‹ Le berceau des Serbes;Chapitre 34 sur 39 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La suite des affaires grecques.

j jrr ■ : ■ « 30003 endant que le gouvernement de Salonique s'applique à la " formation de l'armée nationale, la cour d'Athènes multiplie les ressorts de l'intrigue pour échapper à la presi> L.^"iJ s lon de l'Entente et mettre l'armée royale à la dis- Mr ^ J r K. ;- -0 position de l'état-major allemand. Il semblerait que Téchauffourée du I er décembre ait frappé de folie les cercles monarchistes. Leurs journaux, les proclamations des Ligues de réservistes, les dépêches envoyées à Berlin par l'entourage du roi, rivalisent d'enthousiasme délirant. « Le I er et le 2 décembre ont été deux des jours les plus grands, les plus saints, les plus splendides et les plus glorieux de toute l'histoire grecque », écrit la Nea Himera. La Ligue des réservistes radicaux adresse à ses membres « le baiser dû à des héros. Les rochers de l'Acropole ont reconquis leur ancien prestige ». « Nous demeurons pleins de fierté pour la grande œuvre accomplie », proclame une autre ligue. Et ailleurs: « Félicitons-nous de ce que les héros de Chalcis aient eu l'honneur de combattre les héros de la Somme et de Verdun. »

La reine Sophie télégraphie dans le même style à Berlin : Grande victoire contre quatre grandes puissances... Leurs troupes ont fui devant les Grecs... « Prière de nous informer quand Tannée de Macédoine sera assez renforcée pour entreprendre une offensive décisive» '.

A quoi l'empereur répond :

Je te remercie de tout cœur pour ta dépêche dont j'ai pris connaissance avec une profonde émotion. J'ai vu les dangers par lesquels toi et Tino avez passé et j'admire le courage avec lequel vous avez résisté pendant ces moments difficiles. Je vois aussi avec plaisir la loyale attitude de l'armée et de la flotte et leur fidélité envers la Maison royale. Que Dieu donne que vous soyez enfin délivrés de votre horrible situation!

L'Entente a de nouveau clairement démontré quel est son but. Il ne reste donc à Tino, comme de raison, aucune autre route ouverte que de se révolter ouvertement contre ses bourreaux. L'intervention de Tino avec ses forces principales contre l'aile ouest de Sarrail amènera la décision en Macédoine... 2 .

Quelle interprétation ces deux dépêches justifient-elles ? La reine demande à l'empereur : Quand attaquerez-vous ? — Attaquez ! répond l'empereur.

Certes, le roi Constantin ne désirerait pas autre chose ; il y songe ; mais l'appui de l'Allemagne lui est indispensable. Le ministre des Affaires étrangères, M. Zalocostas, en avise expressément le ministre de Grèce à Berlin, M. Nicolas Théotoky. Il l'invite à s'aboucher avec l'attaché militaire, major von Falkenhausen, à cette heure à Berlin. Des bandes d'irréguliers sont en voie de formation dans l'Epire du nord, à Progradez; leur chef, Caravitis, recevra des instructions, mais on attend le retour de Falkenhausen pour les lui préciser. Que ce dernier rentre en Grèce et se rende à Progradez ; il donnera l'impulsion à la concentration des bandes et Caravitis s'entendra avec lui au sujet des opérations, en tenant compte de l'aide allemande. « Il sera nécessaire pour commencer de cinq mille fusils avec trois cents cartouches par fusil, de six mitrailleuses et de onze canons de montagne avec leurs munitions, avec 5oo,ooo francs par mois pour cinq mille hommes. Tout cela doit être disponible à Progradez, ainsi que des vivres. Une action par des forces régulières dans le district de Koritza donnerait un fort appui au développement des bandes 3 . »

Cette dépêche est du 17 décembre; mais il semblerait que le 23 elle

1 Un Livre noir, n° 27. Dépêche du 16 décembre.

2 Un Livre noir, n° 3i. Dépêche du 16 décembre.

3 Un Livre noir, n° 32.

ne soit pas encore parvenue à son adresse, ou que Ton attende d'autres précisions à Berlin, car ce jour-là M. Nicolas Théotoky télégraphie à la reine que Falkenhausen est toujours à Berlin où il attend les décisions qui seront prises à Athènes. La Grèce persistera-t-elle dans sa neutralité ou romprat-elle avec l'Entente ? Quelle que soit la résolution, il est de la plus grande importance d'organiser les bandes. Il ajoute :

Je Vous prie de nous communiquer d'urgence quelle est Taide en munitions, argent et vivres que Vous désirez. Le but de Caravitis doit consister à couper le chemin de fer de Monastir-Salonique et à inquiéter les derrières de Sarrail. Il ne faut pas perdre de vue que même cette action inofficieuse par bandes aidera puissamment la Grèce à élever, au moment des négociations de paix, des prétentions territoriales. Ces prétentions, comme de raison, pourront être bien plus considérables en cas d'action qu'en cas de simple neutralité. Falkenhausen attend des instructions conformément auxquelles il agira immédiatement 1 .

Rapprochons ce télégramme du ministre de celui de l'empereur, nous aurons l'interprétation des premières dépêches. Le désir où l'on est à Berlin de voir la Grèce rompre les ponts et commencer sans retard les hostilités contre l'armée alliée est évident. L'empereur stimule l'amourpropre de son beau-frère à qui il ne reste, dit-il, qu'à se révolter ouvertement contre ses bourreaux; qu'il se hâte d'attaquer la gauche de Sarrail par derrière, la décision en Macédoine en sera la conséquence. En même temps, — ceci est la part de la dépêche Théotoky, — la chancellerie présente l'appât des ambitions territoriales : elles seront bien plus complètement satisfaites si l'action est officielle que si le gouvernement royal s'en tient à des moyens dissimulés.

Encore une fois, la cour ne demanderait pas mieux, mais la situation ne lui paraît pas assez nette à Athènes'pour qu'elle se laisse aller à une entière liberté d'allure. En outre, ses moyens militaires sont insuffisants et le résultat ne sera pas atteint si l'opération grecque n'est pas secondée par une offensive décisive germano-bulgare. La reine Sophie s'en explique auprès de Guillaume II :

... Remerciements de cœur pour ton long et bienfaisant télégramme...

... L'issue que tu conseilles serait la seule possible si Sarrail attaqué par vous était forcé de battre en retraite, auquel cas son aile gauche pénétrerait approximativement vers les contrées de la Grèce occupées par nous. Maintenant, la distance séparant cette

1 Un Livre noir, n° 34.

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aile de nous étant trop grande, la ligne de nos communications serait trop exposée et nos moyens en vivres et en munitions ne suffiraient pas pour la longue lutte. Dans ces conditions, une attaque décisive et prompte (de votre) part, si elle est possible, produirait pour la Grèce l'occasion d'une intervention militaire et nous délivrerait de l'horrible situation dans laquelle nous nous trouvons , .

Le3i décembre, nouveau télégramme, adressé celui-ci à M. Nicolas Théotoky, qu'il met au courant des événements politiques. La crise grécoententiste entre dans la phase aiguë :

La note de l'Entente nous a été remise aujourd'hui. Elle comprend :

i° Retrait des troupes de la Thessalie et de l'île d'Eubée, en laissant les troupes nécessaires pour le maintien de l'ordre.

2° Que les troupes en Thessalie et dans la Grèce continentale soient laissées sans artillerie ni mitrailleuses.

3° Réinstallation des contrôles ; modification surtout du contrôle sur les mouvements de troupes.

4° Remise à l'Entente des Vénisélistes arrêtés.

5° Excuses de la part du gouvernement royal et remplacement du général commandant le i er corps d'armée.

Il est absolument nécessaire que nous sachions si l'action offensive du front macédonien commencera, et quand, ou non, pour que nous puissions orienter notre plan.

Même jour, télégramme à l'empereur :

Nous vous rendons les plus* chaleureux souhaits pour la nouvelle année; que Dieu donne de nouvelles victoires et la paix !

La situation est très grave ; nous n'avons de pain que pour 14 jours. La note est impertinente; on veut nous faire crever de faim et en continuant le blocus imposer des exigences. Sans vivres, la situation est désespérée.

Nous vous félicitons pour les magnifiques victoires en Roumanie et embrassons.

Tino, Sophie.

Enfin, le 2 janvier, quatrième télégramme et appel désespéré. La reine l'envoie au ministre de Grèce à Berlin :

Ensuite de la continuation du blocus nous n'avons plus de pain que pour quelques jours encore ; les autres vivres diminuent aussi. Donc la guerre (grecque) contre l'Entente est maintenant exclue. Les négociations sur la note sont en cours. Je considère la partie perdue, si l'attaque (allemande) n'a pas lieu immédiatement ; après ce sera trop tard. Sophie 2 .

Le 8 décembre, le feld-maréchal de Hindenbourg avait demandé des renseignements sur la situation militaire de la Grèce. C'était au moment de

1 Un Livre noir, n° 36. Dépêche du 26 décembre.

2 Un Livre noir, n°s 38, 39, 40.

Tébullition victorieuse des milieux royalistes. La demande prouvait qu'à l'état-major impérial on se préoccupait, en étudiant les plans de campagne pour 19 17, du rôle que pourrait jouer le front macédonien.

Elle ne parvint à Athènes que le 4 janvier. Le roi répondit personnellement le 6.

L'agonisante situation dans laquelle la Grèce est tenue depuis plus d'un an, expose-t-il, a affaibli son état militaire. L'occupation par des armées étrangères de la Macédoine et d'à peu près toutes les îles a eu pour conséquence une importante diminution des effectifs.

Sous la pression de l'Entente, la Grèce a dû transporter une notable partie de son armée dans le Péloponèse. La mobilisation des forces qui se trouvent actuellement dans la Grèce continentale peut procurer quatre divisions à trois régiments, avec une brigade indépendante en Grèce orientale, et à peu près deux divisions en Epire, mais faiblement pourvues d'artillerie. Des divisions de la Grèce continentale, deux au moins sont nécessaires pour la défense de la capitale et de la côte orientale ; il en reste donc deux et demi seulement pour agir en Thessalie et en Macédoine occidentale, sans presque d'artillerie. Le transport des deux divisions de P Epire est très difficile. Quant aux approvisionnements, le dépôt de vivres est très faible, l'essence manque absolument et le charbon est rare.

De plus, il faut prendre en sérieuse considération qu'une déclaration de guerre de l'Entente devancerait la mobilisation, car l'Entente désirerait probablement écraser la Grèce avant l'occupation allemande. Déjà une nouvelle note, — il s'agit de celle du 3i décembre, — exige le désarmement complet et le transport de toute l'artillerie et de tout le matériel de mobilisation dans le Péloponèse, exigence soutenue par la continuation du blocus. Ainsi la situation s'aggrave de jour en jour.

« Il est désirable, écrit le roi en terminant, qu'il nous soit communiqué d'urgence si une attaque allemande au front macédonien est prévue et quand probablement elle commencera 1 . »

L'état-major impérial n'a pas attendu cet exposé pour déterminer sa ligne de conduite. Les « magnifiques victoires de Roumanie » ne le trompent pas sur ses possibilités, et ce n'est pas sans motifs qu'il a consenti à ce que le pouvoir politique s'emparât de ce succès pour tenter des

1 Un Livre noir, n° 41.

négociations de paix. Il s'attend à un dangereux accroissement des forces de l'Entente favorisé par le développement de l'industrie de guerre. Les Etats ennemis ne manquent pas de matières premières, l'Océan leur est ouvert, les Etats-Unis se mettent de plus en plus à leur disposition, et le Japon active ses livraisons. Sur tous les théâtres de la guerre, l'Entente est en mesure d'augmenter sa supériorité numérique, tandis que l'Allemagne et ses alliés n'ont rien à jeter dans la balance. « Notre position était extraordinairement difficile, et une issue presque impossible à trouver, écrira plus tard le général Ludendorf dans ses Souvenirs de guerre. Nous ne pouvions plus songer à attaquer, il fallait conserver nos réserves pour nous défendre ». Vérité que la retraite sur les lignes Siegfried au front d'occident illustrera dès le début de mars. En une pareille situation, les deux ou trois divisions grecques sans artillerie ne pouvaient être qu'une goutte d'eau dans la mer.

Tandis que le roi Constantin rédigeait son exposé, un avis de Berlin était en route qui le mettait au courant sinon de ce qui serait fait pour lui, au moins de ce qu'on attendait de lui. Cet avis n'a pas été retrouvé dans les archives. Il semble qu'il s'appuyât entre autres sur l'opinion du maréchal de Hindenbourg exprimée dans un conseil de la Couronne. Le télégramme n'a pas opposé un non possumus absolu à la demande grecque, — la suite de la conversation le prouve, — mais il a confirmé les invites berlinoises de décembre suggérant à la Grèce l'effort initial et déterminant. Ainsi chacun sollicitait ou espérait de l'autre le premier secours. Mais la faible cour d'Athènes était impuissante à le fournir si la puissante cour de Berlin ne le pouvait pas. Il ne resta donc à la reine Sophie qu'à télégraphier encore une fois à son frère :

Je te remercie de cœur pour ton télégramme, mais le manque de vivres suffisants pour la durée d'une pareille entreprise, ainsi que la pénurie de munitions et beaucoup d'autres choses nous forcent, malheureusement, à nous abstenir d'une telle action offensive. Tu peux t'imaginer mon état ! Comme je souffre ! Merci de cœur pour tes mots si chers, pour la (mots illisibles) des circonstances abominables. Que les cochons infâmes reçoivent la récompense qu'ils méritent! Je t'embrasse de cœur. Ta sœur isolée et peinée, qui espère en de meilleurs temps.

Accompagnant ce message familial, ou familier, une autre dépêche informa le ministre Théotoky des derniers événements politiques. La veille, 8 janvier, l'Entente avait finalement adressé un ultimatum au gouvernement royal, exigeant l'acceptation de sa note du 3i décembre dans

les quarante-huit heures, avec l'amendement que l'extension du mouvement révolutionnaire dans les territoires en possession du gouvernement ne serait pas permise 4 . Après l'avis de Berlin, la seule issue était l'acceptation de l'ultimatum en principe. Il n'y avait guère autre chose à faire, en effet. Trois jours plus tard, deux radiotélégrammes de M. Théotoky viendront confirmer cette opinion.

Le premier est antérieur à l'annonce de l'acceptation de l'ultimatum. Le ministre expose qu'il a eu une conversation avec le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, M. Zimmermann, auprès duquel il a insisté pour que l'attaque allemande commençât aussi vite que possible. « Nous désirons enfin (tirer) au clair si cette offensive se fera », lui a-t-il dit. M. Zimmermann a répondu que personnellement il était pour l'offensive, mais que tout dépendait du maréchal de Hindenbourg à qui il en référera. Après quoi, M. Théotoky ajoute : « Si la réponse est dilatoire, je pense que nous devons agir selon nos propres intérêts, sans aucune autre considération, * vu que nous avons déjà fait assez de sacrifices, et que nous ne pouvons ruiner la dynastie et le pays pour les beaux yeux (mots illisibles). »

Le second radiotélégramme répond à l'annonce de l'acceptation de l'ultimatum. M. Théotoky fait savoir qu'il a lui-même informé M. Zimmermann de la décision prise par le Conseil de la Couronne au sujet de l'offensive. Le sous-secrétaire d'Etat a été assez déçu, mande-t-il : « Je n'ai pas manqué de lui faire observer que, suivant mon avis, si la réponse du feld-maréchal avait été plus encourageante et plus catégorique, très probablement le Conseil de la Couronne se serait prononcé pour l'action. »

La question n'en est pas moins définitivement tranchée. Le roi Constantin se gardera de suivre les suggestions de son beau-frère, il ne se révoltera pas ouvertement contre ses bourreaux. Mais c'est encore la reine Sophie qui dira le mot de la fin. Elle le télégraphie à Falkenhausen. Pourquoi Hindenbourg n'a-t-il pas été plus favorable ? Le Conseil de la Couronne aurait marché : « Je suis désolée! C'est trop bête ! »

Est-ce bien le mot de la fin ? Pas absolument peut-être. La Conférence de Rome vient d'arrêter ses résolutions, et si secrètes qu'elles soient tenues il est improbable que rien n'en transpire au dehors. L'attitude des

1 Voir chapitre IX, i. /.

principaux journaux italiens témoigne, dans tous les cas, qu'en ce qui concerne la politique intérieure de son roi, Athènes n'a pas lieu de perdre tout espoir.

Il semble, en outre, que Ton s'attende à Athènes à une intervention de M. Wilson et même peut-être à une conférence de la paix. Il convient donc de se réserver et de ne pas jeter le manche après la cognée. Tout n'est pas dit. Athènes le fait savoir à M. Théotoky. La reine avait exhalé son désespoir le i3 ; le 14 déjà les nouvelles espérances sont caressées. Le message à M. Théotoky, transmis par un envoyé spécial, un officier de réserve du nom de Franghiscos,en donne les raisons et renseigne sur les intentions. Les raisons sont celles qu'on vient d'indiquer, auxquelles s'ajoutent les agissements extra-parlementaires du groupe socialiste français, « qui désire (mots illisibles) paix, ainsi que l'Italie » ; les intentions sont de rester prêts pour le cas où de meilleures circonstances autoriseraient l'offensive germano-bulgare : « Il est de très grande importance que vous parliez personnellement au porteur, officier de réserve Franghiscos, pour l'organisation des bandes à l'avenir».

La reine Sophie se plaît à croire que l'attente ne sera pas trop longue. Serait-il vrai, fait-elle demander à M. Théotoky, que l'attaque se produira sur le front macédonien aussitôt que la campagne de Roumanie sera terminée? Sait-il quelque chose à ce sujet?

Cette dépêche se croise avec un télégramme que le ministre adresse au roi et dans lequel il communique une demande de Hindenbourg. Falkenhausen a affirmé à ce dernier que malgré l'acceptation de l'ultimatum, l'Entente se proposait d'exiger de la Grèce livraison de son artillerie et de son matériel. Est-ce exact? La dépêche ajoute :

L'Etat-Major allemand, attachant la plus grande importance à ce que cette exigence éventuelle ne soit pas exécutée, désire savoir si la Grèce serait prête, le cas échéant, à détruire l'artillerie et le matériel. En cas d'affirmative, le gouvernement impérial s'engagerait à nous dédommager. L'Etat-Major Vous prie, au cas où sa proposition serait acceptée par Votre Majesté, de lui remettre un état détaillé de l'artillerie et autre matériel qui serait à détruire et, par conséquent, à remplacer.

Le roi envoie aussitôt l'état demandé. Il remercie le maréchal de Hindenbourg pour sa proposition, qu'il accepte. Afin que le matériel ne tombe pas aux mains de l'Entente trois mesures seront prises : un magasinage approprié ; la résistance, au cas où l'Entente agirait par la force ;

la destruction s'il est besoin, auquel cas le matériel détruit serait remplacé par l'Allemagne 1 .

La Cour n'en est pas moins contrainte à se soumettre finalement à l'ultimatum. Vainement le ministère a tergiversé; une dernière démarche des représentants des Etats alliés le met au pied du mur. Les derniers jours de janvier le gouvernement royal « présente des excuses formelles à Leurs Excellences les ministres de France, de Grande-Bretagne, d'Italie et de Russie en raison des regrettables événements du i er décembre 1916» ; un détachement de l'armée de terre et de l'armée de mer, commandé par un général et le prince André, frère du roi, défile devant les drapeaux alliés qu'il salue; le général Callaris, commandant le I er corps d'armée à Athènes, est révoqué ; les autorités judiciaires sont chargées de dissoudre les Ligues de réservistes.

Le 26 janvier, un dernier télégramme part d'Athènes pour Berlin. Il est adressé par le roi et la reine à M. Nicolas Théotoky :

« Veuillez, dit-il, communiquer la dépêche suivante, traduite en allemand, à S. M. l'Empereur :

« Nous t'envoyons du profond du cœur nos vœux cordiaux pour ton cher jour de naissance. Nous suivons avec admiration les grands événements sur terre et sur mer. Que Dieu te donne bientôt une glorieuse victoire sur tous les ennemis infâmes !

« On nous honore du débarquement de 40 soldats sénégalais, pour garder la Légation de France. Charmante image de civilisation !

(( Nous t'embrassons. Salutations. »

Tino, Sophie.

1 Un Livre noir, N os 48 à 5i. Dépêches du 14 au 20 janvier.

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