CHAPITRE II
Le camp retranché de Salonique.
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e port de Salonique devant servir de base au corps expéditionnaire, il importait de le mettre de la façon la plus absolue à l'abri d'une entreprise ennemie et d'un bombardement éventuel. Les limites du camp retranché devaient, en conséquence, être assez distantes de la ville pour assurer une défense efficace, même dans l'hypothèse de reculs. Il fallait tenir compte aussi du rôle offensif des défenseurs du camp, au cas où la future armée alliée aurait mission d'attaquer, et ménager à cet effet l'espace et les fronts nécessaires. D'autre part, en l'absence de cette armée, il convenait de ne pas tracer un périmètre disproportionné aux effectifs existants.
Il n'est pas certain qu'au début cette dernière condition ait été absolument remplie. Malgré les difficultés du terrain et la rareté des bonnes pistes — à peine, à ce moment-là, pouvait-on parler de routes — une attaque en force des troupes germano-bulgares aurait eu de sérieuses chances de succès.
Les limites projetées ne laissaient pas que d'être étendues. Leur développement mesurait 1 15 km. environ, du golfe d'Orfano, vers Stavros à Test de la Chalcidique, aux marais du Kara-Asmak, affluent de droite du Bas- Vardar. Développement théorique, car les lacs allongés de Bechi et de Langaza, bornant au nord la presqu'île de la Chalcidique, constituaient un fossé de 5o km. de long, franchissable seulement par le défilé de 2 à 3 km. de largeur qui les sépare. Restaient soixante et quelques kilomètres comptés du lac Langaza au Kara-Asmak. Ils furent partagés en deux secteurs : à droite, 20 à 25 km. aux Anglais ; à gauche, une quarantaine de kilomètres aux Français.
Face au nord-est, avec groupes d'aile droite à la mer Egée et dans le défilé des lacs, la ligne britannique suivit les crêtes qui du lac Langaza se prolongent jusqu'au confluent du Galiko et du Kuru-Dere. Vers ce confluent se dresse une colline au profil escarpé qui reçut des Anglais, toujours sportifs, le nom de Matterhorn, le Cervin. Elle devint le point d'appui de leur aile gauche.
Pendant l'offensive et la retraite du Vardar, l'armée anglaise que commandait le lieutenant-général Mahon, avec le major-général Howell comme chef d'état-major, avait vu grossir son effectif. A la 10 e division, en ligne depuis le début de l'expédition, s'en étaient ajoutées quatre au cours des mois de novembre et de décembre, les 22 e , 26 e , 27 e et 25 e formant les 16 e et 12 e corps d'armée, celui-là aux ordres du lieutenant-général Wilson, celui-ci aux ordres du lieutenant-général Milne. Les cinq divisions étaient à trois brigades ; les brigades comptaient quatre bataillons ; chaque division représentait ainsi une force de douze bataillons. Le 19 décembre, toute cette infanterie était au complet.
Il n'en était pas de même de l'artillerie dont les batteries ne débarquèrent que peu à peu, jusqu'au printemps 1916. Au mois de mai seulement, les divisions posséderont chacune une artillerie de campagne composée de trois groupes de quatre batteries à quatre pièces et un groupe de quatre batteries de quatre obusiers. L'artillerie de montagne sera représentée, pour l'ensemble de l'armée, par trois batteries de six pièces ; l'artillerie lourde par trois batteries de quatre pièces, plus onze canons de marine. D'une façon générale, les divisions anglaises, sauf la 10 e , ne sont pas mobiles, les trains n'ayant pas été constitués à cet effet. L'une d'elles, la 27 e , tiendra la droite du secteur, avec une brigade vers la mer, au nord de Stavros, et
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deux brigades dans le défilé des deux lacs. Les quatre autres divisions occuperont, en première ligne ou en réserve, les positions du lac Langaza au Cervin.
La droite du secteur français est sur le Galiko. Il commence à l'ouest du village de Daoudli qui est encore aux Anglais, et regarde au nord, formant à peu près Téquerre avec la ligne britannique. Il suivait, entre le Galiko et le Vardar, une surélévation allongée et assez prononcée du sol, sorte de barrière qui coupe en deux zones, nord et sud, l'immense bas-fond de la plaine du Vardar. Dominant la rive gauche du Galiko, le Signal de Kior Boular, et plus au sud la Table de Narech, — sorte de tumulus sur l'origine duquel les géologues ne s'accordent pas, — servirent de point d'appui à l'aile droite. Devant cette aile, obstacle infranchissable, le lac d'Adji.
L'aile gauche, vers la localité de Dogandji, s'appuya au Vardar, sur des collines que la fantaisie des poilus dénomma le Pouce et le Téton de Dogandji. En avant de cette aile, à quelque distance, longeant le bord oriental de la rivière, s'étale un second lac, celui d'Ormatovo. Devant l'espace volontiers marécageux, sauf en été, qui règne entre les lacs, le centre de la ligne fortifiée était marqué par la colline cote 25g, altitude exceptionnelle, les sommets à droite et àgauche demeurant généralement au-dessous de 200 m. Au nord, la plaine est à une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette colline, le Signal de Bounardja, dirige vers le nord, fer de lance ou éperon, un contrefort d'une trentaine de mètres moins élevé, la Table de Gieurdina, bastion aux rampes relativement escarpées dont les faces latérales devaient, dans le plan des fortifications, flanquer au centre les deux ailes du secteur.
A partir de Dogandji, le Vardar au large lit et aux rives inondées couvrira du côté ouest, en crochet défensif, les arrières du secteur. La rive droite n'est cependant pas de tout repos ; à quatre ou cinq kilomètres du fleuve, les hauteurs dangereuses de Kouchbali dominent la plaine d'une soixantaine de mètres. Une tête de pont parera le danger. Se détachant de la rivière, vers la ligne du chemin de fer de Salonique à Monastir, elle appuiera sa gauche, par le sud de Kayali, aux vastes marais du Kara- Asmak et du golfe de Salonique. Cette tête de pont permettra de prendre les hauteurs en enfilade et, le cas échéant, de monter la manœuvre sur la rive occidentale du Vardar.
A Tépoque où la petite armée du général Sarrail — colonel Jaquemot, chef d'état-major — va commencer les travaux de retranchements dans son secteur, elle est encore d'un effectif bien réduit. Elle ne compte toujours que les trois divisions débarquées en octobre 1 9 1 5 : la 1 56 e , général Bailloud, venue des Dardanelles, et les 57 e , général Leblois, et 1 22 e , général Regnault, venues de France. Ces divisions, à deux brigades de deux régiments, plus un régiment de zouaves, donnent un total de trente-neuf bataillons. La cavalerie du général Frotié compte dix-huit escadrons. Les divisions disposent, en outre, d'un escadron de cavalerie chacune. En artillerie, chacune aussi dispose de ses trois groupes de 75 et d'un groupe de 65 (groupe de trois batteries de quatre pièces). Trois batteries à cheval relèvent de l'armée directement, et comme artillerie lourde, quinze batteries (120 long, 1 55 court et io5), faible dotation pour de si vastes espaces.
La 57 e division est à cheval sur le Galiko, sa gauche près de Gieurdina ; le centre — région de la cote 25g et éperon de Gieurdina — est à la 1 56 e ; la 122 e forme l'aile gauche, avec une de ses brigades face au nord appuyée au Vardar, l'autre le long de la rivière face à l'ouest. La tête de pont est occupée par le 2 e bis de zouaves, trois batteries et des éléments serbes qui, à l'époque de la retraite de leur armée en Albanie, se sont trouvés séparés d'elle et ont accompagné les divisions françaises.
Sur tout le périmètre du camp, même dans les zones des collines les plus mouvementées, le terrain était aisément praticable. En avant des positions, les marécages étendus constituaient le principal obstacle au mouvement des troupes. Cependant, pendant la période des grosses chaleurs et sauf les lendemains d'orage, le soleil assainissait le sol partiellement. Dans les positions on circulait partout sans difficultés. Le secteur français présentait toutefois une particularité ; des ravins de trente et quarante mètres de profondeur, le plus souvent perpendiculaires aux lignes de défense, coupaient tout à coup la plaine de leurs parois verticales, sans que rien, à distance, décelât leur voisinage. Derrière les positions, les deux secteurs marquaient une différence. Dans celui des Anglais, le sol s'abaissait en pentes relativement rapides jusque près de la mer ; chez les Français, il s'inclinait doucement jusqu'à la plaine du Vardar.
Les divers points de la ligne de défense avancée tracée par cette configuration générale du sol étaient situés à des distances fort inégales du noyau central de Salonique. La région la moins distante était celle
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4. LE LAC ADJI (Adji Gheul). — La vue regarde le nordouest. C'est ici la droite du secteur français de la défense du Camp retranché, droite couverte par le lac Adji. Le terrain légèrement surélevé qui s'étale à droite du lac, soit à l'est, sous le dos-d'âne du Kior Bounar (au premier plan), sépare le lac du cours du Galiko.
5 LE GALIKO ET LE KARA DJARDJILAR. — Au
delà du cours d'eau, à droite, le contrefort du Cervin, et au fond, la montagne pointue située devant le saillant où se joignaient les secteurs britannique et français.
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du lac Langaza à 1 1 ou 12 km. du port. A la jonction des deux secteurs, sur le Galiko, la distance dépassait 20 km. ; elle en atteignait 3o à la gauche du secteur nord français, vers Dogandji sur le Vardar.
D'autre part, les routes de marche à disposition de l'ennemi pour atteindre, de la frontière hellénique, l'enceinte du camp, accusaient elles aussi des distances fort inégales. De la Macédoine orientale aux confins albanais, région des lacs Presba et Ochrida, la ligne frontière suit constamment et à une seule exception près, — cette exception est la plaine de Monastir, — des lignes de faîte élevées. C'est d'abord, à l'est de la Strouma, en limite septentrionale de la Macédoine orientale, les contreforts sud du Perim Dagh d'où descendent tous les affluents de gauche de la Strouma; puis, entre celle-ci et le Vardar, la muraille escarpée des Monts Belès, cloison presque étanche qui sépare la vallée bulgare de la Stroumitsa, au nord, des bas-fonds de Butkova et de Doiran, au sud. A l'ouest du Vardar, entre cette rivière et la boucle de la Tcherna, la frontière suit les ramifications orientales et occidentales des massifs de la Dzena et du Kaïmakchalan. Alors seulement, au sud de la boucle et au nord-ouest du lac d'Ostrovo, elle descend dans la plaine, laissant au nord Monastir aux Serbes et au sud Florina aux Grecs. La plaine traversée, elle escalade les rampes méridionales du massif du Péristéri, au pied occidental duquel elle trouve le lac Presba.
Dans cette contrée de Monastir- Florina, la protection géologique de la plaine du Bas -Vardar est représentée par les chaînons qui se détachent du Kaïmakchalan et se dirigent vers le sud, à l'ouest du lac d'Ostrovo. Le passage à travers cette protection géologique est au col de Gornicevo, au nord-ouest du lac d'Ostrovo.
Ainsi, de la frontière hellénique sur laquelle elles ont fait halte, les troupes germano-bulgares disposent, pour atteindre le camp retranché, de trois zones de marche: à l'est, la coupure de la Strouma; au centre, celle du Vardar ; à l'ouest, la plaine de Florina d'où Ton accède à la dépression montagneuse de Gornicevo.
La route la plus courte et de beaucoup était celle du centre, le long du Vardar par Bohemitsa et Karasouli, et du Galiko par Kukus, 35 à 40 km. de marche seulement, conduisant au front nord français et au saillant des deux secteurs où se dressait le Gervin. A vrai dire, le parcours était en partie accidenté, collines irrégulières plantées de chênes
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nains et aux plateaux embroussaillés, séparés par de profonds vallons et escaladés par de fort mauvais chemins. Mais les Français y avaient passé pour exécuter leur offensive, ravitailler leurs combats sur la Basse- Tcherna, et replier leurs convois au moment de la retraite, cela dans la plus mauvaise saison. Allemands et Bulgares, dont les conditions de ravitaillement n'étaient pas plus compliquées, y passeraient bien aussi. Pour couvrir les approches de son secteur, postes de surveillance avancés, le général Sarrail laissa à Karasouli, sur le Vardar, deux escadrons du 8 e chasseurs d'Afrique soutenus par un bataillon et deux batteries de montagne, et à Kukus, près du Galiko, sous les ordres du général Frotié, six escadrons et les trois batteries à cheval du corps expéditionnaire.
La route de la Strouma, par laquelle l'ennemi pouvait atteindre le secteur britannique, était sensiblement plus longue. Elle mesurait environ 90 kilomètres.
Au passage de la frontière, elle suit la rive orientale du fleuve, dans le défilé de Rupel, dont l'issue nord est défendue par un fort. A la sortie sud est sise la petite ville de Demir-Hissar. Continuant vers le sud, la route se maintient à Test de la Strouma, jusqu'à Sérès, où elle tourne brusquement à l'ouest. Elle franchit alors la rivière sur le pont d'Orljak, à quelques kilomètres en amont du lac Tahinos, et aborde le large plateau de Lahana d'où elle redescend dans le bassin du lac Langaza.
Un autre pont permet de passer sur la rive droite de la Strouma non loin de Demir-Hissar. C'est celui de la voie ferrée Constantinople-Demir- Hissar-Doiran- vallées du Galiko et du Vardar- Salonique. Entre Demir- Hissar et Doiran, le chemin de fer suit la dépression de Butkova ou de Poroj, resserrée entre le pied sud des Monts Belès et le pied nord du Krusa Balkan, faîte nord du plateau de Lahana. Cette dépression relie les deux couloirs d'accès macédoniens de la Strouma et du Vardar.
A l'ouest du camp, la route de la plaine de Monastir-Florina est d'un plus long développement encore que celle de la Strouma. De Kenali, où elle franchit la frontière, à Salonique, la distance est à vol d'oiseau de 125 kilomètres. A la sortie sud-est de la plaine, la route s'élève par le col de Gornicevo sur les collines d'où l'on descend vers le lac d'Ostrovo ; à l'est de celui-ci, elle traverse une nouvelle zone de collines moins élevées, puis, par Vodena ou Edessa et Vertekop, seconde descente vers la Moglenitsa dont les marais constituent, aux approches de la mer, la
région occidentale de la plaine du Vardar. De la Moglenitsa à Salonique, la distance est encore de 70 kilomètres environ.
Coupant ces trois voies d'approche et aussitôt arrivées dans le périmètre du camp retranché, les troupes du corps expéditionnaire se mirent en devoir d'élever les ouvrages fortifiés.
Le plan complet, que les circonstances amenèrent à n'exécuter que partiellement, comportait trois lignes de défense, au moins sur les fronts essentiels du nord-est et du nord, du lac Langaza à Dogandji. La première ligne, au pied des rampes ou à mi-côte et qui fut partout établie, commandait surtout son développement, à peu d'exceptions près, les vastes bas-fonds par lesquels l'ennemi était contraint d'avancer. A droite, cette première ligne s'appuyait immédiatement au lac Langaza chez les Anglais, et à gauche, chez les Français, au cours même du Vardar. La deuxième ligne, qui ne fut pas complétée, suivit généralement la ligne de faîte dans le secteur anglais, et les versants sud de cette ligne dans le secteur français. De l'une à l'autre position, la distance variait de i5oo à 3ooo mètres. Prévoyant le cas où le saillant du Cervin succomberait à une attaque convergente, on établit, sur les deux flancs, des positions en bretelle chargées de limiter à la région même du saillant le repli éventuel des défenseurs dans la deuxième ligne.
La troisième ligne, aune distance de 3 à 5 kilomètres de la deuxième, fut projetée sur les dernières hauteurs est et nord de Salonique, ultime position de résistance d'où pourrait être encore momentanément protégé le réembarquement des troupes refoulées vers la mer.
A la droite anglaise, entre les lacs Bechik et Langaza, la première ligne tenait le défilé même, face au nord. Les positions de seconde ligne, face à l'est, appuyaient leur gauche à la rive sud du lac Langaza, et leur droite à la nervure septentrionale des montagnes de la Chalcidique. La retraite s'effectuerait ainsi par une conversion à droite en arrière, en direction du port.
Les travaux de mise en état de défense des positions différèrent de l'un à l'autre secteur. Chez les Anglais, il semble que la simplicité des tracés frisa parfois l'état rudimentaire. Ce fut le système linéaire, fortifications d'une troupe qui compte sur sa ténacité, sur son adhérence'au sol plus que sur le mouvement et la manœuvre. Chez les Français, le procédé tactique s'inspira de plus de variété. On n'y pratiqua pas les lignes de tranchées, mais les
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groupements de tranchées, en épousant les formes et les accidents du terrain auquel on demande des flanquements réciproques. Les secteurs des bataillons furent organisés en profondeur. Les compagnies du premier échelon occupèrent des ouvrages en général fermés, construits en avant des ramifications que forment entre eux les ravins et les dépressions du sol, avec derrière elles les compagnies du second échelon tenues prêtes à contre-attaquer et à les dégager. Tactique active au service de la manœuvre. Nous ne sommes pas en Occident, sur un théâtre d'opérations étroit saturé d'effectifs ; vaste est l'espace où peuvent se mouvoir avec aisance de moins nombreux régiments.
Loin en avant du camp, des destructions ont été effectuées sur les lignes de chemin de fer; sur celles des vallées du Vardar et du Galiko, la station de Stroumitsa et la gare de Kilindir ont été mises hors d'usage ; en Macédoine orientale, on a fait sauter le pont de Demir-Hissar.
Il n'importait pas moins d'assurer la sécurité du camp sur ses derrières. L'adversaire était dans la place, en la personne des représentants officiels des Etats ennemis accrédités auprès du gouvernement hellénique, et dont les résidences étaient des centres actifs d'espionnage.
Le 3o décembre, des avions allemands étant venus bombarder les installations militaires franco-britanniques de Salonique, les commandants en chef alliés saisirent la balle au bond. Ils firent arrêter les consuls d'Allemagne, d' Autriche-Hongrie, de Bulgarie et de Turquie, les embarquèrent à bord d'un bâtiment français et les expédièrent en Occident.
D'autres mesures de précaution furent prises contre les troupes du roi Constantin, qui, inspirées parleur chef, risquaient de pratiquer une neutralité d'une bienveillance douteuse 4 . Déjà au moment où les premiers mouvements de retraite avaient été esquissés, le Gouvernement d'Athènes avait fait savoir qu'il envisageait l'éventualité de désarmer et interner les troupes serbes et alliées qui seraient refoulées par les Austro-Germano-Bulgares sur le territoire grec. Le ministre de France, M. Guillemin, dut rappeler que pour le passage et le séjour des troupes alliées sur ce territoire, le gouvernement hellénique avait donné des garanties et pris des engagements sur lesquels on ne pouvait plus revenir. Le gouvernement britannique
1 Pour le détail des faits de cette époque, cf. Maccas, La Grèce et V Entente, Revue générale de droit international public, année 1918.
fit davantage : il annonça des mesures qui interrompraient les facilités d'ordre économique accordées à la Grèce. M. Skouloudis changea d'attitude : « jamais il ne sera levé un doigt contre les troupes alliées ».
Néanmoins, lorsque l'Entente demanda expressément le non désarmement de ses troupes et des dispositions assurant leur sécurité, le Gouvernement du roi recommença à tergiverser. Finalement, le i3 décembre, il fut convenu entre les Etats-Majors que les Alliés étaient autorisés à rester à Salonique et à s'y retrancher, et que la garnison grecque de la ville serait réduite à une division. Le 3 e corps d'armée fut transféré dans la Macédoine du sud et le 5 e dans la Macédoine orientale.
Depuis ce jour, le roi et son entourage marquèrent, en paroles, plus de bienveillance et parfois une grande cordialité envers les représentants de l'Entente. Mais en même temps, ils engageaient à Berlin des pourparlers au sujet d'une alliance et d'une attaque des Anglo-Français de Salonique 4 . Les bases de la collaboration furent proposées par Berlin : les troupes grecques se retireraient de la frontière ; la Grèce s'opposerait par la force à tout nouveau débarquement de l'Entente; elle consentirait à l'usage du chemin de fer Drama-Doiran par les Allemands et leurs alliés, c'est-à-dire les Turcs et les Bulgares, bien placés pour en tirer parti.
En présence de ces intentions aujourd'hui dévoilées, la destruction du pont de Demir-Hissar et l'expulsion des consuls impériaux étaient des précautions modestes. Une autre mesure les compléta. Le 20 janvier, un détachement français s'empara, d'ailleurs sans effusion de sang, du fort de Karaburnu, à l'entrée de golfe de Salonique. Les transports chargés d'amener des renforts à l'armée d'Orient étaient attendus; les mettre à l'abri de surprises était d'une prudence élémentaire.
1 Livre blanc grec, II, n°s 40 et suiv.
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