AU GÉNÉRAL LA FAYETTE
Président du Comité Polonais.^
« Mon cher président, peu de jours après la grande semaine, je m'avisai de dire qu'en détrônant Charles X, on avait détrôné la chanson. Quelques-uns s'empressèrent de me prendre au mot, et Ton fit même à cette phrase l'honneur de la répéter à la tribune. Bientôt, cependant, je me sentis le désir de protester contre cette déchéance (c'est celle de la chanson dont je veux parler). Vous dire ce qui m'en donna l'idée est inutile, vous le devinez. Je me mis à penser que nous autres, faiseurs de couplets satiriques et politiques, pouvions bien n'être pas encore au bout de notre règne. Je me fis sans doute illusion. C'est une habitude commune aux détrônés; j'allai jusqu'à m'écrier :
Oui, chanson, muse, ma fille,
J'ai déclaré net Qu'avec Charle et sa famille
On te détrônait.
Mais chaque parti, ma l.onne,
Te rappelle ici.
Chanson, reprends ta couronne.
— Messieurs, grand merci !
Je croyais qu'on allait faire] Du grand et du neuf,
DE DERANGER
Même étendre un peu la sphère
De quatre-vingt-neuf.
Mais, etc., etc., etc., etc., etc., etc.
« Il n'est point nécessaire de vous rapporter les huit ou neuf couplets de ce vaudeville^qui n"a pas vu le jour et qui se termine ainsi :
Te voilà donc restaurée.
Chanson, mes amours.
Tricolore et sans livrée,
Montre-toi toujours.
Xe crains plus qu'on t'emprisonne,
Du moins à Poissy.
Chanson, reprends ta couronne.
— Messieurs, grand merci !
« Or, jessayai de revenir à mes habitudes chantantes.
« Bonnes ou mauvaises, voilà deux chansons de genres différents que je vais publier et que je vous dédie.
« N'allez pas croire que je prétends faire de cette dédicace un hommage à vos longues années de gloire et de vertu, ou aux immuables principes de notre Révolution, dont vous avez toujours été, et dont vous resterez à jamais le plus illustre représentant; mes chansonnettes n'aspirent point à tant d'honneur. Elles ne vous sont point dédiées parce que vous avez commandé les gardes nationales de France, ni parce que vous ne les commandez plus ; ce n'est pas même
un témoignage de mon respectueux attachement, bien que souvent je me dise :
Sa vie entière est comme un docte ouvrage
Par la vertu transcrit, conçu, dicté.
La gloire y brille; à chaque jour sa page.
Point cVerrata : tout pour la Liberté.
De bien longtemps qu'à nos pleurs Dieu ne livre,
Si plein qu'il soit, le chapitre dernier,
Et qu'un seul mot constate en ce beau livre
Que le grand homme aima le chansonnier.
« Malgré ce dernier vœu, qui n'est pas très modeste, ma dédicace n"esl tout simplement qu'une spéculation. Oui, mon cher général, je mets votre grand nom en tête de mes petits vers pour en assurer le débit.