CHAPITRE XIT
LF i)i;i I
TrcMiU; clu'ls yucrriors ctait'iil assis à boiiv Dans la blanche forteresse de Séboniko. Parmi ou\ se trouvait Wuk Jérinitsch; Et quand ils se furent enivrés do \in , Le jeune boniine roinuiouç^a à parler ainsi
« Ixoulez, cliers et vaillants frères, .Nobles chefs {juerriers , mes frères !
A>oz-vous lîiuuri- cii inc'iiioiic,
El \ilos-v(»us bien <lc vos youx ,
Loi'sqno los troupes turques accourureiil
d'IJIbindja , des frontières de Turquie!
Qui, amena le plus de Turcs?
Qui, nous enleva le plus d'esclaves?
Qui, nous tua plus de monde?
Qui enfin, était le chef, le conducteur de ces Turcs? »
Et les chels guerriers lui répondirent : « Wuk Jérlnitsch , jeune et noble faucon ! Certes , nous avons vu et nous savons , Et chacun de nous tient fenne en sa mémoire Le souvenir de ceux , lorsque vinrent les Turcs . Qui marchaient à la tête de ces troupes, Qui massacra le plus de nos guerriers : Le porte-étendart Sukan d'Udbinja Fut celui qui abattit le plus de nos guerriers , Celui qui nous enleva le plus d'esclaves. »
Quand Wuk Jérinitsch eut ouï ces paroles , Il prit l'écritoire, une plume et du papier, Il se mit à écrire une lettre en fins caractères, Et l'adressa au porte-étendart Sukan , Sukan d'Udbinja, ?ur la frontière de Tin(|ui.'
a Capitaine et conducteur des Tiin-s SiiK.iii '
lùoiilo ce (jue t'aiiDoucc ce |)a|jiop !
Il le fut facile , à la tète de tes troupes ,
De dévaster jadis notre contrée ,
Car Wuk n'avait point encore acquis sa croissance ;
Il ne pouvait monter un cheval ni porter un sabre ;
Mais maintenant que Wuk est devenu un héros,
Maintenant, viens à lui sur le champ de bataille'
Sur la plaine vaste et unie de Grahowo ,
Ou partout où il te plaira , ô Sukan !
N'amène avec toi personne des frontières;
N'amène que Hajkuna, ton épouse,
Qui n'a pas sa pareille au pays de Turquie ;
Moi , je viendrai accompagné seulement
D'Angélia, ma sœur chérie,
Qu'aucune n'égale au pays de Dalmatie.
Et celui qui de nous vaincra l'autre au combat
Emmènera avec lui les deu« femmes. »
La lettre aux fins caractères parvint à Sukaii ; Et quand il eut vu ce que contenait ce papier , Il se mit à rire tout haut et de grand cœur. La fidèle épouse de Sukan s'y méprit , El Ilajkuua parla ainsi à son époux :
« O Sukan ! cher époux et seigneur !
D'où If vient colle lotlre? de quelle fortereb^v Parle 1 de (juoi puissant seigneui' .' Va (jue conliçnl elle de si digue de joie?... »
F.l le |ioitr-L'toi)dai l Siiknii rt-jxmdil : « O {Injkuna! ma fidc-lc rpouso!
Cette feuille arrive du pays des inéiToanls , De la blanche forteresse de Sébéniko ; Elle me vient d'un jeune capitaine, D'un jeune capitaine, Wuk Jérinitsch.
J'ai autrefois fraternisé avec ce Wuk; Aujourd'hui, il m'a préparé des présents, Et m'invite à les aller chercher ; Des présents , gages d'estime et d'amitié. Nous nous revenons avec plaisir,
Et nous renouvellerons devant Dieu le serment de fraternité Il me prie aussi , le nouveau frère , De temmcner aussi avec moi , Hajkuna ! »
Et Sukan appelant aussitôt ses serviteurs : « Alerte! donnez mes armes, serviteurs fidèles! Vite! préparez deux bons coursiers; Aujourd'hui même, je veux atteindre la cote, La blanche forteresse de Sébéniko , Où un mion frère en Dieu m'attend. »
Les serviteurs se hâtent de seller les coursiers; Sukan et la belle Turque se mettent en route; Ils descendent vei-s le plat pavs des côtes. Quand ils entrèrent dans la vaste plaine de Grahowo. Us virent de loin une blaiR-he Icnic toute dresst*' .
Ht deux (ouiiirrs iioiis alUuhcs (Je>aiil I tiitn'f
Quand Tcpouso do Sukan vit ceci,
Elle diMiiaiula au porlc-éteiidard Sukan :
« Soigneur et t'poux, |)orte-olendaid Sukan
A qui est cftlc toute là-bas sur la plaine >>
Et le Turc Sukan lui répondit :
M 0 llajkuna , ma fidèle épouse!
C'est mon frère qui l'a lait préparer |)our nous.
Et il envoie ecs chevaux à notre rencontre. »
Ils clievauchèrent encore quelque temps ; Ils traversèrent la vaste plaine de Grnliowo, Et arri\èrent enfin près de la tente : Voici que sons la tente était assis Jérinitsrli ; Assis, il savourait un \in précieux Que lui versait sa sœur Angélia.
Le Turc mit pied à terre,
Et sans réclamer de Wuk ni foi ni serment.
Il entre sous la tente sans tarder,
Et derrière, Hajkuna le suit.
Quand il eut dépassé le rideau de la (eule.
Leste Wuk se leva sui- ses pieds léjjers ,
Et étendant les bras, se baisant les joues.
Les deux héros se demandèrent des nouvelles de leurs santés,
Ils s'assii'ent ensuite pour boiic nn \\\\ frais,
Fl quaiul la soif fut apaisée.
Le iliiôlic'ii cuininciiça à p.iricr df la soilc :
« Fcoulc , ô Turc ! poi'te-t'tondanl Siikan !
(>)inmande mainlenaut à ta ûdèle épouse
D'enti'ouvrir son voile et son manteau;
Que je voie si son éblouissant et blanc visa|jc
Pourrait être du goût d'un Chrétien. »
Sukan ordonna alors à sa fidèle épouse
De soulever son voile et d'écarter son manteau ,
Et elle laissa voir son blanc visa{je,
Qui, semblable au soleil levant, resplendissait.
Loi-sque Wuk Jérinitsch eut envisagé
La merveilleuse beauté de la jeune Turque,
Le cœur commença à lui battre ,
De telle sorte que le battement de ses veines
Agitait sur sa tète la brillante tschelenka.
A son tour, le porte-étendard Sukan dit :
« Chien de chrétien, ô Wuk Jérinistch !
Ordonne donc à ta sœur chérie
Doter maintenant son voile de toile d'or,
Alin que je voie aussi si le blanc visage
D'une chrétienne est plaisanta un Turc. »
Et aussitôt le frère, Wuk Jérinitsch,
Ordonna à sa sœur d ôtcrson voile de toile d or
El quand le Turc eut \u Angélia ,
Jovpux , il sauta sur ses deux pieds .
Et (lit h Wuk ces \ivos paroles
« Alerte! ô Wuk! laissons le \iii ol la roiipe !
Nous avons assez bu de vin,
Alerte, ô Wuk! sangle ton coursier! »
D'iui pied léger Wuk quitta son siégf ;
Tous deux se baisèrent les joues ,
Avant de commencer le combat à mort;
Ils sanglèrent leurs bons coursiers,
Et soudain se jetant en selle,
Tous deux saisirent leur lance do bataille.
\ ors Angolia le Turc se pencba
Du haut de son cheval, et dit à la Nierge :
« Angélia, ûlle d'une merveilleuse beauté,
Si, dans ce combat, je tombe en danger de mort,
Demeure près de moi à mes derniers monients !
Mais si Dieu et la destinée permettent
Que jo tue ton vaillant frère,
Je le prendrai pour ma maîtresse,
Et Hajkuna te servira on esclav e ! »
Alors le jeune chrétien, Wuk Jérinilsch :
« 0 Hajkuua, belle et chaste épouse de Sukan !
Moi , héros, je ne me suis point encore niarir- ;
Si je succombe dans ce combat,
Domoure près de moi à mesdornio;s inslanls !
Mais SI I>iou et la foi liin*' \oiil<iit
yiii' je lue aiijoiii'fl'hiii (on infiihc,
Ji' iv |)rcn(lrai pour mon épouse hifu-ainico ;
Jo l'achotorai (juatre^suivaiitcs,
Et je t'en donnerai quatre que j'ai au lojjis.
Quatre esclaves que j'ai enlevées moi-mèiin-
Dans les guerres sur vos frontières! »
• Quand la belle Ttu<|ue eMlendit res paroles. Elle tomba dans une rêveiie profonde; Elle pensa, elle pensa jusqu'à ee qu'elle ait pensé eeri : « Je deviendrais l'esclave d'Anjjélia ?
Mieux vaut être l'honorabie épouse du cluélien ! Cependant tous deu\ dans la vaste plaine Etaient ollés: le Turc |)rit de l'espace Wuk demeura et l'altcnidit sur le champ de bataille. Enflammé de fureur, le Turc se précipite sur lui ; Comme un rochei-, Wuk reçoit le choc sans en être ébranlé, Et la lance du Tui'c se brise en éclats Sukan demeure à son tour et attend son attaque. Wuk vole vei-s lui, élevé sur son coursier ; Mais le Turc reçoit si bieu le Chrétieu , Que la lance du dernier se brise également. Quand leurs lances furent ainsi rompues, Us tirèrent leurs sabres affilés.
Et un héros frappe laulrc d'esloc el de taille. Mais voilà aussi que les sabres se brisent ; Et celui du l'un blesse profondément Jérinilsch.
iir
(^hinrid If Clirrlion se vit dans coMo oxfivinilr. Il poussa son (dursior noir sur le hian» c«)ut'si<'r, Kt saisissant lo Turc viyourcusoiiu'ut au cou. Tous deux lomboronl sur l'hcrbo, et pleins de i ;u;f Tous doux so rouleront sur la torrc
L'écunio couvrait I horoiquo visa^jo do Sukaii;
Lo sanjj ot la doulour obscurcissaiont lo front do Wuk
Mais il maîtrisait son angoisse.
La bollo Turque vit do loin ce spectacle ;
Soudain elle voie à travers la plaine,
Dans sa course ramasse lo tronçon du sabre,
Et se précipite vers les deux béros : mais voyez !
Derrière elle accourt la belle Angélia :
« Arrête, femme! s'écrie la vierge pâle d'opouvaulo ;
Tu ne dois pas tuer mon frère !
Si tu le louches... par le vrai Diou !
Je m'arme de l'acier aigu ,
Et toute vivante, je t'on porco los veux'...»
L'épouse de Sukan lui répondit :
« Demeure, Augélia ! ne me suis point!
Ce n'est point à ton frère chéri que j'en veux !
Je n'ai pour unique ennemi
Que celui qui me veut réduire à être esclave.
Et me donnei' comme servante à une autre. . .
lÀ Majkiina loiiiant mis les hcios.
I''i'a|)|)a , aiiundii siihic li aiiiliinil .
Siikiin jiisqii il la i-rintui f
l.<' saii^r jaillit de l'hori ihic Iticssiiii ,
Au fond (le laquelle un voyait los blancs poumons
Alors le Chrétien a(lu>u (Je vaincre;
il traîna son ennemi sur la pelouse ,
Et Ilajkuna lui ayant présenté le sabre,
D'un coup (le l'acier aiguisé il lui trancha la tête.
Mais lui-même, après qu'il eut vaincu ,
Tomba sans forces sur la verte arène.
Les deux femmes s'approchèrent et, soigneuses,
Elles étanchèrent son sang et pansèrent ses plaies ,
Ensuite elles le reconfortèrent avec du vin.
Replièrent à elles deux le blanc pavillon ;
Et après avoir placé le blessé sur un des coursiers.
Elles reprirent avec lui le chemin deSébéniko ,
Où les blessures de Wuk ne tardèrent pas à guérir.
Alors il conduisit la charmante Turque
Dans la blanche église, la fit baptiser
Et la prit pour épouse .
Une belle race en provint ;
Elle lui donna deux filles et quatre vaillants fils