FÏLLE DE LANGE ENVOLK AU CIEL, LE CROISÉ
Dans une aiide vallée, enlourée de f'oiêls séculaires, de sites sauvages, apparaît un gigantesque rocher sur la cime duquel on voit un château, encore debout, de forme carrée. Hanqué de qualie grosses tours, détendu par un fossé pro'.bnd taillé dans le roc vif; sur les
versanis se déploient superposés les uns audessus des aulres, des maisons, des édifices, des clochers aux llèclies algues : c'est le cliâleau-fort construit par Guillaume Taivas I", en roi I ; c'est la ville de Domfront, jadis enceinte de murailles de trente pieds de haut, protégées par vingl-quatre tours couronnées de parapets fermés par quatre portes en fer couvertes de bastions; alors une place forte de premier ortlre , aujourd'hui une ville aux jues tortueuses, escarpées, tristes, ayant conservé sa physionomie primitive.
Sa cathédrale , Nolre-Dame-sur-Eau , renferme un magnifique tombeau parfaitement conservé, dont l'exécution et la richesse des dé lails font l'admiration des connaisseuis : c'est le tombeau du chef de la puissante maison de Heilesme, Guillaume Tahas 1", moi t en io3o. Il est représenté de grandeur naturelle^ cou-
ché, vêtu de sa coite de mailles, la main droite sur la garde de sa longue épée, sa tète lepos^ sur un oreiller à glands, ses pieds sont appuyés sur un lion.
(lonsidéré de la plaine, l'aspect de ce rocher qui s'élève audacieusement , revêtu de massives constiuctions enroulées à ses flancs comme des lieries, a quelque chose de vraiment prestigieux !
(l'est dans ta sombre forteresse qui le suriMoute que s'écoula solitaire, sérieuse, déshéritée des douces habitudes de la famille, l'enlance de Mabille, rapporte la curieuse chronique.
« Après le meurtre de sa Femme, Talvasle Farouche envoya ses deux jeunes enfants, Al noul et Mabille, accompagnés du vénérable l%es, au chàteau-fort de Domfront.
« Ives les avait vus naître; il était le cha-
pclaiii (le rinfbrlunce ^rnuplie , et j)ai' respect et amour pour la mémoire de la sainte* martyre, il avait accepté de son meurtrier le pieuK lot d'iustiuire ses orphelins.
<( Mabille surtout, toute mi^^nonne et délicate eniant, était l'objet Je la prédilection du ricillard. Elle avait le doux et pâle visage de sa mère, ses yeux couleur de l'azur du fumument, ses clieveux dorés comme les épis des champs en août; enfin, elle était le portrait le plus ressemblant de la Vierije représentée dans le grand tableau qui orne le maitrc-autel de Notre-Dame su f-Eau , et aux pieds de la(juelle tant de fois la malheureuse Arnuplie avait prié et pleuré!
« Le commandement du château et de I;> ville était confié à Olivier-^ras-rf^-fVr, iiuer rier fameux, jadis écuyer de Guillaume I '. et qui avait vieilli au service de la fainillc.
f !.es premières années des enfants s'écoulèrent en la seule compagnie du cbapelain et de récuyer. Les doc' es et pieux enseignements d'Ives leur étaient communs aussi bien que les leçons d'Olivier dans le maniement des armes et les exercices du cheval leur étaient communes. En ce temps de troubles perpétuels , il n'était pas d'usage que les femmes fussent craintives de peu , choyées dans les habitudes privées, et mollement bercées dans le repos. Alors, il n'était pas une dame châtelaine qui, au moins une fois en sa vie, n'ait eu à défendre ses domaines contre les entreprises des partis.
' ' « Cependant, Ives n'approuvait pas qu'une demoiselle s'escrimât à l'épée, tirât l'arcjuehuse, domptât un cheval pareillement au plus liardi chevalier. Mais le jeu plaisait à la jeune fille, dont la volonté, qui ne ploya oncques
devant celle d'autrui , dominait déjà tout ce qui l'entourait. Dans ÎMabille se développaient dès-lors les instincts et les aptitudes qui la classèrent à part de toutes les autres femmes, et le faible vieillard, subjugué, ne trouvait ni le courage de résister à l'enfant qu'il chérissait , ni de lutter contre son despotisme. <( Nul au monde, disent ses contemporains , n'a jamais su se soustraire à V ascendant merveilleux qu'exerçait Mabille par ses grâces et sèduclions singulières, non plus que oser braver en face sa colère. »
.^.,j(( D'aiilleurs ce caractère de bronze plaisait a Ta\\ùs-le-Farouche , qui se reconnaissait en sa Hlle. Lorsqu'il la venait visiter, il la glori liait hautement de ses goûts et récréations singulières, et disait : « La lance est mieux que La quenouille aux mains des femmes de sa maison ! »
« IjC temps avait marché. Aruoiil , âgé de quinze ans, quitta Domfront pour aller guerroyer avec son père contre le duc d'Anjou. Le séjour de la forteresse devint bien triste pour Mabille, d'une année plus jeune que son frère, ce seul compagnon de sa jeunesse, sans joie ni plaisirs aucuns, ives obtint de Talvas de la conduire dans le Sonnois, beau et plaisant pays. Ils s'en furent au château de Ferrai, enlevé jadis par Guillaume V^ à Herbert- Eveille-Chten , comte du Mans.
« Elle y fut visitée par la dame du Tilly , parente de sa mère. On croit que le but secret de la dame avait été d'opérer un raccommodement entre ces deux puissantes maisons depuis longtemps en guejre, au moyen d'une alliance entie Mabille et le petit-fils d'Herbert; toujours est-il au moins que, sous ses auspices, un jeune seigneur fut admis au
cluileau, qu'il s'éprit pour Mabille d'une violente passion , et que lui ayant déclaré son grand amour et ses vœux, la fière jeune fill^ 'lépondit : « Ae veux cire la femme que d'iui (ju^rrier fameux, dont l'épine soit redoutée à tèqal de l'êpèe de» Talvas ! »
« Et moins d'un mois après, un chevalier portant sur la poitrine le signe du croisé, armé et é(juipé en guerre de pied en cap . suivi d'une troupe brillante et nombreuse d'éc.iyers et d'hommes d'armes, s'arrêta quel- (|ues heures au château de Perrai , d'où ils partirent incontinent pour la Palestine. >»
Au prochain courrier, la fin de l'histoire de Mabille, et quelle triste fin, bon Dieu!
cm PI IRE \.
MÔNTGOMMERY. M A.BILLE-IA-V VILLVNTE , Ll