CHAPITRE X
LIOl'BITZA,
Milosch avait été le seul de tous les hospodars , compagnons de Kara-Georges , qui eût refusé de s'enfuir à Tétranger : « Que m'importe ! » répondit-il avec indignation à ceux qui lui conseillaient la fuite, « que m'importe de sauver ma vie, si ma femme, mes
enfants, ma vieille mère, vont tomber aux mains de nos oppresseurs , si mes frères d'armes vont être livrés sans défense à la rage du vainqueur : avec eux, j'ai partagé la gloire et les revers des combats , avec eux , en attendant des jours meilleurs, je partagerai les misères de l'esclavage! »
11 fit sa soumission au pacba, et retourna, à ses champs reprendre sa vie de paysan. Son frère chéri, Milan, était mort depuis quelques années dans le poste d'hospodar de Rudni, où l'avait élevé sa valeur.
Milosch était décidé à se tenir tranquille , à attendre du temps, comme aussi du renouvellement des forces de la nation , épuisées par ces dernières vingt années de guerre , la délivrance de la patrie. Mais les effroyables persécutions exercées contre les malheureux Serviens le firent sortir du repos auquel il
s était soumis. Si ses journées restèrent ostensiblement employées à ses travaux de laboureur, toutes ses nuits lurent consacrées à combiner le plan de l'insurrection , à créer des moyens à la révolte qu'il méditait. Il trouva dans le clergé de puissants auxiliaires; et , à force d'adresse et de persévérance , il organisa la nouvelle insurrection qui éclata à sa voix, le jour de Pâques, et devait, dirigée celte fois par lui seul, obtenir de si prodigieux résultats !
Mais avant de parcourir avec les insurgés les phases de leur gigantesque résistance, de nous poser sur le théâtre sanglant où, à nos yeux étonnés, se dessinera, à travers la mêlée, le feu, les horreurs du carnage, l'imposante et poétique figure de Lioubitza, cette femme qui a occupé une place si considérable dans les affaires rie la Servie , pour la faiie con-
(laitre , il nous laul avant lemonler à quel- ({ues années au-delà , à la première prise d'armes commandée par Kara-Georges :
Après un combal acliainé, livré en Bosnie par les Turcs contre les Serviens révoltés, ceux-ci sont restés maîtres du champ de bataille, l'ennemi est en pleine déroule, les Serviens respirent un instant.
Là, sur ce terrain arrosé de leur sang, exténués de fatigue, ils font une halte. Les riches tentes des chefs ottomans qu'ils ont si chèrement conquises, serviiont à les abriter celte nuit; chefs et soldats, pêle-mêle, s'y entassent, et cheichenl dans le sommeil de nouvelles forces pour la lutte qui va reconiniencer demain.
Un seul homme est debout. Tout le monde dort, lui veille pour tous : sa pensée, incessamment in(|uirte, domine chez lui l'épuisé-
rneiU du corps: par un coiin de luaiii dc-sespéré , les Turcs peuvent enlever à l'insurrection l'avantage qu'elle vient d'obtenir, et elle n'a rien à donner au hasard!
Cet homme, à l'esprit prévoyant, pour (]\i\ l'heure du lepos ne sonne jamais , est un jeune paysan , vêtu comme tous ses compagnons d'une veste grossière, sur laquelle une croix simulée en toile blanche , et surmontée de deux glaives croisés , font recoimaître un des chefs de l'armée insurrectionnelle : c'est Milosch... qui, depuis l'âge de seize ans qu'il a pris place dans les rangs des soldats de la liberté, toujours en tête des plus intrépides, a été élu tout d'une voix au commandement des avant-postes.
En parcourant le camp, il passe devant les décombres d'une chaumière dont la mitraille n'a laissé debout que deux murs formant un
angle. Au milieu des pierres, de meubles brisés, gisent deux cadavres : une femme, agenouillée , fait de vains efforts pour comprimer avec un linge le sang qui s'échappe à flots d'une blessure qui partage le front de l'un d'eux.
Les premières lueurs du crépuscule levant éclaiient cette triste scène.
Milosch s'approche , la femme relève la télé , ses yeux sont rougis de larmes , ses beaux traits sont empreints d'un désespoir farouche ; elle lui dit : « Tous deux ! tous deux!!!... Bajo mort... déjà froid... et mon jumea\i , mon cher Johann , perdu ! perdu aussi ! ! ! Vois , sa vie s'écoule avec son sang
par Ventaille du sabre ottoman » prononcc-
t-elle avec un inexprimable accent de haine fuiicuse. Puis, d'iui mouvement heurté, elle ■^aisil )a main de "Milosch . 1 appuie sui le
mouchoir ensanglanté qui comprime la plaie, en lui disant : « Reste là... Je cours cliercher de l'eau fraîche au ruisseau. » Et ramassant à terre un vase à demi brisé , légère comme une gazelle, elle s'élance dehors.
« Pauvre Lioubitza î pauvre fille!!! » murmure le jeune homme en suivant des yeux sa course rapide à travers le champ.
Son regard se reporte sombre et navré sur les corps couchés là... pour ne plus se relever, de Bajo, de Johann, ses amis d'enfance... ses compagnons qui, hier, combattaient avec lui... « Ainsi, soupire-t-il, s'épuise goutte à goutte le sang des fils de la Servie!... ainsi chaque jour engloutit les défenseurs de notre malheureuse patrie!!!... »
Pendant les quelques minutes qui se sont écoulées depuis le départ de la jeune fille, le pauvre blessé a reiulu le dernier soupir.
Klle revient lïalelniile , el va pour se pré- 4^-ipiter sui' celui qu elle espère encoïc seconv'w. Miloscli la relinil , lui dit .'i\ec cITort : <( Toul est inutile maintenant... .foli;inn esl allé rejoindre son père et ses frères... »
L'infortunée, l'air égaré, les mains ( onvulsivement jointes, murmure : << Père, mère, frères... tous là-baut... et moi, seule.. . seule sur la terie!...
— Non , Liouhitza , tu sais bien que clans chaque soldat de l'insurrection , les filles, les sœurs des martyrs de noire sainte cause, retrouvent un père, des frères...
— Tous massacrés par les Tuics!... O Clirist!!! s'écrie-t-elle enélevant sonregarddésolé vers lecielcommepour luidemander vengeance de tant de maux, de tant de douleurs!
Rien n'est plus touclianl que cet épisode,el IIP raractéiise mieux le peuple ef les cliosos
de la Servie : le père el les (|ualre frères de Lioubilza , dès que la révolte ('data, élaieiU accoiULis se ranger dans les bandes que commandait le pope Luca Lazarêwitch , qui, audacieusement, avait le premierdéployé l'étendart de la liberté.
Avant de partir, les cinq hommes mirent à l'abri ce qu'ils laissaient derrière eux de plus précieux : Lioubilza et sa mère. Ils les conduisirent dans les forêts de la Schumadia, les mirent sous la protection de leurs frères les lieidouques, pendant qu'ils allaient combattre sous les drapeaux de l'indépendance.
Six mois après, de ces cinq hommes, il n'en restait plus que trois... La femme patriote avait vu avec fermeté sa luine complète : sa chaumière incendiée, ses champs ravagés par la vengeance turque. La mère ne put survivre à la perle de deux de ses fils, sou cœur se brisa, elle mourut.
AJors Lioubitza, âgée de quinze ans, résolut de rejoindre son père et ses fières , [)Oui' qu'au moins, dit-elle, les blessures de ceux-là fussent pansées!... El bien peu de temps après, liélas! elle avait enseveli le corps sani;lant de son père !...
Les femmes de la Servie, dans ces luttes nationales, se signalèrent par un dévouement, par des vertus sublimes. Les unes, des forêts où elles étaient réfugiées avec leurs petits enfants et les vieillards de leurs familles, portaient dans les plaines, à travers mille périls, des vivres aux combattants; d'autres, faisaient courageusement nombre avec leurs maris et leurs frères, dans les faibles bataillons serviens qui soutenaient le combat contre les forces quadruples des Turcs.
Dans toute la nation esclave battaient de nobles cl c:iand> cœurs : hommes et femmes,
avec un héroïsme désespéré, jetaient leur vie en holocauste au rachat de leurs libertés. La mort , ils la méprisaient ! Que leur importait la vie dans les fers !
Ft c'est ainsi que le jour dont je parle , Lioubitza, l'intrépide jeune fille, à cheval aux côtés de ses frères, les avait vu tomber, l'un après l'autre, mortellement blessés!
Après la victoire, pour elle si affreusement achetée, parmi les morts et les mourants, elle était venue chercher les siens... les avait apportés là où, à ce moment, elle pleurait sur leurs dépouilles.
« IMais, dit-elle en posant la main sur son cœur, mes larmes ne sont pas prêtes à tarir!. . . Le jour paraît, le camp sera levé dans une heure, et il me reste encore un dernier devoir à remplir... » ajoute-t-elle avec une sombre énergie : « Milosch , aide-moi à creuser leur
fosse : il ne faut pas (jue ceux qui se sont fait tuei" pour ne pas tomber vivants aux Turcs , soient livrés morts à leurs insultes! »
Une fosse fut creusée : les corps des deux frères y furent placés. Ils avaient traversé la vie ensemble , ensemble ils reposaient dans réterni té!...
Et après que son horrible lâche fut achevée, Lioubitza traça une petite cioix sur le mur au pied duquel étaient ensevelies ses dernières affections en ce monde.
Mais la surexcitation nerveuse dans laquelle elle avait puisé les forces de cet affreux moment cessa , quand son courage fut inutile, son énergie sans but!... Alors que tout était fini , sa faible nature de jeune fille succombait, et se tordant dans les convulsions du désespoir sur la tombe de ses frères, elle s'y cramponnait, elle voulait mourir là.
Dans cette petite armée, pour ainsi dire de
tamille, tous se connaissaient : les villages où élaieni nés Milosch et Lioubitza se toucbaieni, et depuis le commencement de l'insurrection, presque chaque jour, le nom de l'un avait frappe l'oreille de l'autre.
Pout la première fois, témoin des élans de la douleur passionnée d'une femme, les sanglots de l'infortunée retentissaient âpres et déchirants dans le cœur du jeune homme ; de grosses larmes roulaient dans ses yeux et retombaient sur la main crispée de Lioubitza qu'il tenait pressée dans les siennes.
Le son de la cornemuse se fait entendre : c'est le signal qui rappelle les soldats sous le drapeau; on va se remettre en marche.
— Il faut rejoindre nos frères... Viens ^ Lioubitza, viens... lui dit Milosch avec l'accent de la prière.
— Ou?... avec qui maintenant?... dit-elle
— i:it) -
en laissant échapper sa pensée par ses lèvres, e\ portant désespérément la main à son front. Milosch réfléchit. Son regard se pose long et méditatif sur la jeune fille, au caractère énergique, au mâle courage... Elle est belle aussi : la fierté de son front , de son regard voilé par de longues paupières de jais, la correction de ses traits, la pureté de ses formes, de sa taille souple et élevée, présentent dans leur ensemble le type parfait de la beauté grecque , conservé chez quelques-unes des femmes serbes...
— Lioubitza , lui dit-il avec une inflexion de tendresse et d'autorité tout à la fois : va trouver ma mère ; dis-lui que tu viens de la part de son fils Milosch, elle te tiaitera comme sa fille ; et à la première trêve que nous laisseront les Turcs, j'irai vous rejoindre dans la forêt. »
CUAPlVRij XI
là
LlOUniTZA.. LA GUERRE.
Les événements et les années ont marché : la première insurrection a été vaincue, Kara- Georges a payé de sa tête ses fautes gouvernementales et sa félonie envers la nation; les soldats de la liberté sont redevenus esclaves. A l'époque où nous nous sommes arrêtés ,
lin
Miloscli , qui n'a pas voulu abandoniiei' ses frères, a repris sa vie de paysan : Lioubitza est sa femme, et déjà mère de Milan el de Michel...
Par tous les moyens que lui donne l'ascendant qu'elle exerce sur le cœur de son mari , comme par l'influence (juc sa haute intelligence exerce sur son esprit, elle l'a poussé à la révolte; elle l'a aidé, secondé de toutes ses forces dans l'organisation de la nouvelle levée de boucliers qu'il a annoncée le jour des Rameaux i8i5.
<( Ah! c'est que, plus impatiemment que Milosch, dès-lors le fin et délié politique que vous savez, » me disait le Servien dont j'ai déjà parlé, « bien plus impatiemment encore, Lioubilza supportait l'affreux joug sous lequel était courbée la nation. » L'oppression pesait comme un manteau de plomb sur
celte aille fièie et iiulépendantc ! Le (i^il suivant est connu de loule la Servie :
(( Aussitôt que la domination turque fut rétablie dans notre malheureux pays, le nouveau pacha de Belgrade, SoUman, fit publier un hatti-schérif, enjoignant à toutes les femmes serviennes, sans aucune distinction derang ni cràge: de revêtir l'ancien costume d'esclave, avec la chaîne passée au cou, en signe de servitude, et de ne paraître qu'ainsi vêtues devant un Musulman, quel qu'il fut.
a Lioubilza ne se soumit pas à cet ordre inique, de ce moment, elle ne dépassa plus le seuil de sa porte
« Un jour, un Musselini entre dans sa maison : — <, Je veux parler à Milosch, va le cherche!-, dil-il impérieusement. »
.( Lioubilza, assise, ne bouge pas.
.( Audacieuse!... El le sourcil froncé, le
i-egaid flamboyant, il ajoute avec fureur : — A l'instant, revêts les habits d'esclave... obéis à l'instant...
<( Mais l'esclave se dresse , l'air calme et insoucieuse devant son maître, et d'un ton dédaigneux, avec un geste de dédain, lui répond : — Vous avez le pouvoir , avec ce sabre... de faire rouler ma tête à vos pieds... Mais lant qu'elle restera sur mes épaules , faire battre mon cœur libre sous des habits d'esclave, est liors de votre pouvoir!
— Misérable!... s'écrie-t-il en rugissant de rage.
« Aux éclats de celte voix tonnante, iMilosch survient... Le sabre à moitié tiré retomba dans le fourreau...
« C'est que Milosch n'était pas un homme que, politiquement , on voulût ou l'on pût braver ouverlerfient : sa soumission avait en-
liainé celle de beaucoup crauUcs par Tinfluence qu'il exerçait sur les masses, et tpie, son autorité occulte sur les persécutés dépassait l'autorité année des persécuteurs ; ils le savaient bien !
a En terminant l'entretien, le Musselim dit à Milosch : — Recommande h ta femme d'être plus sage...
« Et Milosch, avec ce sourire fin et rusé qui lui est propre, lui répond : — Le mieux, peut être , c'est qu'il ne vienne pas de Turcs dans sa maison... »
« 01) 1 dans cette nature de l'enmie, il y avait l'étoiTe de dix hommes de cœur et de résolution! » me disait le Servien avec l'accent d'un profond regret.
Et désormais, le nom de Lioubitza, ce nom devenu historique dans tout l'Orient, ne sera plus sans signification pour nous. En nous
rappelant ce qui précède, nous suivrons avec l'intérêt qui s'attache aux caractères exceptionnels , Lioubitza sur le théâtre politique , où , dans les prospérités de la plus fabuleuse fortune comme aux jouis de l'adversité , la pauvre jeune fille des champs de la Bosnie posera constamment noble et grande, se fera compter par le colosse du nord, l'insatiable Russie
Désormais aussi, l'ancien petit pâtre, hier encore le paysan, aujourd'hui la tête et l'ame de la nouvelle insurrection, Milosch ne quitteia plus la scène qu'il dominera de toute la hauteur de son puissant mérite, soit comme soldat , soit comme législateur.
A sa voix , on l'a vu , tout ce qu'il y a en Servie d'hommes en état de porter un fusil, est debout, les armes l\ la main, faisant face ivj\ Ottomans
La guerre est commencée : des succès inouis signalent les premiers efforts des insurgés. Les bornes resserrées de ces esquisses ne me permettent pas de retracer tous les prodiges opérés dans cette nouvelle et épouvantable lutte, par celte poignée de liéros... de dire par quels miracles de bravoure et de constance, de i8i5 à 1821, la nation servienne, sous les ordres de son babile cbef, livrée à ses seules forces, reconquit l'intégralité de son territoire, et chassa les Turcs de toutes les positions militaires qu'ils occupaient dans les forteresses de la Servie.
El cependant la petite armée des insurgés, qui ne se recrutait que dans trois millions d'ames, dut constamment tenir tête aux forces turques sans cesse renouvelées et commandées par le fameux Kourscliid-Pacba, ia teripur des Ravas , l'orgueil des Osmanlis,
Uli
Entre tant de labnleux épisodes dont se compose l'épopée de l'insurrection serviennc je ne puis résister à retracer celui-ci ; il fait si bien comprendre ce que fut cette lutte; il caractérise si bien ces hommes simples , fiers et héroïques 1 Oh ! si le fruit de ces admirables efforts devait leur être à jamais enlevé, ce serait, ?non Dieu! à désespérer de la Providence.
Une sanglante affaire a eu lieu. Milosch , avec quinze mille hommes, a battu et repoussé l'armée ottomane; mais les Serviens, affaiblis par les pertes de la bataille, ont dii songer à se retrancher en attendant du renfort , à une lieue du camp oii se sont retirés les Turcs. Milosch n'a pu rallier que dix mille hommes de pied et trois mille chevaux. Il n a que trois pièces de canon et un mortier
Mors les Turcs reprennent courage. Fiers
Ul
de leur nombre, ils dédaigneiil de coinbaUte quelques soldais exténués, et ils les somment insolemment de se soumettre et de rendre les armes. « Venez les prendre ! » répondent les héros. Les Turcs furieux s'élancent sur la muraille vivante que présentent les Serviens dans leurs retranchements, mais sans parvenir à les entamer. A. mesure que les rangs s'éclaiicissent , ils se reforment aussitôt. Par deux fois irrités de cette résistance opiniâtre , ils sortent en masse de leur camp et sans obtenir plus de succès. Milosch a défendu de tirer sur l'ennemi avant qu'il fût à portée, et tous les
coups frappent juste La nuit vint mettre
un terme à ce carnage.
Mais Milosch pressent qu'au point du jour il sera vigoureusement attaqué : « Frères , dit-il , fuir devant les Turcs que nous avons battus hier serait une lâcheté : que voulezvous faire ?
— Mouiir ici , répondent les soldais , ou nous emparer de leur camp.
— Alors , que quelques-uns de vous des moins barrasses montent à cheval , et nous ramènent bien vite, à travers cbamps, la réserve, avec son artillerie, qui est à deux Heues d'ici : Dieu et nos bras feront le reste!
Je ne connais rien de plus admirable que tant de simplicité unie à tant de grandeur, en regard du clincjuanl de celte civilisation dont nous sommes si vains, ce type primitif conservé dans toute sa pureté en 1821 est plein de poésie 1
Les prévisions de Milosch sont justifiées : au soleil levant , les troupes turques se précipitent en avant en poussant des cris de triomphe; Kourschid-Pachaen personne sort fie son camp avec avec toutes les forces qu'il a sous la main pour écraser ces quelques ba-
taillons de rebelles; les plus vaillants de ses féroces janissaires portent en avant les élendarts du Croissant.
Les Serviens les attendent l'arme prête , calmes et silencieux ; ils essuient le premier feu : Milosch donne enfin le signal ; les premiers rangs ajustent , aucun ne manque son but ; les orgueilleux étendards turcs roulent dans la poussière , le canon ravage les rangs ; en même temps , les cavaliers serviens s'élancent de la forêt, et viennent tomber comme la foudre sur les flancs de l'armée ottomane; Miloscb sort audacieusement de son retranchement avec toute son infanterie : en un instant , le désordre et la confusion des Turcs est au comble et leur défaite achevée.
Leurs principaux chefs, plus de trois mille hommes périrent ; les Serviens avaient perdu peu des leurs. Une partie de l'armée écrasée
s'eiiluil vers lu Driiia ; mais la lelraite leur lut aussi fatale (jue la bataille. Poursuivis l'épée dans les leins , les Turcs perdirent beaucoup de monde , leur matériel et tout leur butin. Le soir, les braves soldats de l'insurrection dormirent sous les riches tentes des Ottomans.