LE LOUP-GAROU
SORT Jeté
Voici l'automne. Le mois d'août, enveloppé de rayons brûlants, est passé sur la plaine crayeuse. Le mois d'août, qui dépouille la nature au profit de rhomfne, a changé en masses dorées les champs verts, marqué l'heure des faucilles et laissé derrière lui, en fuyant, un désert grillé. C'est alors que les mois^neurs, accourus au premier chant de l'alouette et marchant de front, ont abattu la tige grêle des seigles et le froment aux lourds épis. Les javelles étalées sous leurs
pieds nus furent bientôt liées en gerbes; les cha. riots s'ébranlèrent chaque soir, entourés de l'escorte joyeuse, dans le chemin raviné qui mène à la ferme. Le lendemain, des glaneuses aux loques rapiécées suivirent, courbées en deux, les mêmes sillons ; mais, après elles, nul ne vint. Et la Terre, lasse d'avoir tant enfanté, s'endormit
au soleil sous son linceul de chaume flétri.
Septembre est survenu, avec ses nuits longues et ses feux moins ardents. Là-bas, devant la grange, la machine à battre exhalait ses grondements puissants sous l'effort des chevaux conduits en cercle. La balle broyée s'envolait en nuage autour des travailleurs haletants; les traînées de paille mordue jonchaient l'aire. Un bruit sourd à ce bruit succéda; le blé tombait en pyramides sur le plancher des greniers, attendant le jour du marché propice.
Octobre. Sur le plateau, les oisillons, oublieux des amours, se réunissent en bandes. Les bluets s'étiolent dans la poussière altérée. C'est encore la saison caressante, mais arrivée à son dernier jour; les verdures pâlissantes ne cessent pas de paraître douces au regard, mais ne parlent plus du printemps que comme d'un souvenir.
Sur la nudité immense un grand souffle passe, chargé des parfums affaiblis et des murmures mélancoliques. Les scarabées ne voltigent plus. Ainsi le lien se renoue entre la plaine devenue déserte et la solitude éternelle des friches. Le même silence plane désormais de TOrme-aux- Fées jusqu'au genévrier d'André Fleuse. Celui-ci apparaît tout au loin, noyé dans Téther, près de l'arbuste ami. Ses ouailles éparses couronnent le penchant du coteau. De hardis sansonnets, pendus aux croupes blanches, d'un bec avide fouillent les toisons. Pas un être humain, si loin que l'œil puisse s'étendre, car le berger fait partie de cette nature muette ; oe n'est qu'un sauvageon de plus dans le steppe. Mais, à l'extrémité opposée, entre la Jamette et le Rutin, au pied d'une haie de noisetiers, quelqu'un écoute l'Angélus de midi et soupire,
Louise de la Ronce-Fleurie, en revenant du bourg par les sentes, s'est penchée là, sur l'herbe molle, pour cueillir une de ces clochettes bleues qu'elle aime tant. Ses pensées l'ont assaillie, sa main est retombée inerte ; elle rêve. Un papillon, le dernier de l'année sans doute, se poce sur le calice de la fleur; puis, capricieux, reprend sa
course et disparait. La jeune fille a contemplé Tapparition charmante, a suivi des yeux la fuite rapide, et c'est à ce moment que ses larmes ont coulé. N'a-t-elle pas vu de la sorte le bonheur s'approcher d'elle, sourire à son printemps... et s'évanouir, à peine entrevu, au détour de cette même colline? Qu'elle aimât un indigne, peu importe : elle aimait. Le cœur, souvent trop prompt à se donner, subit l'entraînement sans écouter la sagesse; il s'interroge encore, que déjà il a choisi. Son premier battement est son dernier mot. On voit l'être aimé tel qu'on veut qu'il soit; on l'embellit de tous les trésors qu'on lui prête ; on en fait le reflet de soi-même, et en l'aimant on s'aime en lui. C'est ainsi qu'il charme, composé de réa- Ulésmal vues et d'apparences radieuses; il demeurera à jamais tel dans la pensée, époux infidèle ou fiancé perdu. Viennent les déceptions: on s'en défie, on ne s'en console point. Louise, trop fière pour accorder son pardon au volage, était trop sensible pour l'oublier; présent, elle l'eût repoussé ; elle l'aimait absent. Et sa douleur était d'autant' plus profonde, qu'elle se jugeait ensevelie dans l'irréparable. Mais seule, mais accablée, mais en proie aux souvenirs ardents qui la
sollicitaient, elle s'abandonnait aux douceurs poignantes de ses visions. Son cœur de vingt ans bondissait. Elle aurait crié volontiers, à l'imitation du poète antique : <k Tant que le sanglier se plaira au fond des saulaies et le poisson dans l'onde argentée ; tant que l'abeille se nourrira de thym et la cigale de rosée, toujours son nom glis* sera sur mes lèvres... Je graverai mon amour sur le tronc des jeunes arbres, les jeunes arbres croîtront et mes amours croîtront avec eux. »
A l'ombre des coudriers, où Louise a cru trouver l'oubliance, les regrets surgissent et sanglotent. Où sont donc les espoirs d'avril, envolés avant le papillon d'automne? où donc le beau garçon, assis sur un talus et les jambes pendantes, qui parlait de planter la crémaillère au temps des Avents, et tenait à son tour le cordeau de la vache en murmurant des propos tendres? Tout cela est bien loin, à présent; il n'y a plus personne... Le brouillard pourra succéder au soleil et le grésil à la pluie : personne ne reviendra près de la fille esseulée. Elle n'a plus rien à écouter au bout du chemin creux, puisque aucun pied ne marche pour la rejoindre ; et sur son passage elle ne rencontre plus, en fait d'oiseaux,
que le rouge-gorge, dont les chansons plaintives annoncent le malheur. Heures douces de la saison passée, contentements inavoués, causeries trop courtes coupées de longs silences, adieu pour toujours ! Marin a tout brûlé en partant, Louise n'a plus que des cendres à remuer ; et aucun autre ne cueillera avec elle les aubépines prochaines, car elle n'est ni de celles qui se reprennent ni de celles qui se donnent deux fois.
Dolente et sans courage, elle demeure accroupie, les yeux sur la fleur bleue. L'Angélus depuis longtemps ne tinte plus; elle poursuit son rêve. Une voix tout à coup s'élève dans le sentier, en face d'elle :
— Tiens, la voilà.
On s'approche. Elle lève la tête. Sa tante Buré s'arrête à deux pas, suivie de la grosse Aimée.
— Bonjour, la Louisette ! j'allions chez toi.
La jeune fille n'a vu sa cousine ni sa tante depuis l'enterrement de Robine. Elle remarque avec surprise leur embarras et leur pâleur. Ces gens ne l'ont guère habituée à leurs visites; cette façon de l'aborder, avec une parole amicale aux lèvres, est certes toute nouvelle; Louise dissimule à peine un étonnement mêlé de crainte.
s'essuie les yeux et balbutie quelques mots sans suite. Les deux femmes se placent debout devant elle; les mains croisées sous le tablier.
— Ton père se porte-t-il bien ?
— Oui, il est en journée. Et chez vous ?
— Ça va petitement. Le temps est doux, depuis la pleine lune?
— Y a eu de la gelée blanche, ce matin ; nous aurons de Teau.
Personne ne dit plus rien. La Sucrine et sa mère se regardent, gênées et indécises. Celte dernière enfin fait un effort et rompt le silence.
— Viens donc par ici, la Louise; j'avons à le parler. Faut pas rester si près de la sente, on . pourrait nous ouïr.
Elles remmènent du côté de la Jamette, en passant par le milieu d'un immense guéret d'où Ton voit partout. Leur allure est lente, leur raine perplexe.
— Écoute, fait soudain la fermière; je viens le prier de parler à ton oncle Pieuse. On a grand besoin de lui. Seulement, il ne nous aime pas trop, et nous recevrait peut-être mal ; tandis qu'il l'écoute, toi, et tu pourras le décider.
— Qu'est-ce que vous voulez donc que je lui demande ?
— Eh bien... c'est que ça va mal chez nous, ma fille ; tout à fait mal.
— Qu'y a-t-il donc, comme ça ?
— Le maître est malade. Et puis... c'est poini la peine de conter les choses à moitié : il se passe des équipées qui ne sont pas ordinaires.
— Du moment que je ne connais pas ces choseslà, je ne saurais rien y faire, ni l'oncle Pieuse non plus.
La Bu ré promène ses f égards autour d'elle, de
tous côtés; n'aperçoit personne, surmonte une dernière hésitation et saisit sa nièce par le bras.
— Ce qui se passe n'est connu de personne, balbutie-t-elle à voix basse; la maison esthantée, ton grand-père revient!
Si Louise est frappée de stupeur, pas n'est besoin de le dire. Elle s'arrête, frissonne, interroge avec une sorte d'égarement le visage des femmes de la Jamette; croit mal comprendre, demeure hébétée.
— Oui, va, nous sommes fcien éprouvées !
Depuis que la mort est entrée chez nous, tout va de mal en pis I Jusqu'à la fin des travaux, la
lassitude nous a apaisés; mais, à cette heure, n'y a pus moyen d'y teni I Notre veau de six semaines est crevé sans maladie ; le poulain noir a une épaule déboîtée ! Notre pâte ne lève point ; faut à chaque fournée acheter du levain chez le boulanger, et encore ! Buré ne ferme pas Tœil, il se plaint et sort toutes les nuits. On voit au clair de lune quelqu^un du côté de la barrière, une grande bête noire aussi; et Bas-Rouge, qui était si bon chien de garde, se musse dans la grande au lieu de japper! Et dans les greniers, quelle vie ! Notre blé est trimbalé jusqu'aux râtelières par les gobelins * 1
1. L*aut6ur, préoccupé du soin de décrire la campagne telle qu'elle est, de peindre les paysans tels qu'ils sont, a signalé à plusieurs reprises, au cours de ce récit, la croyance aux êtres intermédiaires. Afin que le lecteur ne le taxe pas de fantaisie, il ju^e utile de rappeler ici qu'aucune opinion n*est plus répandue, qu'aucune tradition n'est plus constante. Et, pour l'établir clairement, il va donner, avec l'étymologie du^ mot employé à cette page, la filiation de la légende. Le mot gobelin (qu'on peut traduire par esprit follet) vient du mot grec cobalos, qui signifiait faune malin. Les Allemands en ont tiré leur Kobold {id est lutin). Apulée en disait : « Ce sont démons (ou, littéralement, esprits de sagesse) du genre animal, âmes passives^ intelligences raisonnables, corps aériens, éternels quant à la durée. » Il y a donc eu chez nous importation mythologique ; mais il faut convenir en môme temps que l'origine druidique préexistait. Gicéron nous apprend en effet que les Druides se préoccupaient fort de la transmigration des i\mes et des secrets de la nature ; Vaudon-
21â LE bERGER
— Hélas, oui ! s'exclame la Sucrine ; celui qui fermerait l'œil chez nous, au jour d'aujourd'hui,
court ajoute que les prêtres gaulois, voués à l'extase et à la contemplatioD, portaient le titre de « semnothées ». Saini Augustin a é'brit sur ce point : « Il existe des démons, nommés duses par les Gaulois, qui, comparables aux sylvains et aux faunes, deviennent amoureux des femmes terrestres. » {Cité de DieUj livre XV, ch. xxiii.)
Vers Tan 1100, les premiers troubadours, notamment Guillaume de Poitou, parlent des fées, dont il n'avait jamais été traité par écrit avant eux, au dire de Sainte-Palaye. Les ancêtres de Mélusine vivaient néanmoins chez le peuple, dans la tradition parlée .
La légende découle encore d'une autre source. On trouve, en effet, dans la Genèse (ch. xi, verset 4} que • les fils du ciel eurent commerce avec les filles de la terre, d'où naquirent les géants». Ces accointances ont continué, suivant Pierre d'Alcantara ; mais le déluge universel ayant modifié les conditions de l'atmosphère, la race des génies a dégénéré conune la nôtre et comme les végétaux, au point de vue physique : d'où, plus de géants. Dans cet ordre d'idées., nos gobelins, qui sont des deux sexes, portent le nom d'incubes et de succubes. Le livre de Tobie enseigne qu'un de ces êtres, appelé Asmodée, fut épris de Sara au point de la rendre six fois veuve le soir même de ses noces, par jalousie. TertuUien, à l'heure où l'Église remplaçait les nymphes par les anges, définit les cobalos « des anges corporels ». Les docteurs expliquent en leur faveur ces mots de l'Évangile selon saint Jean : • J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ». « Ces êtres, dit saint Augustin, sont supérieurs à l'homme, soit parce que leur esprit est plus actif, soit parce que leur vie plus longue leur permet d'apprendre plus de choses. La subtilité de leurs corps les enchaîne moins que nous. Doués de sens infiniment plus délicats, ils peuvent aller jusqu*à la prescience des choses futures. Ce sont animaux éthérés. » {De VEsprit et de VAmet ch. xxxvii.j
aurait une fière chance I On se consume, quoi I A présent que les domestiques sont partis, faut
L*ÊglJse fondit ensemble toutes ces traditions d*origines di- .verses et les éleva à la hauteur d'une croyance religieuse. Saint Jérôme, le premier, raconte que saint Antoine, allant rendre visite à saint Paul, fit rencontre de deux hommes : à savoir un tout petit, ayant croupe et jambes de cheval (n'est-ce pas le centaure?) et un second, plus petit encore que l'autre, ayant front cornu et pied de chèvre (n'est-ce pas le satyre?) . Tous deux dirent au bienheureux : « Je suis mortel, habitant du désert; mon peuple adore Dieu comme le tien. « Voilà bien la mythologie christianisée, ainsi que dans ce fait, cité par Baronlus, de voix d'invisibles criant après le crucifiement do Jésus-Christ : « Le grand Pan est mort! »
Aucun théologien n'a confondu les gobelins, incubes ni succubes, avec les diables. Le P.SiniBtrari a expliqué pourquoi dans sa Démonialité : « Ces êtres, dit-il, dénommés en italien folettii en espagnol duendes, en français esprits, n'ont rien de commun avec le diable, puisque les exorcismes ne produisent sur eux aucun effet et qu'ils n'en ont même pas peur. » Les conciles s'en occupèrent.* Celui de Nicée adopta la proposition suivante de Jean de Thessalonique : « A l'égard d'iceux, l'avis réel de l'Église est que ce sont des Intelligences non dépourvues de corps ni insensibles; elle leur reconnaît, au contraire, un corps subtil, de la nature de l'air ou du feu. Ils diffèrent de nous surtout en ce que les- quatre éléments n'enirent pas dans leur composition. » Il convient d'ajouter que le concile de Latran déclara exactement le contraire ; mais, à vrai dire, la matière prétait aux controverses ; et, dans tout les cas, cette discussion théologique sur la vraie nature des gobelins était une affirmation générale de leur existence. Molina, dans son commentaire de saint Thomas, a réuni en faisceau les opinions d'une foule de docteurs pour justifier « la corporéité des esprits de l'air. » Scott est allé jusqu'à assurer que « les corps de cette espèce sont assez fluides pour qu'ils puissent s'insinuer par les pores dans la pierre, ou se resserrer
que je me démène tout mon saoul ! Et ça s'acharae sur moi, si tu savais!...
— Non, non ; vous êtes des maldisantes ! Mon pauvre grand-père a été droit en paradis ; bien sûr qu'il n'en redescend pas pour faire le train chez vous autres !
La fermière, le visage assombri, se croise le& bras :
— Comme ça, tu crois qu'on invente ? Ah ! si tu voyais mon homme, à demi mort tel qu'il est, tu changerais de chanson !
L'enfant de la RonccrFleurie se sent remuée par cette voix lugubre. Assurément sa tante n'en
en si petit espace quMl leur plaît. » Cuaccius (Comp, malef., fol. 127) connaît mieux encore nos follets : « Il y a des' esprits ou lutins ignés, aériens, aqueux, flegmatiques, terrestres, et même d'autres qui sont soutetrains^ » « L'apparition de ces derniers (les Ténébrions) est, dit Agricola, fréquente dans les mines métalliques. •
De quoi vivent les gobelins, nos voisins fluides? • Vivant autour de nous, capables d*aimer nos femmes, écrit Sinistrari, voir même nos juments... Leur nourriture ne doit pas être grossière comme celle qu*exige le corps humain, mais une substance délicate et vaporeuse, telle que le fumet des viandes, la vapeur do vin et des fleurs, les sucs dont l'air est imprégné. »
Qu'en conclure? Rien. L'auteur ns songe pas à entrer en scène par une dissertation. Un coin du tableau pouvait paraître obscur; il a pris à tâche de l'éclairer; voilà tout. Et, sans autre visée, il retourne à ses moutons.
impose pas : il arrive des choses graves à la Jamette.
— Vois-tu, gémit la grosse Aimée, je suis bien malheureuse I Papa est souventes fois tout égaré. Use parle à lui-même, ramasse un scion, et, sans savoir ce qu'il fait, tape sur moi à tour de bras. Et j'ai de la peine, va, à traire mes vaches.,. Tu sais, la blonde, qui a une lune au milieu du front? Eh ben, une couleuvre est amoureuse d'elle ! Quand je vais dans l'étable, la maudite bêle est roulée au ras du pis, et tette. Une couleuvre bleue et verte, toute marbrée avec des taches brunes, plus longue que mes deux bras tendus ! Je n'ose la tuer, die je coule sous la litière; dès que je me suis ensauvée, elle revient... La blonde est maigre comme un clou.
— Et moi, ajoute gravement la mère, pas plus tard que ce matin, quand j'ai ouvert la lavanderie, j'ai trouvé mon rouet et mon dévidoir cassés en cinq morceaux.
— Mais... c'est donc un sort?
— Sans doute ; mais est-ce qu'on peut savoir au juste? Ah ! ma pauvre cousine, ma pauvre cousine !
Louise se souvient que ces femmes n'ont jamais
eu pitié d'elle; que tout à l'heure encore elles l'ont trouvée en larmes, sans même y prendre garde; et qu'elles la caressent, à l'instant présent, non par amitié, mais par peur. Son chagrin secret lui remonte du cœur aux lèvres et la rend cruelle.
— Eh! que venez- vous quérir près de moi?
Avez- vous rendu mon père-grand si heureux, pour avoir la conscience tranquille? Et toi. Aimée, quand je te laissais si bien vivre à ta guise, ne nr as-tu pas volé mon bonheur?... S'il y a chez vous du grabuge, à celte heure, je n'y peux rien.
Elles se mettent à pleurer. Louise a honte de sa dureté.
— Dites des chapelets, le soir, à haute voix. C'est ça qui chasse l'esprit malin.
— Crois-tu que nous ne l'avons pas essayé?
Mais on marche dans la cour, durant les prières.
— J'ai entendu dire qu'alors le meilleur est de jeter de l'eau bénite sur tous les murs.
— Nous en avons répandu depuis la chambre jusqu'à l'écurie, sur- les lits comme sur les mangeoires... Et de la meilleure encore! celle du samedi saint, dans laquelle avait coulé la cire du cierge pascal ; et celle de la Pentecôte, puisée dans une bouteille neuve avant que personne ait
touché les fonds. Tout cela ne fait rien, rieni
— Sache-le, Louise, nous ne pourrons être délivrés que par Fonde Fleuse.
— Il est si savant sur ces articles-là, le berger I
— Parle-Jui en secret. Si tu le décides à venir, il conjurera le sort avec ses herbes *.
— Je ne peux pas demander ça au père André.
Je ne peux même pas lui parler, car il ne rentre
1 . Même note que pour les Gobelins. On croit dans nos campagnes, on a toujours cru, on a cru partout à la vertu magique des plantes. L'Ancien Testament recommandait spécialement, pour opérer le charme : « la rue, la verveine, le mille-pertuis, la germandrée et la centaurée. » On lit au Canon XXVI (7, cap. fin.) : « A celui qui sou-tient Tassant des démons, il est permis de faire usage des herbes. » Hérodote constate l'existence de cette croyance chez les Scythes. L'auteur a cité plus haut (l^* partie) rËglogue VIII de Virgile sur la science de Mœris en cette matière. Théocrite, dans son idylle de la Magicienne f dit textuellement : « Thestylis, prends ces sucs d'herbes ; répands-les sur le seuil de la porte du perfide, crache et dis les mots. » La Médée d'Ovide s'écrie (HétamorphoseSt livre Vil) : « nuit fidèle... mots puissants. . . Terre qui fournis des herbes pleines de force... paraisseï ! »
On remplirait une page de citations de môme nature. L'auteur n'a pas à rechercher si ces croyances universelles sont le souvenir inconscient d'une science perdue ou la révélation intuitive d'une science à naître. Une fois sur cette route, il faudrait en venir à poser la question suivante \ Le surnaturel n'est-il pas tout simplement l'ensemble des phénomènes naturels non encore découverts ou retrouvés par la science moderne? Et de là à définir nettement la portée du mot superstition, il n'y aurait qu'un pas. Or ceci n'est point du domaine de l'artiste, qui cherche à reproduire des effets sans remonter aux causes.
216 L£ BCRGIA
plus au Puits, ipainA* aijisi dire. U couebe sur les fridies et a bien assez d 'occiqp&ti^^ii peinr sa part. Il est venu un kmp du kaut pays, qui rode autour de ses f>uailles. L'oncile legveUejour et nuit et fait l'affût, ie ne sesraits pas hi^i ij«nue de le déranger dans un moment pareil. Quafnd il
rentrera après sa raodofinée, je vouis promets de ïxn parler de vos affaitres^ maÎBpafi^vant.
— C'est bon, répond Aimée ; tu es une mauvaise parente, tu nous délaisses en notre misère ; je nous vengerons.
— Va, va, tu sais que je ne suis pas une fausse. Agis à ton idée envers moi : il ne ie reste plus de mal à me faire.