‹ Le berceau des Serbes;Chapitre 26 sur 39 · LA BATAILLE DE GORNICEVO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE GORNICEVO

Peu à peu, ces menues unités feront place à la concentration du général Cordonnier et pourront rejoindre les troupes du voïvode. La tête de colonne, i56 me division remplacée sur la rive droite du Vardar par la 26 me britannique, passe à Kazani et Kajalar et se dirige vers Rudnik où elle trouvera les pointes bulgares. A sa gauche, la brigade russe s'élève dans la montagne ; elle rencontrera l'ennemi dans les belles forêts de hêtres de Vlahoklissura et le poussera devant elle à l'ouest du lac de Rudnik jusqu'au delà de la cote 1348, qui lui assurera un point d'appui excellent à l'aile gauche de l'armée. Elle-même aura sa gauche couverte par une colonne plus excentrique, 2 régiments de cavalerie, 2 bataillons, un groupe d'artillerie de montagne commandés par le colonel Boblet, et qui de Koziani s'est dirigée vers Kastoria, à l'entrée de la route de Rula d'où Ton atteint Florina par l'ouest.

En deuxième ligne, la 57 me division s'échelonne sur la route de Koziani à Kajalar. Le général Petitti di Roreto Ta relevée dans le Krusa Balkan.

Tandis qu'ainsi s'activent les préliminaires de l'offensive franco-serbe, les fronts défensifs organisent leurs démonstrations. Elles sont très limitées dans le secteur de la Strouma. Il appartiendrait au 4 mc corps d'armée grec de s'opposer dans cette région à l'invasion ennemie, mais il est manifeste qu'il ne s'y prépare point jet l'on peut se demander si les ordres du gouvernement d'Athènes ne l'encourageraient pas plutôt à faire cause commune avec l'envahisseur. Le 20 août, une colonne anglo-française a traversé la Strouma au sud-ouest de Demir-Hissar, dans la région du pont de Kopriva; des escarmouches sont signalées aux avant-postes grecs; cette colonne attaque la position dans laquelle les Bulgares se sont retranchés en avant du défilé de Rupel. L'affaire ne dura pas. Les Bulgares ne cherchèrent pas non plus à réagir; le général Jecof continua sa marche vers le sud sans faire mine aucunement de s'attaquer aux positions britanniques. Quant aux troupes helléniques qu'il trouva devant lui et que le général Bright, dont les intentions étaient exclusivement défensives, n'avait aucune raison de remplacer, elles se soumirent en majeure partie à l'envahisseur, suivant les ordres de leur roi. Les détachements anglais qui avaient passé sur la rive gauche de la Strouma repassèrent sur la rive droite ; ils se bornèrent à garder les passages en leur possession.

Plus mouvementés furent les combats de la dépression de Butkova, des bords du lac Doiran et des rives du Vardar. Ils masquèrent les relèves

d'unités et les mouvements de troupes qui s'opéraient en arrière. A l'est du lac Doiran, les Anglo-Français s'avancèrent dans le bas-fond et se fixèrent sur les premiers contreforts des monts Belès. De part et d'autre du lac, l'artillerie entretint la lutte. Sur le Vardar, rive ouest, l'infanterie entra vivement en action, et enleva les hauteurs qui près de Mayadag font face à Liumnitsa. Tant sur ce point que dans les Monts Belès, les réactions que tentèrent les Bulgares à diverses reprises jusqu'à la fin du mois furent maîtrisées.

La bataille reprit le 12 septembre, et cette fois-ci dans tous les secteurs . simultanément. L'heure était venue d'engager et de poursuivre l'opération générale dont les fondements avaient été posés dans la conférence du 20 août.

Dans le secteur britannique, le général Bright fit une démonstration sur la route de Sérès. Ses troupes franchirent la rivière à Orljak et se mirent en devoir d'assaillir l'avant-ligne bulgare établie à quatre kilomètres de la rive, et appuyée, au delà du pont, aux deux villages de Jenikoï en aval et de Nevoljen en amont. Ce dernier fut enlevé d'assaut, pendant que l'autre résistait quoique serré de près.

Sur les pentes nord du Krusa Balkan, la division italienne descendit dans le bas-fond et s'engagea vers Dzuma et Butkova.

Dans la zone du lac Doiran, duel d'-artillerie. Sur la rive gauche du Vardar, les Anglais prirent d'assaut Macukovo. Sur la rive droite, vers Mayadag, vigoureuse attaque. La i22 me division française enlève les tranchées bulgares sur un front de trois kilomètres et une profondeur de 800 mètres environ. La progression continuera les jours suivants. A l'aile droite serbe, au nord de Kowil, les Bulgares doivent reculer d'un nouveau pas le long des pentes.

Mais ce ne sont là que des succès locaux; l'opération importante est celle de l'ouest que doivent mener en coopération le voïvode Boyovitch et le général Cordonnier.

Dans le secteur serbe, le commandement a été régularisé. Au nord de la route de Gornicevo, où se trouve la 3 mc armée fort réduite par les combats précédents mais renforcée par la brigade du Timok qui a repris la cote i5oo, il appartient au général Miloche Vassitch, successeur du général Yourichitch. Au sud de la route, le général Michitch a été rejoint par toute la division de la Morava, y compris les troupes laissées primitivement sous

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la Dzena et qu'un régiment de la 17™ coloniale a relevées; y compris aussi le régiment de Katranitsa, libéré par l'arrivée de Tannée Cordonnier. Le bataillon indépendant des volontaires a passé de même sous son commandement. Dans le secteur franco-russe, la i56 me division avec la cavalerie serbe à sa droite a Tordre de marcher par la Mala Reka, couverte extérieurement par la brigade russe qui progressera sur la montagne et par le détachement Boblet en marche de Kastoria sur Rula.

Le 12 septembre Toffensive a commencé sur toute la ligne. Dès le i3, vers Gornicevo, les Bulgares ont manifesté des indices de fléchissement ; en revanche, ils précipitent leurs attaques contre le mouvement débordant des franco-russes. Mais là aussi, ils fléchiront bientôt. Le i5, ils sont contraints à la retraite dans les deux secteurs. Les régiments serbes s'emparent de Gornicevo et d'Eksissu, soit des deux portes qui barrent les routes de la plaine de Florina ; à Gornicevo, 32 canons ennemis sont tombés entre leurs mains. Fiers de leur victoire, ils descendent le versant occidental du Malka Nidze, refoulant Tennemi vers le Brod. Les troupes franco-russes progressent à leur gauche ; elles reprennent aux Bulgares les hauteurs de Mala Reka. Ainsi mise à mal au centre et sur son aile, Tarmée du général Boyadjeff n'a plus qu'à refaire en retour le chemin par lequel elle est venue. Autour du Kaïmakchalan où sa gauche est fixée, sa longue ligne pivotera en arrière, passant de Test de la plaine au nord.

Ce fameux Kaïmakchalan, dont la haute et longue arête commande les montagnes d'alentour et domine le pays entier jusqu'à de lointains horizons, les Serbes entendent bien Tenlever. Aussitôt la cote i5oo reprise par la brigade du Timok, le colonel Krsta Smilianitch, chef de la division de la Drina, a disposé sa troupe face aux contreforts supérieurs de la montagne. L'offensive le trouvera prêt à entreprendre l'ascension. Elle durera six jours, croupe après croupe.

La montagne est à double sommet. Le premier qui devra être abordé s'élève sur la frontière même, à 2365 mètres d'altitude. Le second est au delà, sur sol serbe; il cote 2525 mètres. Les Bulgares y ont construit un solide point d'appui, le fort Boris. Le 18 septembre, les Serbes atteignent le premier; le 20, ils enlèvent le second. Les voilà chez eux. Ces mêmes jours, la i re armée serbe a refoulé Tennemi jusqu'au Brod et même au delà vers Urbeni sur la route de Monastir ; les Français, — un mélange des 1 56 e et 57 e divisions sous les ordres du général Leblois, — sont entrés à Florina.

La victoire n'est pas douteuse, et si l'armée Boyadjeff n'a pas été détruite, si, sauf dans quelques régions où ses troupes se sont débandées, elle n'a pas rompu ses attaches, elle n'en voit pas moins brisée son offensive vers la Moglenitsa et le Bas-Vardar. L'appui que ses succès auraient fourni à la politique du roi Constantin, celui-ci doit y renoncer.

Cependant, les Bulgares ne se tiennent pas pour définitivement battus. Ils n'entendent pas surtout lâcher le Kaïmakchalan à si bon compte. Sa possession est trop précieuse. Ils préparent une contre-attaque en forces.

De leur côté, les Serbes sont à l'étroit dans leur conquête. Ils ny seront en sûreté et n'en retireront le profit qu'après l'avoir élargie, étendue à tous les contreforts qui soutiennent les hauts sommets. Il leur faut et le plateau du Nidze Floka d'où l'on commande véritablement les terrains inférieurs nord, et l'arête du Starkov Grob, d'où l'on descend à l'ouest vers la Tcherna.

Dans les deux camps, on fourbit de nouvelles armes ; on remplace les pertes ; on fait appel à ses renforts. Chez les Bulgares, les réserves des secteurs voisins serrent vers la position ; de l'arrière, un régiment frais est envoyé ; la colonne d'assaut s'apprête dans les tranchées du plateau du Floka. Chez les Serbes, le général Vassitch regroupe son monde et arrête son plan. La 3 e armée marchera tout entière. Les régiments de la Drina descendront vers le Nidze Floka, en chasseront l'ennemi, puis agiront par leur gauche, vers l'ouest, afin d'aider à l'enlèvement du Starkov Grob. La division du Danube se portera vers celui-ci par la rive droite du Brod, longeant les hauteurs de Sovitch dont elle s'est emparée les jours précédents. Le général Michitch a mis à la disposition de son camarade de la 3 e armée son détachement de volontaires. Celui-ci, en attente à la cote i5oo, devient la réserve générale du général Vassitch.

Les Bulgares attaquèrent les premiers, le 27 septembre. Un régiment frais, venu de leur gauche, tient la tête et lance ses lignes d'assaut sur les lignes de la Drina qui plient sous le choc. Les Bulgares pénètrent dans la première position serbe. Mais le jour suivant, lorsqu'ils reprirent leur élan, ils ne purent mordre dans la seconde ; les tranchées du fort Boris retournées contre eux résistèrent. Deux bataillons du Danube étaient arrivés en soutien de la position et les défenseurs ne se laissèrent plus ébranler. Plusieurs fois, les 28 et 29, les Bulgares revinrent à la charge. Inutilement ; il furent repoussés.

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Le 3o au matin, la 3 e armée serbe se porta en avant. Les lignes qu'elle avait perdues le 27 furent reprises et tôt après dépassées. Successivement, sous le sommet et sur tout le pourtour de la montagne, les contreforts tombèrent aux mains de ses deux divisions. Chassés du plateau de Floka, les Bulgares se retirèrent dans la position de repli qu'ils avaient préparée sur les crêtes du Sokol et du Dobropolie ; chassés du Starkov Grob, ils descendirent derrière la Tcherna.

Dans la plaine, le recul fut général aussi. Du Brod, sur lequel les combats étaient demeurés stationnaires pendant les événements du Kaïmakchalan, la ligne bulgare fut rejetée derrière la Tcherna et la Sakuleva. Ce recul était fatal depuis que du Starkov Grob les Serbes étaient en mesure de prendre la ligne du Brod à revers. Peut-être eût-il été amené plus tôt si, au lendemain de la prise de Florina, les troupes franco-russes avaient agi par leur droite comme le général en chef en avait envoyé Tordre au général Cordonnier. Il semble que les combats engagés sur leur gauche aient retenu plus vivement leur attention. Les réactions bulgares devant les divisions alliées de Florina avaient été violentes, en effet. Demeurées vaines, elles ne firent que retarder un peu la suite de la retraite. Les régiments du général Boyadjeff allèrent chercher de nouveaux points d'appui à Kenali et à Negochani sur la Rakova ; sur les monts Baba les combats se poursuivirent aux environs de Kisovo ; et à l'extrême droite, vers le lac Presba, sur la ligne German-Rebi.

A l'est du Kaïmakchalan, de derniers assauts avaient porté les troupes de la 2 e armée serbe à proximité immédiate des tranchées bulgares du Dobropolie. Situation délicate, car elles resteront accrochées là comme à l'arête d'un mur avec le vide di> précipice presque sous leurs talons. En hâte, sur l'espace étroit dont elles disposent, elles creusent leurs fossés, dressent leurs parapets, fortifient leurs abris, et entassent des munitions.

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