‹ Le berger roiChapitre 10 sur 18 · CHAPITRE MB · texte numérisé non relu

CHAPITRE MB

nrs COMR/Vis dv gkaints.

Dans celle épouvantable lutte, qu'éternisait refTrayanle disproportion qui existait entre les forces de l'insurrection et les forces ottomanes, cViaque journée était marquée du côté des insurgés par des miracles de constance et (l'un dévouement inoui.

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Ah' «juaiii.1 le cœiii arme le bras, une nation est invincible! LesServiens l'ont prouvé: Kragujevaz, ce point si impoilanl dansTensernble des opérations de TariTiée insurrectionnelle, enlevé depuis peu à la domination turque , est de nouveau menacé. Va\ attendant Milosch, qui accouit à marches forcées, les habitants , au nomi)re de deux mille environ, se portent à une lieue pour couvrir la ville, s'emparent du défilé, encaissé de chaque côté par des talus à pic , que doivent franchir les assiégeants, s'y entassent, et là, quatre heures durant . d'abord assaillis par les hommes qui ne [)euvent les faire plier, ensuite broyés par la mitraille (jue vomissent les canons amenés à l'entrée i!e la gorge pour les réduire, pour forcer le passage, ils résistent... Le carnaçrc est effroyable dans cet espace ress^^rri'.. Kt en se faisant à mesure

un reiupai'l tirs cailaMcs amotut.-h's de leurs frères, ils rt'sisleiU toujours, loujours , au\ crisfréi)éti(juemenl poussés : Pairie et Uhcrd'!!!

(Cependant Miloscli , que l'ennemi eioil bien loiji , est arrivé. Son patti est hienlôl pris : il lournera la plaine de Kragiijeva/ où se déploie Tarmée tuique forte de douze mille honnmes , et tombera à l'improNiste sni' ses derrières ; des six mille bommes qu'il a amenés , cinq mille soutiendront avec lui l'attaque , mille resteront à l'enti ée du défilé pour soutenir lems braves compagnons, s'ils reculent enfin !

<( Va Miloscli... et que le Christ soit avec nous! )) dit Lioubitza, qui, pendant toute la durée de cette guerre terrible, ne (piitta jamais les champs de bataille. « Moi, ajoutet-elle avec le ton de la résolution et de la confiance; njoi , je reste ici pour marcher

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avec nos frères à Ion aide par le (it'filf^ (jue lu vas dégager »

En effet, les Turcs, vigoureusement al latines par la pelile ai niée de Miloscli , font vohe-face , pour repousser les assaillants. Bienlùl la voix du canon change de direction... la sortie du défdé sur la |)Iaine est devenue possible... « Frères, crie Lioubilza aux hommes qui sont dedans , en avant! en en avant ! » Et se précipitant à la tète des siens sur leuis j)as , franchit, à travers les morts et le sang, le passage, débouche dans la plaine, et tombe sur les Turcs, qui se trouvent aiiisi entre deux feux.

L'utile diversion opérée par la courageuse femme , balance les chances du succès pour ces intrépides bataillons qui combattent avec l'exaltation du désespoir! Enfin, après six heures encore i\'un condîal acharné , les

Turcs, las de IVappcr sans pouvoir vaincre, battent en retraite : deux mille des leuis sont étendus sur le terrain; un clief, au nombre des prisonniers, et deux étendarls enlevés sont les trophées des vainqueurs.

Des cris de joie délirants, des bénédictions saluèrent leur retour dans Kragujevaz délivrée, où, à l'exception des femmes et des enfants , tous les habitants se trouvaient au nombre des combattants!

Cette guerre, dans laquelle le divan avait cru avoir raison, sans coup férir, de quelques centaines d'esclaves serbes rcvollés, disait-il dans ses proclamations menaçantes aux chrétientés sOuïiiises de la Bulgarie, qui tournaient leurs regards impatients vers la Servie. . . , cette guerre cependant se prolongeait au-delà de toutes les prévisions. Mahmoud , exaspéré par celle longue el opiniâtre résistance, dans latpielle

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«taient diM imt'S ses riu'illoLirs soldais, résoliil d'en finir en renlorcanl encore l'armée expéditionnaire, el vin<;l nnlie lionniies de troupes fraiclies furent envoyés à Kourscbid , avec l'ordie d'aL^ur avec vii;ueui .

Ainsi à la fameuse bataille d(^ Passorovit/, les Tuics déployèrent en ligne toutes leurs forces réunies , montant à près de soixante millo hommes , contre les bataillons servieus , réunissant à peine dix-huit mille combattants serrés autour des bannières de la liberté

Les Turcs, fiers de leurs formidables forces en rcLjard de la défense, attaquent avec impétuosité : cbefs et soldats des deu\ camps ont la conscience <\ue l'affaire de Passoiovilz est décisive... des deux côtés le combat s'engage avec furie.

Âpiès les plu.s héroïques elforts, il ariive ,un tutuiveni ou l»'S inailicureux Sn viens, «.mi-

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veloppés de toutes paris, écrasés par le nombre, plient enfin devant la mitraille ennemie, et se débandent...

Milosch s'élance vers les fuyards , en leur criant : « Où allez-vous donc! malheureux? Voulez-vous que les femmes vous couvrent avec leurs tabliers!... C'est là ( montiant la ville) que sont vos enfants, que sont vos maisons, votre seul asile; vous n'en avez plus d'autre! y rentrerez- vous en esclaves!!! »

Et en même temps, Lioubitza arrache de la main d'un homme qui fuit, un étendart, met son cheval ventre à terre, dépasse les colonnes épouvantées, les repousse devant elle, en agitant le drapeau sur lequel sont inscrits ces mots magiques : Patrie, Liberté, et, avec une indicible énergie, leur crie : « Frères! face aux Turcs!... Avec la victoire, est la liberté! Mpïès la défaite, l'esclavage nous attend!. .. )»

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(]e patiioli<|Lic' cl biùlanl a|>[>el , cm se ivsumeiil avec une adiiiirablc concision les destinées de la patrie , tant de misères pour chacun aussi... est entendu. Le cri de rallienient : Aux Turcs ! aux Turcs ! sort de toutes les j)oitrines. Ces hommes de fer, un instant démoralisés, reforment impétueusement leurs rangs, se ruent avec raj^e sur l'ennemi, et encore une fois relèvent la victoire!

Dans ces combats de géants , Milosch déploya les plus hautes capacités comme homme de guerre : ce n'étaient pas les aventureuses intrépidités de Kara-Georges, c'étaient le courage à froid , la prudence la plus consommée (jiii dirigeaient toutes les manœuvres du chef des insurgés. Mais ce qui, autant que ses victoires , servit la ijelle cause qu'il soutenait, c'est que, dans ces guerres au\ implacables rcpK'sailles, Vesclave rrvollr, j)ai sa modéra-

lion el sa magiianiniilt,, sul se ciocr, mèiiK; paniii les chefs ennemis, de nombreux partisans. Tandis (jue les Turcs égorgeaient sans miséricorde jusqu'à ce que leurs bras fussent las de frapper, Milosch, en homme habile, se contentait d'exiger des prisonniers le serment de ne plus servir contre les Serviens, et il les renvoyait sans rançon.

Quand ses soldats furieux refusaient quartier sur le champ de bataille après la victoire : « Arrêtez, frères! leur criait-il; soyez miséricordieux, au nom du ciel! c'est trop de sang, c'est un crime devant Dieu 1 n 11 faisait panser les blessés qu'il avait arrachés à la mort, et lenvoyait les femmes à l'ennemi, après les avoir fait respecter. Celte générosité soutenue lui conciliait le respect des siens, comme elle excitait l'admiration des Ottomans, que ses talents el sa bra\oure bi'iilanlo cie\aienl finir [)ar expulser du sol d< la pairie^ !

lîl aussi, il y avait une haule pensée pulilique dans ceUe manière d'agir : le sang servien n'élait pas inépuisable, ces luttes horriblement inégales ne pouvaient s'élerniser; il fallait aiiiver à obtenir un accommodement cpii permît enfin à la nalion de se re{)Oser , de recueillir le prix de tant de sublimes sacrifices; mais il était impossible à la Servie révoltée de mendier la paix...

Ainsi cette clémence, qui pouvait être considérée comme une action chrétienne vis-à-vis des féroces ennemis des Serviens , était profondément calculée..., et c'est à la conduite digne et mesurée de son chef, à la confiance personnelle, à l'estime qu'il inspira aux Turcs par son inviolable fidélité à sa parole, que la Servie a dû de voir son indépendance reconnue pai- la Poi le.

■\ la suite ciimc hnfaiile ou l'arrr»» r tuusul-

luane lïil evUnniiua:, le Jcnibl'. Mi, un ili-i premiers lieulenanls c!e Koursehid-Pacba, el remiemi le plus acharné de ?,iiloscli, lut (ail prisonnier par les Seiviens : il esl amené devant Miloscli, (pii loiil d'abord lui fait rendre ses armes : « Ali, lui dit-il, ta vie est entre mes mains... donne-moi la parole de ne plus servir conUc mes frères, et tu es libre. >» Ali donna la parole exigée.

« \ présent , reprend Miloscb , si tu as soif de mon sang , Ali , recbercbes-moi sur le cbamp de bataille, mais moi, moi seul, enlends-tu? » et il renvoya son prisonnier sans

rançon.

Cette noble action fut compiise par Alu Arrivé auprès de Kourschid, il usa de toute son influence pour \c décider à entrer en négociation avec le clief des insurgés, en faisanl valoir avec ;ulrc'ssc 1<hU<'S les consid' rations.

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(|ui tlevaienl engager à liaJei'. Ix- niumeui était favorable : Konrschid , écrasé à plusieurs reprises par les Serviens , ne pouvait continuer à tenir la campagne sans demander de nouveaux secours à Constanlinople ; il se décida à entrer en pourparlers de paix, el chargea Ali de pioposer au cliefservien de venir dans le camp ottoman, pour s'entendre sur les bases de la pacification. Une trêve fut consentie des deux côtés.

Milosch n'hésita pas... non que sa finesse naturelle lui fit défaut et qu'il ne comprit parfaitement la généreuse témérité de cette démarche. « Mais, répondit-il à ceux cpii redoutaient de le voir s'exposer ainsi, est-ce que je ne mets pas tous les jouis ma tête en enjeu dans notre cause? ma vie est entre les mains de Dieu ! »

Kf)'.nsci)id tenait co'iseil avec ses priuci-

j)aii\ officiers an moment où Ton annonça Milosrli , arrivé sans gaide , sans aucune escorte au camp : une détestable pensée se fait jour clans lame du pacha... il la communi(jue au conseil : « Nous tenons en notre pouvoir, dit-il, le redoutable chef des Serviens; abattons le monstre de l'insurrection en abattant la tête de Milosh..., et envoyons ce magnifique trophée au sultan. >•

Cette proposition trouve des partisans dans le conseil. Mais Ali, qui doit la vie à la générosité de son ennemi, Ali se lève, grand, imposant; il proteste d'un ton foudroyant : que tant fpi'il aura mille hommes sous ses ordres et une goutte de sang dans les veines, il ne souffrira pas qu'on viole lâchement la parole donnée à Milosch. Il dit : « Que ceux qui se rendraient coupables d'une si exécrable tiahison couvriraient à jamais de honte le nom

luiisulniai). — .Mahmoiitl ! ajoute-l-il cumnir moyen irrésistible de persuasion, iiohe glorieux sultan, lenieiait cet infâme trophée !!! »

L'opinion d'Ali a piévalu. Il est cliarj^é d'introduire le cliefdes Serviens dans la lente de Kcnirscliid. Mais la confiance de l'honnéle homme est ébranlée... Il se rend aussitôt auprès de Miloscb, le leconduit aux derniers postes du camp, et en se séparani de lui, il lui dit : « Adieu, Miloscli , tu m'as sauvé la vie une fois , je te le rends , nous voici quittes : va, et à l'avenir ne te fie plus à personne, pas même à moi ! »

Feu de temps après, la paix, ce bienfait mespéré pour la Servie, fut conclue. Si elle ne consaciait pas encore entièrement l'indépendance des Serviens, elle admettait le fait de leur occupation du j)ays et le droit de se faire i égir par des chefs pris dans leur propre

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svni. Milosch (Mail reconuti comme Ir^ cliel mililaiie de la nalion.

Il avail rendu une pairie à ses concitoyens, il lui leslail à lenr donner une oi'^anisalion el tirs lois qui assurassent leur émancipation morale. C'était la seconde partie de sa belle mission, et maintenant, nous allons suivre dans îa nouvelle et glissante route au bout de lacpielle il doit trouver un trône, l'homme du peuple, qui devient aussi nalurellement , de soldat, grand législateur, qu'il est devenu, de berger, chef d'armée.

(:ii4i>riiii: xiii*

rK WASHINGTON DT. L OIUENT.

Kiifin la Servie ;\ posr les ;ntues. Si les conditions du Irailé de la paix qu'elle a conquise ne constituent pas encore l'indépendance de son territoire, elles font cesser du moins l'oppression de la conquête, et au des-

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potisme du sabie, elles siibstilueDl un ordre de choses modéré el légal.

Milosch investi, de (ait, de la dictature militaire, pénétré de la grandeur de sa mission, apte à la remplir dignement, environné de la conHance générale, était peut-être le seul homme capable de gou\erncr la Servie, de faire respecter sa lévohilion , et de la régulariser au profit du peuple.

Depuis 1817, qu'il avait été leconnu pour clief par tous les Knèses , Miloscli projetait d'opérer les améliorations compatibles avec l'état social de la Servie ; mais obligé de tenir la nation sans cesse les armes à la main, il n'avait pu encore lui donner une organisation régulière. Ma ntenant , le liaitc conclu avec la Poile lui permettait de s'occuper de l'administration intérieure du pays. Il ne voulait pas gouverner d'après les

en-eiiieiils àc justice cxprditive des Turcs, m nuMiie tlt' Kara-(Teoiges , (ioul le taractère iiascible el al)solu , S()iiHVail iiiipaliemment loule enhave à son autorilé. Rara-Georges avait les aptitudes et rinstincl du pouvoiimilitaire; Milosch, aussi habile sous ce rapport, possède, lui, à un liaut degié, l'intelligence du gouvernement , et a mieux compris les conditions vraies de la nationalité servienne.

L'organisation matérielle de la Servie devait être avant tout essentiellement militaire. On le sent; la paix dont jouissait la Servie ne pouvait jamais être ((u'une paix armée, tant que les Turcs occuperaient les places fortes des bords du Danube... Rester en pleine sécurité eut été une liante imprudence; de l'attitude imposante de la nation seivienne dépendait la fidélité de la Porte à l'exécution

du Irailé consenti. Miloscli, avec la sa^acile qui le distingue , conij)iit parfaitement le provisoire de la situation! mais, trop liabile pour communiquer ses craintes, qui eussent jeté l'hésitation et la tiédeur parloul, il procéda dans toutes les mesures qu'il prit avec un aplomb et une assurance qui établirent la confiance dans toutes les classes.

Le pays fut divisé en douze distiicls; plub tard, on en a foimé dix-sept, je ciois. Les woivodes, ou chefs militaires de ces districts, furent alors rétablis comme du temps de Kara-Georges; il n'en pouvait être autrement d'abord; mais Milosch, que rex})érience avait éclairé , renferma leurs pouvoirs dans des bornes plus étroites.

Il reconstruisit le sénal ; el si, coiume on va le voir, la conij)()Sihon de ce coips trompa les g<»néreuhcs uitenlions de Milosch, au m'')nis

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est-il vrai de dire , que ee lui spoulaiiémeiit qu'il rétablit ce contiepoids à l'auloiité suprême du souverain. 11 serait de la plus insigne mauvaise foi de le njéconnaitre. Aujourd'hui, il est facile de ciier à l'aibilraiie , en vertu du droit qu'a bien voulu dounei l'homme qu'on voulait trouver coupable; mais alors personne ne s'en fut avisé! Le chei heureux et adoré de l'armée servienne pouvait faire tout ce qu'il eût voulu faire!

Les précédents du sénat, sous Kara-Georges, n'auraient-ils pas merveilleusement justifié Milosch, s'il avait voulu se passer de ce contrôle à son autoiité? Âurait-ce été le peuple c{ui en eût murmuré, lui (|ui venait, comme il ariive toujours, de payer si cher les mesquines ambitions, les misérables querelles, l'incurie complète de ses soi-disant représentants' Àurait-ce été, par hasard, la iurcpiie,

qui se serait opposée à l'exercice d'un pouvoir despotique en Servie?

La Russie peut-être pouvait regretter la perte de ce pouvoir^ rival de celui du populaire chef des Serviens, elle avait bien ses raisons pour cela! Mais Miloscli n'avait pas besoin alors de l'approbation de la Russie, les choses n'en étaient pas encore arrivées à ce point, que son sort dut dépendre de sa soumission à exécuter les arrêts de la diplomatie russe 1

Et par toutes ces raisons, on le voit, il est impossible de nier que le bienfait du régime représentatif établi en Servie est dû à Miloscli, aussi bien qu'aujourd liui il y a une injustice révoltante à l'accuser d'avoir voulu vilainement reprendre à la nation ce qu il lui avait noblement donne.

Mais \oici ce rpii parle plus liant el mieux

que les récriminations et les accusations des feuilles allemandes, et qu'il eût été équitable de mentionner aussi en son temps : c'est faire l'office du démon, de ne {)roclanier jamais que le mal !

Disons, nous, que le premiei- soin de \Iilosch fut de s'occuper sans relâche de rétablissement de l'administration intérieure. Klle reçut une saj^e et paternelle organisation. Dans chaque district, dans chaque ville, el jusque dans les plus petits^ villages , l'administration de détail fut confiée aux kmêles ou anciens , à la tête desquels était placé un knèses , dont les fonctions équivalent à celles de nos maires. Chaque district avait en outre un hasclinès , sorte de préfet, (jui devait correspondre avec le gouvernement, et desquels Milosch s'était réservé la nonjinalion.

I rente années de guerres, d exactions de

loijs 1,'enies avaient poilu îiii coiij) lalal à 1 agriculture; il encouragea les progrès de cette première source du bien-ctre des masses, de la prospérité des étals , cfi atlraci lissant les cultivateuis d'une foule d'impôts qui pesaient sui' eux. Et, aux hommes pourvus de bons emplois, qui clierchaienl à lui persuadei qu à raison de ces dégrèvements , on ne pourrait jamais arriver à subvenir aux dépenses du gouvernement , il répondait : « ^ous ferons petit, nous autres; c'est à nous, à force d'économie, à indemniser le trésor public de l'impôt qui pesait sur les laboureurs. »

Il abolit les corvées, excepté pour les travaux d'utilité générale. Dans ce cas, il faisait payer exactement la journée aux travailleurs.

Il assigna au clergé des honoraires qui pussent le faire exister conxpnabiemeiit ; fou-

telois , sans lui perinellre d'exercer une aulorité prépondérante dans le temporel.

Au moyen d'un tribut fixe payé annuellement au sultan, il obtint Tabolition des dîmes et autres redevances que les officiers turcs prélevaient sui- le peuple d'une manière vexatoire, et il l'en décbargea entièrement.

Sans cesse occupé d'améliorer la position des classes pauvres et de les aider, il leur taisait donner aux frais de l'état sur le rapport du knèse , des instruments aratoires ou des bestiaux ; il n'épargnait ni ses peines, ni ses soins pour cicatriser, autant ipi'il était en lui, les plaies encore saignantes des dernières guéries !

Le siège du gouvernement était établi à Kragujevaz. Deux lois par an , Miloscli parcourait les villes, les villages et les hameaux, senquérant de tout, écoutant foutes les ré-

claiîialioiis , «l laisaDl clioil , sin- riieiire, à celles qui étaient justifiées à ses yeux : « Je suis du peuple, moi, disait-il; j'ai soufTert de ses misères , el je sais (juand il a tort ou (juaiul il a raison. «

Mais après avoir constitué matériellement la nalion, il restait à riiomine d'élat à giandes vues une tàclic bien autrement difficile à accomplir! 11 fallait, par les l)ienfaits de l'instruction, arriver à opéiet- la régénération intellectuelle de ce peuple, hier esclave, et sans lacpielle le législateur sentait qu'il ne bâtirait que sur ini sable mouvant!

« Les (iri'c.<i, a dit Chateaubriand avec cette <( manière qui n'appartient qu'à lui, les Grecs « se sont refaits nation par leur valeur ; lapoli- K tique n'a pas voulu rcronnaitre leur légitimité; « )7.s en ont appelé à la fjloire. »

la nalion serxiennc aussi en a apj)elé à la

gloire!... la i^loiie a lépoiuUi à ce noble appel. Mais la i^loiie ne suffit pas à régénérer, à ressusciter une nation qui a dormi pendant des siècles dans l'esclavage; vaste et profond tombeau <jui engloutit tout! tout, jusqu'au génie, jusqu'à l'intelligence d'im peuple, jusqu'à sa dignité, jusqu'à la conscience de sa valeur personnelle. Les victoires déblaient le sol de ses persécuteurs , la liberté et la paix y iinpianlent des institutions durables 1

Et voilà ce cjuc conq)rit admirablement Miloscb. Ennemi des ibéories , appréciant avant tout les réalités sociales, il marcha d'un pas ferme dans la voie de toutes les améliorations positives. Il voulait l'éducation progressive de la nation par l'éducation des enfants, et il n'a pas cessé de travailler à rendre tous ses concitoyens aptes à concouiir un

)-;)Ui' ;iii\ iirif's (joi <lî'\;«i('iil ;»ssm<M- Icui cxis- Icnce politique.

« La nation . disait-il , tst une ^laiule lainille dont cl)a({ne ineinbro doit étie aj»j)elé n comprendre les inléièls, l'amélioration morale et la prospérité matérielle; il faut bien que le peuple connaisse ses devoirs, pour qu'il sache ce que le pouvoii- est en dioil d'exiger de lui 1 Sa soumission doit être la conséquence du raisomiemenf , et non pas celle de Val)iu(issniiP)il. »

L'exécution de ces hautes et libérales pensées, l'application constante de ce beau moyen gouvernemental îie constitueraient-elles pas tout le fond du procès intenté au prince Milosch?... ne serait-ce pas là un de ses crimes, \€ seul [)eut-étre qui lui ait attiié les colères de certaines puissances?... Il serait au moins plus rationnel de le supposer, qjie d'admettre,

eu regard (le ces aeîes du liljéialisiuc le [jIum vrai, le plus éclairé, Texislence des complois iibcrticides, altribiiés à jMiloscl», en i83r)!

Poursuivons... c'est en accumulant pieuves sui- preuves que nous devons convaincre : ne faul-il pas que les petils aient cent fois raison , pour prouver qu'ils n'ont pas loil '...

Et puis encore , le chef de la Servie se rappelant les impressions, les mélancoliques jouissances, les rêveries belliqueuses du petit pâtre , se souvint que ce fut dans les vieilles traditions du glorieux passé de la patrie , dans ses vieux clianls nationaux que s inspira l'ardent patriotisme du citoyen! et, dans les liistes et doux souvenirs de son enfance, puisant une noble idée, Miloscli lit recueillir sous ses yeux toutes ces vieilles traditions, écrire tous les \ieux chants naîionaux, (|ui, jusqu'alors, ne vivaient <[ue drins

la ni('iU()ire dti ptuiplc; il clioisil ceux (|tii céléhroient les hauts faits d'armes el les vertus civi(|iies des anciens luros de la Servie, en (il l'aire un corps d'ouvrage, et ordonna ([ne Irs premières leçons lussent données aux enlants dans ce livre, afin qu'un cai'actère inelTacable de patriotisme fût imprimé , dès l'abord , à l'éducation publique. Partout des écoles gratuites furent instituées, et l'instruction répandue jusque dans les plus petits villages.

Milosch donna l'oidre qu'on s'occupât , dans le plus bref délai , de la composition des ouvrages élémentaires propres à l'instrucction, et, pour la première fois, il v eut une grammaire et un dictionnaire en langue servienne. (-es livres ont été publiés par M. W'ulk Siéplianowisch : les deux volumes, sous le litre lie Danitza des délicieuses ballades populaires de la Servie, traduites aussitôt en

alleiiiand , oblimenl un succès d'eulliousiasmc; les journaux de Vienne, par roii^ane des hommes les plus distingués dans la littérature slave, signalèrent l'œuvre nouvelle aux poètes de tous les pays.

Je ne puis résister à transcrire ici un de ces chants nationaux de l'héroïque peuple, cpii se distingue par une grâce, une simplicité , un charme d'expression admiiabie. l.e voici :

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