‹ Le Béranger des écolesChapitre 68 sur 89 · CHATEAUBRIAND A BÉRANGER · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND A BÉRANGER

« J'avais, monsieur, lu comme vous les articles dns journaux ; loin de me trouver offensé que Ton croie que j'ai cherché le premier un homme de votre talent, je le tiens à grand honneur. Tout ce qui ajoute à la renommée de la France m'est cher, et vous avez élevé la chanson jusqu'à la gloire.

« Je suis bien fâché, monsieur, d'apprendre que vous êtes souffrant. J'irais moi-même vous demander de vos nouvelles, si je n'étais un véritable ma-

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nœuvre attaché à mon métier. Je suis aussi vieux que votre admirable Juif erraut ; malheureusement je ne puis plus courir comme lui, et je ne serai pas chanté par vous. Je mourrai assis et oublié, mais

La liberté' va rajeunir le monde;

Sur mon tombeau brilleront d'heureux jours.

Agréez, monsieur, je vous prie, l'assurance de ma vive admiration et de ma considération la plus distinguée.

GUATEALBRIAND.

4 octobre 1S31.

A MOxNSIEUR D£ CHATEAUBRIAND

« Monsieur,

(( Votre lettre m*a vivement touché, et j'en ai pesé chaque mot pour vous rendre grâces de tous ceux que votre bienveillance a dictés. Ahl monsieur, que ne suis-je de ces gens faciles aux illusions 1 Mais, de si haut que parte l'éloge, il n'a pas le pouvoir de rien changer à l'idée que je me suis faite de mon talent. Je suis un bon petit poète, habile ouvrier, travailleur consciencieux, à qui de vieux airs et le coin où je me suis confiné ont porté bonheur, et voilà tout ! D'après cela, vous devez juger, monsieur, combien je suis reconnaissant envers ceux qui veulent bien jeter d'en

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haut quelques fleurs sur ma pauvre vielle... Car ce n'est qu'en rougissant que je me suis servi parfois de mot de lyre. Non, ce n'est qu'une vielle que je fais résonner. Mais elle est restée indépendante et m'a servi à consoler ce peuple des rues que notre haute littérature a peut-être trop dédaigné. J'ai dit quelque part :

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

« C'est donc d'en bas que ma voix est arrivée jusqu'à vous. Je n'en suis que plus fier de voir quelques-uns des chants vous faire prendre la plume en faveur du chansonnier . J'aurai une ligne dans l'histoire. Que de grands hommes à qui cette ligne a manqué I »

Passy, 19 août 1832.

(dix mois jylus tard).

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