CHAPITRE XY
I>; PlUNCK IN.IIKDITAIKF. DK i.A SKIIVIE.
 préseijt , I Ou coiupreiu] bien, n'est-ce pas, commenl Milosch est devenu l'idole du peuple servien ? comment, à l'heure même où je retrace avec un sympathique entraînement les pieuses et nobles œuvies d'un sage d'im homme de bien sm le lr«')ne; conmienL. T. i. lô
à cette Vieine même, le j)euple s'insurge, lefuse de payer les impôts, redemande hautement Milosch , et préfère son autorité forte et paternelle, diU-elle étie despotique pour quelques-uns..., :i la doiuination bâtarde et tracassière du sénat, de ce sénat factieux, qui représente, aux yeux clairvoyants du peuple, l'autorité ru.sse, dont les intrigues ont déposé \e père de la patrie , ainsi cpi'il a surnommé Miloscb.
.l'ai tenu entre "^ues tnains une lettre, datée du iZ( octobre dernier, écrite d'un village du district de Kragujevaz, pai- un laboureur; car, grâce à ce despote Milosch , tous les paysans savent écrire aujourd'hui en Servie , voiie même raisonner. Celte lellie donne à la personne à (jui elle est adressée des renseigne- Micnls sur des affaiies piivées. el se termine ainsi :
« Nous aulres, nous croyons que le sénat «( n'avait pas le droit de se mettre à la place <( de notre prince. Ce n'est pas le sénat qui « l'a mis où il était , c'est nous , à cause de « ses grands services rendus à la patrie , et ({ parce qu'il nous convenait. Et nous ne <( voulons que Miloscii . nous n'obéirons , « nous ne paierons qu'à Milosch : il ne rouie git pas d'être sorti du milieu de nous, et <( c'est parce (pi'il s'est trop montré toujours <( notre vrai ami, que les amis des Russes, « — que Dieu damne pour s'être mêlés de nos « affaires ! — nous ont retiré notre [)ère; mais « tenez pour sûr que tout n'est pas fini. »
Ces queUpies lignes bien vulgaires, expression naïve de la pensée intime du peuple, ce formidable pouvoir en Servie, lépondent vietoiieusement à des volumes de politique de salon, et résiuui'nl avec une adu)iral)l<' Imi-
dite, sous ie point de vue moral tl inalériel, le véritable état actuel des choses de ce pays.
Après cela, comme je ne me reconnais aucun tlioit à être crue sur parole, pour ma propre satisfaction, j indiquerai une autre autorité (|ue la mienne. Le Journal des Débals, qu'on ne suspectera pas, je pense, (ïnltra-libèralisme, dans son numéro du u4 seplembre dernier, donne sui la Servie des détails parfaitenjent concordants à ceux sur lesquels je m'appuie.
Ce journal, en mesure d'être bien informé, à cette occasion, a dit loyalement la vérité.
A la création des grandes et utiles institutions dont ÏSIilosch dotait ses concitoyens ne se bornaient pas toutes les obligations (ju'il croyait avoir acceptées. En mènje temps que le chef de la Servie s'occupait à préj)arei' l'émancipation intel!e<'tiirile de la tiation, il de-
viiit incessamineiU travailler à lui assuitT soi» indépendance nialérielle et la reliier de l'élat précaire et provisoire où la laissait un traité de paix arraché à la Turquie par l'impérieuse loi de la défaite Il y a loin de la résignalion à un fait accompli, à l'approbation authentique de ce faill et c'était là ce qu'il fallait qu'obtint Milosch , afin que la lègitimilé de la nationalité servienne ne pût jamais être remise en question, et son existence politique sous le coup du caprice ou de la mauvaise humeur diplomatiques.
Il savait aussi qu'enclavé comme l'est son territoire, la Servie, réduite à ses seules forces, devait de toute nécessité subir une suzeraineté, et il préférait celle de la Turquie affaiblie à celle de la Russie dévorante...
Des négociations difficiles, toutes hérissées d'ohsiarles presque insurmontables, s'enta-
Hièienl ave( la l'oile, tl ne jnoitiiiyereul tic 1829 à i833. Cependant depuis 1821 que la paix avait été accordée à la Servie révoltée , sa fidélité à lempiir ses engagements ne s était pas démentie; fout ce qu'elle avait promis avait été religieusement rempli : la tranquillité, l'ordre rétablis sin- tous les points; une organisation forte et régulière, une soumission parfaite à l'autorité. Alors Mahmoud, qui, lui aussi, possédait l'intelligence des choses et une haute poitée d'esprit, comprit son siècle, comprit Milosch : la domination musulmane avait fait son temps en Servie ; Milosch était l'homme qui pouvait maintenir et légulariser la révolution servienne, et la rendre inoffensive à la Tuiquie ; Mahmoud accepta et consacra l'émancipation de ses anciens esclaves...
Toutes les choses convenues, la Porte ac-
cueillit donc convenablement la demande ({iii lui fui adressée par la Servie, de reconnaître son indé[)endance sous la suzeraineté de la Turquie, et Milosch Obrénowisch comme prince héréditaire des Serviens, à la condition par la Servie, de payer à la Porte un tribut annuel de r,3oo,ooo piastres turques et d'accej)ter l'occupation de Belgrade par 10,000 Turcs; toutes les autres places et forteresses remises aux Serviens , à l'exception de cinq places situées sur les bords du Danube.
Mais, mon Dieu 1 que de soins, de peines, de patiente habileté dut employer la Servie constilutionnelle pour se faire délivrer, par la Sublime Porte, Vexcquatur de ses libertés!
Ce fut un beaUj un immense jour pour la nation servienne, que celui où un courrier expédié de Ctnistanlinople apporta le firman r|ui reconnaissait sa glorieuse indépendanc<' !
A l'annonce de celle bienliciiieuse nouvelle, le peuple, ivre de joie, se porta devant la modeste demeure qu'occupait le chef du gouvernement, devenu prince héréditaire de la Servie, l'appela à grands cris, et le salua de ses acclamalions délirantes, comme pour ratifier son investiture officielle.
Des réjouissances, des fêles, non pas de celles dont l'autorité donne le prograumie , eurent lieu dans toute l'étendue de la Servie; les églises ne pouvaient contenir la foule qui venait rendre grâces à Dieu de l'avoir délivrée de l'esclavage 5 et , dans sa pieuse superstition , le peuple remerciait le Christ de l'avoir aidé à reconquérir la liberté. Des chants joyeux accompagnés de musique militaire . des salves d'a'lillerie, d'innombrables coups de fusil reîentirent pendant bien des jours dans les foiêls, les montagnes et les plaines.
-Mais i\liloscli ne voiiiut pas devoir à l'enlljousiasine du moment, iinve^liturc de droit, qu'il n'appartenait qu'à la nation de lui donner. Le premier acte du prince, fut de soumettre à l'approbation de ses concitoyens le firnian qui lui conférait l'aulorité souveraine : -Aliloscli tenait sa couronne du peuple, il lui semblait juste de lui en faire lioiumai^e : la Russie ne fut pas de cet avis.
(^etle action, de haute convenance et d'une généreuse hardiesse tout ii la fois, révolta certaines susceptil)ililés... L'envoyé russe en manifesta son mécontentement : <( Est-ce donc que Milosch se prend pour un Bolivar! » dit-il avec l'accent de l'indignation et en pleine assemblée,
dette subite colère russe a besoin d'élrt* expliquée; elle le sera ])lus iarti d'une uianière satisfaisanle.
A ce propos anuijjaiit, qui liil repélc dans )a mènic soirée au ctief heureux de la Servie, il répontiit avec sa finesse accoutuîiu'e et du Ion le plus naturel : « INotre hou ministre russe oubliait, qu^ici , le peuple est compté pour quehjuc rhose... »
Et ce ne seia pas la dernière fois que les simples léponses de Milosch amèneront le souriie sur nos lèvres; bientôt nous allons, dans une mémorable conversation, voir le pavsan Servien aux prises avec le grand seigneur russe, et, par ses allures de fne bonhomie, léduire à la plus désolante nullité les talents diplomatiques de sou noble interlocuteur...