UN BF.KGER, ROI
Les Serviens sont enfin les maîtres cliez eux, et Milosch poursuit, avec une persévérance et une énergie au-dessus de tout éloge, son œuvre civilisatrice.
Rien n'est plus altacliant, ne jKr-rte plus à la médilaiion , fjue réhule des lionnncs çt
(les cliosts de ce pays , placés en regard des lioinmes et des elioses (\u\ frappent tous les
jours nos yeux Que sommes-nous, nous
autres peuples si fiers de nos progrès en civilisation , mis en paiallèle avec ce peuple primitif!
Que l'on compare cette pratique réelle de toutes les vertus civiques, de l'iionneur, du patriotisme, du beau, du vrai, à ce qui se passe ailleurs ces caractères taillés à l'antique, aux n(Mres; ces âmes d'or et de fer, aux nôtres; ces mœurs patriarcales, aux nôtres; celle pureté, à notre corruption; oh 1 mais toutes ces comparaisons sont désolantes pour noire amour-propre!...
I2l si l'on examine l'organisation administrative de la Servie, établie sur les bases les plus libérales, les plus rationnellement cons lilutionncllcs (jui aient jamais él' posées: si
l'on songe que ce gouvernement modèle a élé créé, institué par un pauvre paysan, (|ui ne sait pas même éciirc, voilà bien un autre sujet d'ébahissemeiil !
Puis, si attiré par l'atlrail du merveilleux, on se trouve entraîné à suivre dans sa marche l'action puissante , audacieuse de ce pouvoir régénérateur qui chemine, sans se fourvoyer, à travers mille écueils; ayant à vaincre les commodes et paresseuses voies de la routine, les inintelligentes répugnances des masses à accepter autre chose que ce qui a toujours été; ayant à naturaliser d'aulres principes, d'autres devoirs, chez une nation sortant des langes de l'ignorance la plus complète des relations sociales, du droit public; et enfin, ayant établi l'ordre e( la prospérité du pays sur des ruines fumantes; alois, l'admiration ri les respects dv toute ame élevée sont ac-
(|iiis a cv poiivoii |)ati«iil , inlaligable , donl -Miloscli est la iioiîle peisonnificatioii.
Car, telle fui la giganl^s(^ue tàclie (luciitiej)iil et fju'a accomplie cet l)omme j^roili- ^ieiix, et si simple loiit à la lois, sans se douter peul-èlie qu'il i('solvait victorieusement, dans un des plus iiuiîihles coins de TEurope, une des plus grandes difficultés politiques : l'éducation constitutionnelle d'une ijalion , même plus avancée en lumières et en expérience que ne lest la nalion servienne.
Pour donner une idée exactedu bien queMiloscli a opéré, de sa paternelle et lihéraleadministralion, il faudrait écriie des volumes, et je ne puis disposer que de quelques lignes, pour cesujet.Maisj'ai en ma possession une piècequi, en nous initiant aux affaires intimes de la Servie, à Tesprit et à la marche de son gouver- DcmonJ, noiis oxplicpie une (juantité de choses
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subséquenles Ce (locuiuenl aullienliqiie,
irircusable, craulaiil plus curieux ({ue, pai" inadverlance sans doute. . . aucune des leuilles russes et allemandes n'en a donné la teneur, est le discours prononcé par Milosch à la grande assemblée nationale , convoquée par son ordre, pour recevoir le compte-rendu du mandataire de la nation (ainsi que se qualifiait toujours modestement le prince de la Servie).
Et c'est un singulier discours du trône que celui-ci !
11 va sans dire (|ue je donne ici une traduction religieusement littérale , et que j'ai conservé dans toute sa pureté, comme cliose sainte à laquelle on se garde bien de touchei'^ le texte original de l'œuvre du Benjer-Roi ; aussi n'est-ce pas le moins du monde un morceau de rhétorifjue fjue je vais présenter. On T. I. 17
n'y irouve pas de ces banalités usées , sortes d'énigmes sans mot , de ces niaiseries sonores flont se composent invariablement toutes les barangues royales.
Le discours du prince de la Servie a le rare mérite d'être nouveau. A coup sûr, il n'a pas été copié sur un autre : un faiseur n'eût pas parlé ainsi ! et cependant , sans en avoir sans doute la prétention, Miloscb, dans sa bonne ignorance du beau parler, des mensonges, des subtilités politiques, a créé en ce genre un précédent, à désespérer tous ces malbeurcux. monarques constitutionnels, obligés, une fois l'année , de rendre des comptes de clerc à mailre à leurs commettants !
Miloscb avait bâte de njellre le résultat de ses tiavaux , de ses longues veilles , sous les yeux de ses concitoyens, et de pi-endre leur avis, pour faire mieux s'il était possible. .\
cel etïet , il convoijua une grande assemblée nationale pour le iG (28 noiiv. s.) février i835 à Kragujevaz, où était établi le siège du gouvernement. Mais comme en Servie le peuple est compté pour quelque chose , ainsi que le disait Miloscb au ministre russe, et qu'il n'y a pas de palais assez grand pour contenir la multitude, toutes les assemblées générales où se traitaient les aflfàires du pays, en ce tempslà, se tenaient en plein air, afin que chacun, si petit qu'il soit, pût y assister.
La magnifique plaine qui entoure la petite ville de Kragujevaz, était donc l'endroit destiné à être le tliéâtre de celte imposante solennité, l-n mois à l'avance ce fut fêle dans toutes les localités avoisinanles. De toutes parts accomraient de bonne volonté de joyeux travailleurs, pour aidei- à d/sposer convenablement le lieu.
Un lerlie de i;a/oii esl t'ievé an milieu de de la plaine el décoré de dra[)eaux et de lenillai;es; au bas de ce piUores(|ue trône , on a ménagé un espace qui contiendra les dépulations qui arrivent et assistent à cheval à ces sortes de réunions , et à force de bras , on a disposé, en disciplinant le terrain, un aniphiihéâlre circulaire, de manière à ce que le plus grand nombre possible de spectateurs puissent voir et entendre.
On tiavaille à ces préparatifs avec une ardeui-, avec une joie inexprimables; jeunes et vieux, tout le monde est là, et c'est tout simple, c'est l'affaire de tous! Le prince Miloscli, toujours resté l'homme du peuple , chaque jour visite les travaux, encouiai^c les travailleurs, s'arrête dans les groupes qu'ils forment pendant les instants de repos, écoule toutes les observations , répond à toutes les récla-
mations (|im lui sont iidiessées, ex|)li(|iie Jes motifs (|ui l'ont déterminé à adopter telle ou telle mesuie, qu'il lui est reverni avoiiélé mal compiise ou désapj)!ouvée par quelques-uns. Ici, comme dans tous les lieux que parcouit le chef de la Servie , se retrouvent ces bonnes scènes de famille. Milosch ne redoule pas la discussion sur les besoins et les intérêts du pays; il a la conscience de sa tâche, et veul sincèrement et noblement que le mieux soit fuis en lumière, n'importe par qui!
Quelqu'incroyables que paissent nous paraître ces détails, ils sont vrais, et transmis avec la plus scrupuleuse exactitude.
Tous les apprêts sont terminés. Le r5 au soir, les anciens, les femmes et les enfants vont au temple demander à Dieu du beau temps pour le lendemain. Le i6, le jour (\u\ doit priai lYM- la ^landr fête nationale, se lève
resplendissant, el dès le malin, les salves d'artillerie , le^^son aigu du claiion relenlissenl dans les villes, dans les plaines, dans les fo réls.
Kragujevaz offre le coup-d'œil le plus gai , le plus animé; les édifices, toutes les maisons, jusqu'aux plus humbles fenêtres, sont pavoises de beaux drapeaux aux couleurs nationales et entremêlés de fleurs et de feuillages ; l'église, dont les portes sont toutes grandes ouvertes, est pompeusement ornée; une multitude de cierges brûlent sui- les autels el éclairent un trophée d'armes, de drapeaux el de fleurs, élevé au milieu de la nef; une suave musique religieuse exécute les airs populaires des vieux cantiques de l'antique Servie libre. Celte fralernitc' d'intérêts, de patriotisme, de piété, tout dans ces mcrurs ser\iennescst emploi nt d'mu^ pf'nclranlc poésir'
i.cs riifs ne [)euveiil contenir le flol de peujjle eu habits de Cèle qui les remplit, en faisant retentir l'air de chants nationaux, et en agitant orgueilleusement des bannières de mille formes, de mille couleurs, sur lesquelles on lit : Servie libre; au-dessous : di&lricl de***, village de***. L'air de triomphe, d'indicible bonheur répandu sur tous ces mâles visages, la joie naïve et bruyante quf éclate dans les gestes, dans les discours, la variété, le pittoresque des costumes, impriment à ces bandes un cachet particulier.
Ce sont les populations des campagnes et des villages éloignés accourues de toutes les parties de la Servie pour assister à l'assemblée de famille où il va être rendu compte, à tous sans distinction, des affaires du pays. De Kragujevaz, que ces campagnards ne font que traverser rapidement, ils se dirigent vers
la j)laine, et, arrivés là, ils se placent autour (le l'enceinte réservée pour les cavaliers qui composent les députations des districts. Ceuxci ont été convoqués officiellement • ce sont les knèses, les kmétes. les woi\vocles, les prélats et tous les (onclionnaires publics et militaires, et à mesure quairivent ces députalions , elles se rangent auprès de l'estrade rnyale , le tertre de gazon...
Midi sonne, les fanfares, les tambours, les cris, les vivats frénétiques de la foule, au milieu de laquelle s'avancent le prince Milosch, sa femme et ses fds, annoncent leur arrivée. Il se place sur le tertre avec les dilTérenls corps de l'état , qui l'ont accompagné; lui , en fait le tour, en saluant à la ronde, d un air heiueux, et de toutes parts on lui répond par des acclamations passionnées; puis, il sRirrip ;) mir e>inéce dr tril)inir que forme
une saillie pialiqiu'e à cel elVel, cl tieboul, la lête découverte devaiil la nation, il prononce, (rune voix foi te . le discours suivant :
CHiPITIU: XVII.