LE BON FRANÇAIS
Mai 1414
CHANSON
CHANTÉE DEVANT LES AIDES DE CAMP DE i/EMPEREUR ALEXANDRE ',
Air : J*ons un curé patriote.
J'aime qu'un Russe soit Russe , Et qu'un Anglais soit Anglais , Si l'on est Prussien en Prusse , En France soyons Français.
Lorsqu'ici nos cœurs émus
I L'auteur voyait alors beaucoup de Français insulter àleurpropre gloire. Il n'y avait plus de boussole politique qui pût guider le patriotisme. L'habitude de penser s'était, pour ainsi dire, perdue sous l'Empire. Les plus sages avaient bien de la peine à opposer un frein à la démence des royalistes, qui étaient alors eu ass -z grand nombre dans les salons. Béranger ne pensa d'abor 1 qu'à réclamer au nom de la gloire nationale, indignement méconnue, et, quoiqu'il n'aimât point les Bourbons, il crut devoir se servir de leur nom pour célébrer, en présence des étrangers euxmêmes, et nos nombreux faits d'armes et la supériorité de nos arts.
II prouvait aussi par là que son patriotisme faisait abnégation des personnes, ce qui était vrai, sauf ensuite à s'en prendre aux Bourbons eux-mêmes si tant de promesses faites ne devaient aboutir qu'à nous rendre l'ancien régime et tous ses abus. Aussi, dans l'édition de 1821, mit-il plusieurs petites notes qui ne durent point laisser de doute à cet égard.
Beaucoup de chansons de commande furent faites alors en faveur des Bourbons et contre Napoléon par plusieurs membres du Caveau, qui avaient chanté l'Empereur dans toutes les occasions. Béranger avait aussi été sollicité ; mais il refusa, non pour s'en faire un mérite, mais parce qu'il pensa toujours qu'il faut de la conscience, même en chansons. (Note de B>.:ra>iqer.)
32 LE RÉRANGER
Comptent des Français de plus •, Mes amis, mes amis, Soyons de notre pays ; Oui , soyons de notre pays.
Charles-Quint portait envie A ce roi plein de valeur 2 Qui s'écriait à Pavie :
Tout est perdu, fors l'honneur!
Consolons par ce mot-là Ceux que le nombre accabla.
Mes amis, mes amis, Soyons de notre pays :
Oui , soyons de notre pays.
Louis, dit-on, fut sensible8 Aux malheurs de ces guerriers Dont l'hiver le plus terrible - A seul flétri les lauriers.
Près des lis qu'ils soutiendront, Ces lauriers reverdiront.
Mes amis , mes amis , Soyons de notre pay- :
Oui , soyons de notre pays.
4 II est nécessaire de rappeler que M. le comte d'Artois avait dit : « Il n"y a rien de changé en France ; il n'y a qu'un Français de plus. »
5 François Ier.
3 Les journaux du temps racontèrent que, sur une lettre du roi. l'empereur Alexandre avait promis de renvoyer en France tous ies prisonniers faits sur nous dans la malheureuse campagne de Russie.
Enchaîné par la souffrance, Un roi fatal aux Anglais ' A jadis sauvé la France Sans sortir de son palais.
On sait, quand il le faudra, Sur qui Louis s'appuiera *..
Mes amis , mes amis , Soyons de notre pays; Oui, soyons de notre pays.
Redoutons l'anglomanie; Elle a déjà gâté tout.
N'allons point en Germanie Chercher les règles du goût.
N'empruntons à nos voisins Que leurs femmes et leurs vins.
Mes amis, mes amis, Soyons de notre pays ; Oui, soyons de notre pays.
Notre gloire est sans seconde, Français , où sont nos rivaux?
Nos plaisirs charment le monde .
Éclairé par nos travaux.
Qu'il nous vienne un gai refrain, Et voilà le monde en train!
Mes amis, mes amis, Soyons de notre pays:
Oui , soyons de notre pays.
1 Charles V, dit le Sage.
* Le roi avait dit. à Saint-Ouen, aux maréchaux Masséna, Mcp tier, Lefèvre, Ney, quil s'appuierait sur eux.
En servant notre patrie, Où se fixent pour toujours Les plaisirs et l'industrie , Les beaux-arts et les amours, Aimons, Louis le permet, Tout ce qu'Henri Quatre aimait Mes amis, mes amis, Soyons de notre pays; Oui, soyons de notre pays.