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annulerait les menaces ottomanes de Palestine aussi certainement que la marche par les détroits aurait dû le faire.
Mais c'était une voie indirecte, et quoique la plus fructueuse en bons résultats si la réussite couronnait l'effort, elle présentait l'inconvénient, aux yeux du Gouvernement de Londres, de paraître éloigner ou ajourner la défense de l'Egypte et l'opération qu'il méditait en Mésopotamie. Il jugea préférable d'appliquer ses disponibilités à la protection immédiate de ces régions, c'est-à-dire, en fait, à l'attaque de front des armées turques, plutôt que de les consacrer à une offensive indirecte contre les Allemands, quelque ennemi principal qu'ils fussent.
Au fond, l'erreur avait été commise en 1 9 1 5 déjà 1 . C'est à ce moment qu'il eût été opportun de décider s'il n'y avait pas avantage à se joindre aux Serbes victorieux de 19 14 et reposés de leurs fatigues, pour foncer résolument, toutes forces réunies, sur les Austro-Hongrois. L'Allemagne avait dirigé du côté russe un tiers de ses armées ; l'Italie, entrée en guerre depuis peu, retenait devant elle une partie de celles de l'Autriche-Hongrie. Ajouter aux 25o.ooo combattants serbes i5o.ooo à 200.000 combattants alliés réalisait une concentration dont le moindre avantage eût été de tenir la Bulgarie en respect, et dont on pouvait attendre, en outre, un dégagement du front d'Orient et une sérieuse anxiété répandue dans l'opinion publique autrichienne.
Au lieu de cela, on vit à l'œuvre la stratégie des petits paquets : le paquet italien dans le Frioul, le paquet serbe sur la Save et le Danube, le paquet allié dans la presqu'île de Gallipoli, le paquet anglais en Mésopotamie. Et ce fut encore sous la forme d'un échelonnement de petits paquets que débuta la campagne des Balkans. Après l'armée serbe obligée de se soumettre à la supériorité numérique de son adversaire, le corps Sarrail, trop faible et trop tard venu, fut contraint d'en faire autant.
Mais convenait-il de consommer cette situation malencontreuse en évacuant définitivement la Macédoine comme le suggérait l'opinion britannique ?
C'eût été une grande imprudence politiquement et militairement. Il se
1 Dans un discours prononcé à Paris, le 12 novembre 1917, M. Lloyd George a déclaré qu'il avait été d'avis d'engager l'expédition macédonienne dès le mois d'avril 191 5. Sir Edward Grey, — et, en France, M. Delcassé, — ne partagèrent pas cette opinion. (Voir Revue générale internationale, juillet 19 18, p. 44, article de M. Maccas : La Grèce et V Entente,)
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peut qu'à l'époque où, pour la première fois, le Gouvernement français envisagea l'idée, en principe parfaite, du débarquement à Salonique, l'exacte signification de la manoeuvre n'ait pas été concrétisée. A un interlocuteur qui lui demandait quel avait été le but initial de l'expédition, le général Sarrail répondit: «Je l'ignore». Il est certain que jusqu'ici aucun document sûr n'a jeté la lumière sur les prodromes de l'expédition.
Mais la retraite du corps expéditionnaire devant les Bulgares modifiait les éléments du débat. La question n'était plus vierge. Pour la deuxième fois dans cet Orient où le prestige joue un si grand rôle, les Alliés avaient compromis le leur. Battus aux Dardanelles par les Turcs, le réembarquement à Salonique les montrerait battus une seconde fois par les Bulgares. L'Orient aurait paru, aux yeux des siens, acculer les puissances d'Occident à la fuite. Du coup, la Roumanie indécise se garderait de céder à d'imprudentes sympathies et les Alliés qui ne soutenaient guère M. Vénisélos, leur ami, consolideraient la politique du roi Constantin, leur ennemi.
Serait-ce au moins pour regagner par ailleurs une meilleure situation militaire ? Celle-ci devrait dans tous les cas compenser le risque résultant pour les armées de l'Entente de la libération des forces bulgares et de l'usage de la rade de Salonique cédé à l'adversaire. Cette compensation ne serait point procurée par l'utilisation en Occident des divisions économisées sur la Macédoine, même en y comprenant l'armée serbe. Sans doute, on est en droit de douter que les Allemands eussent pu tirer parti des soldats bulgares hors des Balkans. Selon toute apparence, le peuple bulgare se serait montré réfractaire à un déplacement de son armée, dont il n'aurait pas saisi la portée stratégique. Elle pourrait encore servir à envahir la Macédoine grecque, ce qui serait de bonne réalisation bulgare, mais non aux batailles d'Occident. Il est des plus probable que même après un réembarquement des Alliés à Salonique, l'Allemagne n'aurait rien obtenu de plus des Bulgares. En revanche, elle aurait été affranchie de l'aide matérielle et technique qu'elle devait leur fournir. C'était un front de moins à alimenter.
D'autre part, les Serbes, eux non plus, quoique mieux à même de comprendre le bénéfice qu'ils retireraient d'une victoire alliée en Occident, n'apporteraient pas à se battre contre les Allemands en France l'ardeur qu'ils mettraient à chasser les Bulgares de leur sol.
Ainsi, la balance des arguments opposés penchait en faveur du main-
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tien du front macédonien. Les Alliés s'y résolurent sous l'impulsion du Gouvernement français. Le corps expéditionnaire reçut Tordre de rester à Salonique.
Cette première résolution en entraîna une seconde. On comprit la nécessité d'un commandement unique. Il fut conféré au général Sarrail, le 16 janvier 191 6. Restait à mettre ce chef en mesure d'agir en conformité du but qu'il recevrait l'ordre d'atteindre.
3. LE LAC LANGAZA. — Cette photographie, face au nordest, montre l'extrémité occidentale du lac Langaza. La route est celle de Salonique à Langaza. De l'autre côté du lac s'élèvent les hauteurs du plateau de Lahana. La montagne pointue qui se dresse à gauche, dans la direction de l'ouest, est située en face de la colline que les soldats anglais appelèrent le Cervin, soit devant le saillant où se joignaient les secteurs britannique et français. La ligne anglaise de défense avancée s'appuyait au lac et, de droite à gauche, suivait le bas des pentes. *