LAURENCE, M. MARSANNE, MADAME MARSANNE
LAURENCE, S efforçant de sourire.
Il faut vous attendre, mes chers parents, à ce que, Julien et moi, nous restions chez vous plus longtemps que nous ne le pensions.
M. MARSANNE
Oui... [Sourire.)
MADAME MARSANNE
Gomment cela?
LAURENCE
M. de Girieu ne veut plus de mon fils chez lui, et moi je suis décidée à ne pas me séparer de mon fils.
M. MARSANNE
Alors ?
LAURENCE
Alors, si M. de Girieu ne cède pas, je ne le reverrai jamais.
M. MÀRSANNB, Souriant.
Diable !
MADAME MARSANNE, émue.
Qu'est-ce que tu dis là, ma chère enfant I... Ne parle pas comme cela. Tu ne penses pas ne plus jamais revoir ton mari, voyons... Tu es folle... îl doit y avoir un moyen de tout arranger. Nous raisonnerons M. de Girieu, il cédera.
Il ne cédera pas.
MADAME MÀRSANNH
Alors, c'est toi qui...
LAURENCE
Moi?... Jamais!.. Ah! mon Dieu 1 pourquoi me
l'avez-vous fait épouser ?...
MADAME MARSANNE
Ma chère Laurence ! Est-ce que tu n'es pas heureuse.
M. MARSANNE, à sa femme, souriant.
Allons, allons ! Tu ne vas pas prendre cela au sérieux, je pense ! Ah ! les femmes ! Laissez-en deux ensemble, vous êtes certain que l'une exaltant l'autre, lorsqu'il s'agit de sentiment, elles diront des bêtises, pleureront, et décidei'ont des folies. Il y a là tout simplement une querelle d'amoureux. Le mieux, pour qu'elle s'apaise vite, c'est de ne pas s'en mêler crois-moi. Veux-tu que je te prédise ce qui va se
passer ? Dans une dizaine de jours, lorsque le bébé sera sur pied, ils ne penseront plus ni l'un ni l'autre à ce qu'ils se sont dit aujourd'hui et s'en iront chez eux bras dessus, bras dessous, en tenant le petit Julien par la main... [Geste de madame Marsanne .) Allons... je connais le cœur humain, n'est-ce pas? J'en ai vu bien d'autres dans ma carrière, peut-être
MADAME MARSANNE
Certainement, mais...
M. MARSANNE
Je réponds du bonheur de Laurence et de son mari. J'en réponds, tu entends... Ce mariage-là, c'est moi qui l'ai fait, tu peux donc être tranquille...^ Lorsque, malgré moi, elle a épousé M. Chantrel, est-ce que je ne t'ai pas prédit ce qui arriverait... Est-ce que je ne t'ai pas dit : « Ça ne durei^a pas ? »
MADAME MARSANNE
C'est vrai.
M. MARSANNE
Tu vois bien. Cette fois, avec la même certitude, je te déclare que je réponds de cette union, parce qu'elle repose non point sur l'amour fragile et éphémère, mais sur des garanties sérieuses basées sur la sympathie des caractères, sur une réelle communauté de sentiments et d'intérêts. M. de Girieu, je le connais. C'est un homme sérieux et de jugement sain. II faudrait que Laurence fût folle pour ne pas lui reconnaître les plus rares qualités... Allons, j'en ai assez dit. [Sourire.) Je retourne à mes travaux...
[Baiser à Laurence.) Et ne faisons plus la mauvaise tête. (// sort.)
LAURENCE
Mère, il se trompe, et c'est plus grave qu'il ne croit.
MADAME MARSANNE
Ton père a toujours raison, tu ne l'ignores pas,.. Maintenant.... tu sais... si tu reste ici longtemps, toi et ton petit... je ne m'en plaindrai pas, moi...
Toi, tu es une mère. [Elle l'embrasse. Entre M. Chantrel.)
LAURENCE
II- faut que je lui dise de ne plus revenir. Laisse» nous, mère. [Madame Marsanne sort.)