas nier que ses victoires n'aient été les nôtres, qu'il n'ait accru notre patrimoine de gloire. De là vient sa place immense dans la poésie lyrique au xix^ siècle. Il est impossible de parler d'elle sans parler de lui. A ne considérer Napoléon que comme sujet de vers, il n'en a jamais existé de plus beau. Grâce à lui, l'histoire de France a ressemblé pendant quinze ans à un poème épique. Il a électrisé le génie de tous les poètes qui l'ont chanté, et ils l'ont tous chanté. Il a inspiré des chefs-d'œuvre, même à ceux qui lui ont jeté l'anathème. 1.' Idole d'Auguste Barbier vaut Y Ode à la Colonne de Victor Hugo. Déranger n'a donc fait que suivre l'exemple de tous et il suffit de rappeler le Vieux Drapeau, le Vieux Sergent, le Vieux Caporal, le Cinq Mai, et tant d'autres chansons appelées justement des odes,