‹ Le berger roiChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Après celle explication, la <pu\slion se lioiivanl ofïiciellenieni dénoncée, des conférences en règle s'établiient ; le clief de la Servie disciila les demandes faites j)ar le divan. La mission russe, qui semblait ne devoir jouer (pi'un rôle secondaiie, était cependant l'ame des né-

is'ocialioiis, el ne rcslait pas iiiaclive cntii' Ick deux paities.... Elle poussait l'une à obtenir beaucoup; vis-à-vis de l'autre, elle protestait de sa modération el de son bon-vouloir, et se posait, an besoin, comme médiatrice , entre des gens qui se seraient beaucoup reiieux entendus sans elle !

En définitive , comme il ne s'agissait que de concéd(M' le moins possible, après de longs débats, où i! se défendit pied à pied, le prince s'engagea à obtenir l'approbation de nos concitoijens, aux uiodifications qui venaient d'être définitivement airétées entre la Turquie et lui.

Mabmoud disait hautement, en parlant de Milosch : « Je ne connais pas homme au monde (/Mi m'inspire plus d'admiration et de parfaite confiance, en même temps qu'il possède l'esprit le plus ejctranrdinuirement délié que j'aie encore rencontré !

Fl . CM léiuoigiiage dca iieiUiiîienU que lui avait inspirés le prince Milosch, le sultan voulut l'honorer par une distinction (jui n'a pas de précédent en Tur(|uie ; il lui fit don d'un mbre d'honneur, d'autres arnu'S de prix, et je crois, sans pouvoir toutefois l'afllirmer, de deux magnifiques canons.

La nature de ces cadeaux produisit la plus vive sensation parmi les Musulmans. D'après les us et coutumes nationales , jamais un Croyant ne fait don d'une arme à ^m chrétien. On peut , d'apiès cela , apprécier la valeur inestimable du présent ofiert [)ar le sultan à l'esclave révolté

(]et acte , d'une omnipotence inouïe , fit événement dans tout l'empire ottoman. La jeune Turquie applaudit à la généreuse hardiesse de Malinioud, battit des mains à cette nouNelle démonstration de IVsprit du prn-

;^i(Vs, (oiUi'c I;» (loniiîialion des sUipidos préjugés qui, coinnje une lèpre morale, rongent fe corps social en Orient; les hommes de Vimmobililé en furent profondément révoltés, et virent, dans ce fait, l'abaissenjent, la ruine complète de l'islamisme.

De lelour en Servie, .Miloscli s'occupa activement d'opérer les changements convenus à (]onstantinople , dans la crainte que de nouvelles exigences ne vinssent ajouter aux concessions qu'il avait cru devoir faire : la Servie n'était pas assez foite pour braver les deux puissances qui la dominaient, et elle ne pouvait compromettre son indépendance, à peine assise, par une résistance irréfléchie !

L'année d'après, ce travail fut terminé, et encore ici, on retrouve res[)rit de prijdence et d'avenii- (jui caiactérise tous les actes de

'Il I

radministratioi) de Milosch : l'orwanisatioii définitive de la Servie, en pleine paix, resta une oiganisation armée... Les conventions arrêtées à Constanlinople se trouvaient muettes à cet égaid... On ne pense pas à tout! Mais Miloscl) n'était pas homme à ne pas faire profit, (.lans Tinlérêt de son pays, des imprévoyances de la mission russe...

La nouvelle constitution l'ut proclamée sur ces bases, le 23 février 1837, à Belgrade, en présence du pacha commissaire délégué de la Sublime-Porte, du prince Milosch, de toutes les autorités réunies et du peuple servien , convoqué invariablement à toutes les solennités nationales.

Et par rapport à ce qui précède, autant (jue pour l'intelligence et la moralité de ce qui va suivre, il ne nous est pas inutile de connaître ce document.

r.n voici les principales dispositions :

« 1" La formation d'un ministère composé

«( de quatre départements : intérieur, finan-

« ces, justice et affaires étrangères. Le mi-

<( nislre des afiaires étrangères remplit aussi

<( les fonctions de preslawnick du prince ; il

<( est en même temps son ministre du cabi-

«( net. — Le ministre de l'intérieur a les at-

K iributions de la guerre et de la police ; le

« ministre des finances est chargé du com-

<( merce; enfin celui de la justice a dans ses

t( attributions les affaires du culte ; 2 la for-

« mation du sénat composé de seize séna-

a leurs et d'un président. Le sénat est le plus

« haut pouvoir de l'état; les résolutions qu'il

« ado})te à la majorité des voix doivent être

« sanctionnées par le prince ; 3" le premier

« choix des ministres, du président du sénat

« et des sénatems appartient au piince; mais

(( il ne pourra choisir que pai'ini les fonc-

(( tioiiiiaires les plus capables et les plus es-

« timés , et son choix devra être soumis à

«( l'approbation du peuple ; 4" organisation

« d'un tribunal d'appel. — Ce tribunal se

« compose d'un président et de quatre con-

« seillers; 5" le rang des ministres et celui

« du président du sénat équivaut à celui de

«< général de division ; celui des sénateurs et

« du président de la cour d'appel est égal à

« celui de major-général; celui des conseil-

« leis au rang de colonel ; 6" le pays est divisé

« en dix-sept cercles ; les cercles les plus éten-

« dus sont soumis à l'autorité d'un colonel, et

« les autres à l'autorité d'un lieutenant-colo-

« nel ; 7'^ les fonctionnaires publics sont di-

M visés en onze classes : la première com-

« prend les généraux de division, ds reçoivent

« 5,000 florins (7,5oo fr.) de traitement; la

seconde, ties îiiujors-géiiéraiix, avec -i/un) florins (G,25o (r.) ; la troisième, les colonels, avec 2,000 florins (5,ooo fr.), et ainsi de suite à proportion ; 8" le traitement annuel du j)rince est de 200,000 florins (doOjOoo fr.); 90 l'archevêque reçoit 6,000 florins (i5,ooo IV.), et les évéques 4)Ooo florins (10,000).

« Les employés ne peuvent être destitués sans jugement préalable ; à l'avenir les promotions de fonctionnaires publics de toutes classes ne pourront avoir lieu que selon le rang et l'ordre hiérarchique. Chaque localité choisira ses conseillers municipaux, et les knèses fixeront le chiffre des impôts et les percevront; ces autorités administreront elles-mêmes la caisse communale; chacun paiera les impôts suivant sa forlune: les communes ont le droit d'af-

u fermer leurs immeubles ; la propriété des « citoyens est déclarée complète, et ils peu- « veut en disposer à titre onéreux ; la coivée « est abolie.

« Les tioupes régulières se composeront « par régiment d'un bataillon de six compa- « gnies, d'un demi-escadron de cavalerie et « de soixante artilleurs. >»

La somme de 3oo,ooo florins (760,000 fr.) avait été primitivement votée pour l'entretien du prince et de sa famille , eu égard à ses frais de représentation ordinaire, et plus encore à ceux que lui occasionait l'hospitalité qu'il exerçait noblement envers toutes les autorités des districts éloignés, et quiconque généralement venait pour lui parler à la résidence. Milosch trouva ce chiffre trop élevé ; « (Vest assez, dil-il, d«> deux ceiil mille Horins, r. I. '2i

et ce serait ])i(!i trop, si je ne devais partager à l'occasion avec les nécessiteux. »

Telles sont les bases du s(atut organique de

ÎS'est-il pas viai qu'il est fort curieux de comparer, les pièces sous les yeux, cette constitution, telle qu'elle avait été amendée à la réquisition lusse, avec le projet présenté bravement par Miloscb à l'assemblée nationale de i835? et surtout, si l'on rapproche de ces faits d'une foudroyante autorité, les griefs articulés contre le souverain de la Servie en 1839!...

Nous finirons bien par délivrer la vérité du cmxere âuro où elle était retenue à la géneî Eh mon Dieu! avec un peu de patience et d'application , il est moins malaisé qu'on ne le croit, de trouver le mot d'une quantité de

ces inystificalions politiques dont se compose presque toute la Science gouvernementale... Du reste, nous allons en voir hien d'au- Ires!

Page 1