‹ Le Béranger des famillesChapitre 14 sur 127 · PEUT-ÊTRE · texte numérisé non relu

PEUT-ÊTRE

Fin de janvier 1814 '

Air : Eh quoi ! vous sommeillez encore ! (De Fanchon.)

Je n'eus jamais d'indifférence Pour la gloire du nom français.

L'étranger envahit la France, Et je maudis tous ses succès.

Mais , bien que la douleur honore, Que servira d'avoir gémi?

Puisqu'ici nous rions encore , Autant de pris sur l'ennemi!

Quand plus d'un brave aujourd'hui tremble, Moi, poltron, je ne tremble pas.

I L'ennemi s'avançait sur Paris, et l'auteur n'avait pas encore osé élever le ton de la chanson. Sans cela, c'eût été d'une voix plus grave qu'il eût exprimé les sentiments qui l'agitaient alors. Il est nécessaire d'ajouter que personne ne pouvait se persuader que Paris tomberait si facilement au pouvoir de l'étranger, et que rien jusque-là n'avait troublé les plaisirs de cette capitale.

Le jour de la première reddition de Paris, le matin * on afficha encore les spectacles. \Xote de Béranger.)

II y a dans le recueil d'Olivier Basselin, donné par Jean Le Houx une chanson qui ressemble fort à celle-ci. {Note de VÉditeur.)

• Voir Ma Biographie, édition ia-8», p. 117.

Heureux que Bacchus nous rassemble Pour trinquer à ce gai repas !

Amis, c'est le dieu que j'implore; Par lui mon cœur est affermi.

Buvons ûraiement, buvons encore :

Autant de pris sur l'ennemi !

Les créanciers sont des corsaires Contre moi toujours soulevés.

J'allais mettre ordre à mes affaires, Quand j'appris ce que vous savez.

Gens que l'avarice dévore, Pour votre or soudain j'ai frémi.

Prêtez-m'en donc, prêtez encore : Autant de pris sur l'ennemi !

Amis, s'il n'est plus d'espérance, Jurons, au risque du trépas, Que pour l'ennemi de la France Nos voix ne résonneront pas.

Mais il ne faut pas qu'on ignore Qu'en chantant le cygne a fini.

Toujours Français, chantons encore :

Autant de pris sur l'ennemi i

DES FAMILLES. Zl

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