‹ Le berger roiChapitre 16 sur 18 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

INTRIGUES HL'SSES,

La Russie n'avait pas été appelée à réviser la constitution qui venait d'être promulguée à Belgrade!... elle n'en connut la teneur qu'avec le commun des martyrs, et grand fut son courroux de la trouvei- encore aussi audacieusement dcmocraticjur , malgré les muti-

lalioiis qu'elle lui avait lait subir. Mais la Russie a pour principe d'accepter les faits accomplis, se réservant, bien entendu, d'en exploiter , suivant l'occunence , toutes les éventualités; on ne la trouvera jamais en faute sur ce point. Ici, elle n'avait pu réussir à empêclier tout ce qu'elle aurait voulu; elle avisa

aussitôt au parti qu'elle en pourrait tirer

Et d'abord, rappelons-nous la colère de son ministre en Servie, lorsque Miloscli soumit à la ratification du peuple le firuian de i833 qui le reconnaissait comme prince héréditaire des Serviens. C'est que , jusqu'à cette époque, le cabinet impérial avait espéré faire de celui-ci , comme des bospodars de Valacbie et de Moldavie , un instrument docile à se» projets. Or, cet acte indiquait clairement que Milosch ne renierait pas l'origine de sa souveraineté, et que, de prime-abord, il re-

pousserait la tutulle ([u'on Icnlait de lui imposer. A-lors, il fut accusé de la plus noire ingratitude envers la Russie qui croyait, ou du moins n'avait pas cessé de vouloir lui persuader, qu'elle avait acquis des droits à son éternelle reconnaissance. Et voici comment :

Lorsque les Serviens entrèrent en négociation avec la Turquie pour obtenir la reconnaissance de leur indépendance, il faut être juste, ils trouvèrent dans la mission russe à Constantinople un puissant appui. Non que la Russie s'inquiétât beaucoup du sort d'un peuple chrétien gémissant sous la plus cruelle oppression ; la diplomatie, la diplomatie russe surtout , n'a pas de ces sensibilités vulgaires; mais, soutenir les populalions chrétiennes de la Turquie , les encourager et les aider sous main à la révolte, les appuyer ensuite ouverlemenl dans les négocialions , stipuler pour

elles dans leurs accoinruodemenls avec la Porte; telle esl la politique conslanitiieiU suivie par la Russie, et le but en est facile à saisir : c'est de faire rechercher son intervention par ces malheureux peuples, de s'offrir à eux comme une protectrice généreuse ; c'est de les habituer à la considérer conune leur appui naturel, et plus tard, être appelée comme aibitre dans leurs différends avec la Forte, à qui d'autre part elle impose ses volontés, et qui n'autoiise que ce qui convient à la politi(jue russe!

La Russie est la personnification de cette fatalité^ tant prédite, qui doit, dans un temps donné, repousser l'islamisme de l'autre coté du Bosphore; et la Russie prépare les voies, de manière à ce que le jour où l'empire ottoman disparaîtra, elle puisse dire, parodiant le mot des Bombons en iS\!\ : Il n'y a qu'un homme de plus à Constaulinnple !

Pour cela elle doit se l'aire connailic, se taire aimer de toutes les populations dont la réunion iotine la l'urquie d'Euiope , les accoutumer à la voir se mêler dans leuis affaires, à trouver dans les ministres russes soit à Conslantinople, soit dans les autres résidences, des médiateurs dont l'autorité pèse d'un grand poids dans la balance de leurs destinées. Ainsi a-t-elle fait en Moldavie et Valacbie... et ainsi prétendait-elle faire à l'égard de la Servie , également en échange de ses bons office s.

Mais elle trouva dans Milosch un homme fort peu disposé à gouverner dans le sens du cabinet impérial et à attendre que Vexéqualur du résident russe, fût apposé au bas des actes qu'il préparait pour élever sa nation au niveau des autres nations européennes. Homme de tête et de probité, homme du peuple,

u\anl loii[, il avait !es inlcréls du peuple eu vue; allié du suJIau ensuite, il plaçait en ligue de compte la fidélilé a la foi juiée; entre ces deux devoiis il ne voyait aucune j)lace pour l'influence russe (ju'ii jugeait aussi nuisible à le Servie , (ju'il la considéiait comuie funeste à l'eiupire ottoman. Miloscli connaissait la Russie par cœur, et il avait supputé, avec exactitude, la somme de reconnaissance dont il était son débiteur... un homme n'est pas un initial , parce qu'il n'est pas uu niais !

Dès (ju il fut démontré à la Russie qu'elle ne par\ieudiait pas à lendre malléable ce caractère bardé de fer, (jui ne présentait aucun enuiuil vulnéiablc, ni à la séduction, ni à la ruse, elle procéda syslémaiiquement à établiison influeuie en Servie par d'autres movens.

I/aiisioii alic servitune, (]ui di'ja lorutail

im lunau tl'opposiliiMi conlrc It- i^ouvcinemciit, loi ser\il tle j)(>iiU d'appui. I^ii exploilanl la vauik'' cl K's aml)itieuses prétentions <](' celle-ci , elle se ( léa lui parti tpii la seconda aclivemenl.el bienlôt la Russie compta dans le sein du sénat })lusienrs lionimes entièrement dévoués à sa politique. Les fils de Kara-Georges habitaient Saint -i^'tershourg, où ils ont été élevés; le cabinet impérial, spéculant sui- la popularité de leur nom, les envoya en Servie... Le foyer domestique de Miloscli eut son agent russe, en la personne du piécepteur Zoritscb... Dans la haute administjalion. à l'armée, partout, elle avait des précuisenrs chargés de faire valoir les avantages de son inlervenlion tîans lesafîaires du pays...

Le peuple eut aussi ses missionnaires, mais le peuple lut moins facile à eonveilnà la dé-

volion russe! Toutefois, comme le peuple avait posé le fusil pour reprendre la bêche, on pensa, que tant qu'il ne poserait pas la bêche pour reprendre le fusil , on pouvait aller de l'avant.

INous savons ce qui se passa dans le cabinet de Mahmoud.. Nous connaissons les ordres intimés par la Russie au sujet des institutions démagogiques que renfermait le fameux discours du trône ! Depuis , la Russie a abjuré ses erreurs : elle s'est faite ultra-libérale, vous allez voir :

Maintenant, elle trouve que le prince Milosch restreint illégalement les libertés publiques; elle l'accuse sourdement d'empiéter chaque jour sur les pouvoirs attribués par la constitution aux différents corps de l'état, et de viser peu à peu à s'enq^arer de Taulorilé absolue

Ces menées, ces j3ropos dénoncés à Milosch par les véi'itables amis du pays , excitèrent son indignation. S'en plaindre eût été inutile ; la preuve écliappe, là où les coups sont portés dans l'ombre! Mais par son attitude froide et mesurée, envers qui de droit, il fit connaître qu'il avait l'œil ouvert sur les indignes manœuvres dirigées contre lui.

Tel était l'exact état des choses, lorsque le cabinet impérial, s'apercevant que son ministre, M. Ruckmann , homme du reste fort habile, perdait tous les jours du terrain auprès du prince Milosch, et qu'en général les affaires de la Russie n'avançaient que lentement en Servie , se décida à happer un coup décisif; à cet^effet, il dépêcha un de ses plus déliés diplomates ru paysan servien, pour lui faire entendre raison.

Je sais que la Russie a nié , non pas l'en"

\o\ (le son ambassadeur extraordinaire, cela élait bien impossible, mais qu'elle a dénié les motifs assignés généralement à celle mission. Pourtant, voici ce qui m'a été rapporté par quelqu'un que j'ai lieu de croire assez bien informé :

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