‹ Le berceau des Serbes;Chapitre 23 sur 39 · La souveraineté grecque sera respectée · texte numérisé non relu

La souveraineté grecque sera respectée

4. La liberté individuelle, la propriété et les conditions religieuses établies seront respectées.

5. Tout dommage occasionné par les troupes bulgares pendant leur séjour sur le territoire grec sera indemnisé.

6. Les Alliés se comporteront d'une manière absolument amicale vis-à-vis de la population du pays.

Veuillez agréer, Monsieur le Président du Conseil, les assurances de ma plus haute considération. G p ASSAR0FF<

Le comte deMirbach-Haff, ministre d'Allemagne, avait écrit une lettre semblable.

M. Skouloudis avait répondu le lendemain, 24 mai :

Monsieur le Ministre,

En accusant réception de votre communication à la date d'hier, j'ai l'honneur de

porter à votre connaissance que je prends acte de toutes les déclarations y contenues.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de ma haute considération.

E. Skouloudis. 1

L'invasion par les Bulgares n'était donc pas une surprise pour le gouvernement du roi. En avait-elle été une pour les chefs militaires au 4 e corps d'armée, et les coups de canon du colonel Mavroudis avaient-ils été feints comme l'indignation du Ministère ?Non. La garnison avait été de bonne foi et de bonne foi pareillement le général Baïras. Sans Tordre du Ministre de la Guerre, le fort aurait certainement continué sa résistance dans toute la mesure où l'état de ses défenses le lui aurait permis.

Cet ordre expédié sous n° 1484 disait notamment : « Mon ordre n° 1228 est annulé ; mon ordre n° 633 est remis en vigueur. Rupel doit être livré aux Bulgares. »

Qu'avaient donc voulu les ordres 1228 et 633 auxquels se référait le 1484? Leur histoire est intéressante. Le journal véniséliste Patris publia les textes avec commentaires les 29, 3o et 3i octobre 19 16, lorsque fut démasquée par le Gouvernement révolutionnaire la politique du roi Constantin.

L'ordre n° 633 était du 22 mars ; il complétait un ordre n° 1 94 du 8 février, qui avait prescrit aux troupes de couverture « de ne pas opposer de résistance en cas d'invasion par des troupes allemandes, ou bulgaro-allemandes, ou bulgares commandées par des officiers allemands». Les dates de ces deux ordres coïncidaient avec celle des premières sorties de troupes alliées hors du camp retranché.

1 Livre blanc grec, I, n°s 48 et suiv.

LES BULGARES AU FORT RUPEL 3j

L'ordre n° 1228 était du 22 maî. Il annulait les ordres n os 633 et 194 et prescrivait la résistance « contre quiconque essaierait de prendre le fort ». Pourquoi ce changement? Aujourd'hui encore, on ne le sait pas d'une façon positive. Mais on a des raisons de croire que le roi Constantin prêtait au général Sarrail l'intention d'utiliser le fort comme il avait fait de celui de Deva Tépé que la 57 e division venait d'occuper sans opposition. Au cas où le général entendrait mettre aussi de ses troupes à Rupel, la résistance de la garnison créerait le conflit entre les troupes françaises et grecques, et entraînerait la Grèce dans la guerre aux côtés de l'Allemagne. Cependant, le lendemain 23 mai, au moment où les ministres Passaroff et deMirbach faisaient savoir que les troupes bulgaro-allemandes franchiraient les gorges de Rupel, et trois jours plus tard, le 26, lorsqu'elles commencèrent leur marche et se présentèrent devant le fort, le général Sarrail n'avait pas fait mine d'y mettre personne. C'est donc contre les Bulgares que le colonel Mavroudis tira ses vingt-quatre coups de canon en exécution de l'ordre qui lui prescrivait la résistance contre «quiconque» se présenterait. Tardivement, le ministre, qui aurait dû sans doute le prévenir dès le 24, lui fit savoir qu'il y avait maldonne. Ses coups de canon se trompaient d'adresse. Rupel devait être livré aux Bulgares 1 .

Ceux-ci ne s'en tinrent naturellement pas à la prise du fort. Comme l'avait expliqué le 3o mai le communiqué de Berlin, il y avait lieu de s'emparer du « complexe des gorges de Rupel ». La tête de colonne bulgare traversa donc le défilé et se présenta devant la station de Demir-Hissar. C'était un début d'invasion de la Macédoine orientale grecque. Le général Baïras en avisa le ministre de la guerre par dépêche du 8 juin ; il signala en même temps l'indignation de la population. Le ministre répondit qu'en effet les Germano-Bulgares n'avaient aucun droit à occuper la station de Demir-Hissar; c'était de leur part une «exigence nouvelle» qui devait attendre la conclusion « d'un nouvel accord ». Il donna l'ordre toutefois de ne laisser à la station qu'un petit détachement, et même de le retenir en cas d'engagement. « Pour sauver le moral de l'armée, ajoutat-il, expliquez la nécessité de ces mesures. » Evidemment le moral des troupes grecques était mis à une rude épreuve; elles n'y durent rien

1 Ces renseignements m'ont été confirmés, quant aux faits, par M. Protonotarios, directeur du Bureau de la presse, à Salonique, qui publia le texte des ordres dans la Patris.

comprendre ; et la tâche du général de division chargé de trouver des explications qui les rassureraient dut être pour lui une épreuve non moins rude.

Rivalité des deux politiques royale et constitutionnelle grecques mise de côté, et dès l'instant que les Germano-Bulgares ne craignaient pas, secondés qu'ils étaient par le gouvernement hellénique lui-même, de provoquer contre eux une réaction dangereuse de l'opinion publique, l'occupation du défilé de Rupel et des hauteurs de Demir-Hissar était une résolution militaire heureuse. Elle ripostait à la menace de la concentration française sur le Vardar par une contre-menace vers un point faible. Dans la dépression de Butkova, le flanc droit de cette concentration ne bénéficiait plus, pour le protéger, de la barrière des monts. Il appartiendrait dorénavant à l'armée britannique d'y suppléer; sa mission défensive devenait tout à fait effective.

Il n'était pas moins commandé aux gouvernements alliés d'arrêter des mesures de protection contre la conduite digne de toute défiance du ministère du roi Constantin. Comme lors de l'établissement du camp retranché, une mise en garde contre l'armée hellénique était d'une prudence élémentaire. Aussitôt après l'abandon de Rupel, M. Skouloudis s'était appliqué à se couvrir contre les inférencesqu'en tireraient les gouvernements alliés ; il avait chargé ses représentants à Paris, Londres, Rome et Pétrograd d'expliquer son attitude ; ils devaient réfuter les calomnies qui le présentaient comme ayant donné son consentement à l'action des Germano- Bulgares, calomnies répandues par les adversaires du gouvernement et par les étrangers qui ont intérêt à voir tendues les relations entre la Grèce et les puissances de l'Entente : « Je vous prie de profiter de votre entrevue avec le ministre des affaires étrangères pour lui renouveler l'assurance officielle qu'il est absolument faux que les troupes bulgares aient occupé Rupel à la suite d'un accord quelconque...»; l'unique motif de l'ordre d'évacuation a été « d'éviter un conflit qui aurait eu pour résultat la sortie de la Grèce de sa neutralité » '.

Cette explication ne trouva pas de crédit ; elle n'engagea pas les hommes d'Etat de l'Entente à accorder au cabinet Skouloudis une confiance qu'ils lui avaient refusée dès son arrivée aux affaires. Le voir maintenant

1 Livre blanc grec, I, n°6.

LES BULGARES AU FORT RUPEL 3g

protester avec éclat auprès des Impériaux contre une violation de neutralité, et, d'autre part, soutenir aux Alliés qu'en ny résistant pas il lui enlevait son effet de violation, parut un raisonnement trop subtil. D'autant plus qu'à Athènes les événements ne sjaccordaieht pas avec les déclarations diplomatiques. Des manifestations%uspectes se produisaient contre la France et l'Angleterre; leurs légations étaient insultées, et le roi, dont les sympathies germaniques n'étaient pas mises en doute, haranguait son armée : « Les soldats doivent obéir aux ordres, non aux sentiments ». C'était parler clairement, les sentiments de plus d'un soldat avaient dû être froissés par l'ordre d'abandonner sans défense le sol national à un vieil et cruel ennemi si souvent et récemment encore combattu.

Les Alliés, soucieux d'empêcher les avantages que les mouvements ennemis sur la Strouma pourraient retirer de la connivence des troupes de Constantin, adressèrent, le 2 1 juin, un ultimatum à Athènes. Le cas échéant, la flotte anglo-française en appuyera les termes. L'armée grecque sera immédiatement démobilisée et replacée sur le pied de paix ; le cabinet Skouloudis doit disparaître ; à sa place un cabinet d'affaires appliquera en toute sincérité la neutralité bienveillante promise aux puissances de l'Entente ; la Chambre sera dissoute et de nouvelles élections auront lieu aussitôt après que la démobilisation aura replacé le corps électoral dans des conditions normales ; les fonctionnaires de police dont l'attitude a facilité les insultes aux légations seront révoqués.

Le roi se soumit. La démobilisation générale fut décrétée; restèrent seules sous les drapeaux les classes d'âge du service de paix. M. Zaimis remplaça M. Skouloudis. La Chambre fut ajournée en attendant les élections. Les fonctionnaires compromis disparurent pour la plupart.

12. LA PLAINE DE FLORINA. — Vue prise des hauteurs de Malka Nidze, un peu à l'ouest du col de Gornicevo, face au couchant. La route de Gornicevo descend du col, se dirigeant ver Banitsa et au delà vers la gare de Florina, d'où un embranchement de droite conduit à Monastir, au nord-ouest, et un embranchement de gauche à la ville de Florina, au sudouest. Les montagnes qui ferment l'horizon sont celles de la chaîne des Baba Stara Nerechka, dont les versants opposés bordent le grand lac de Presba. Le long défilé qu'on voit dans la région sud de la chaîne (à gauche) donne passage à la route qui de Florina conduit à Kastoria, par le col de Posideri et Rula. En suivant la crête des montagnes dans la direction du nord (à droite), on aboutit au haut sommet du Péristéri '(hors de la photographie), qui s'élève immédiatement à l'ouest de Monastir.

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