‹ Le berger roiChapitre 4 sur 18 · MILOSCH · texte numérisé non relu

MILOSCH

Le prince Milosch, le héros de la Servie, est né en 1780, dans une pauvre chaumière du village de Pozerge ; son père se nommait Tescho, il était laboureur ; sa mère, Wischnia ; elle avait eu d'un premier mariage un fils qui s'appelait MHan Ohrènowisch.

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Une amitié passionnée unissait ces deux enfants. Les années, loin d'attiédir ce sentiment, en accrurent la vivacité à ce point que, devenu grand,. Miloscli quitta le nom de son père, Tescho, pour ne plus porter que celui de son bien-aimé frère, et ne fut plus connu que sous le nom de Milosch Obrénowisch , qu'il a tant illustré.

« Oh! c'est que parmi ces populations primitives de nos campagnes, » me disait dernièrement un Servien, homme au noble cœur, à l'esprit élevé , précédemment haut placé dans la diplomatie étrangère , et duquel je tiens quelques détails intimes sur les affaires de son pays, « chez nous, l'amour fraternel est poussé jusqu'au fanatisme; le titre de frère est le lien le plus saint, le plus fort ; les autres affections de la famille ne viennent qu'en seconde ligne. Le frère jure par son frère, ce

serment est sacré; et, comme pour étendre les bienfaisantes influences de l'union fiaternelle, cette force morale des faibles contre les forts, nos mœurs patriarcales autorisent et consacrent l'adoption : deux membres de familles différentes s'unissent de par saint Jean aux pieds des autels , ils s'appellent frères en Dieu; cette union volontaire reçoit un caractère inviolable, et ses liens sont aussi puissants que ceux (pie la communauté du sang a formés. Devenus l'un pour l'autre IN y sus et Euryale, les deux frères d'adoption partagent religieusement les bons et les mauvais jours de la vie , épousent les mêmes intéréts , les mêmes querelles , combattent côte à côte sur sur les champs de bataille, en reviennent triomphants ensemble ou y restent ensevelis ensemble! Et encore à cette heure, malgré tout ce qui a été tenté pour nous affaiblir en

nous divisant, dans nolic belle Seivie, en plein dix-neuvième siècle, le poète retrouverait une image fidèle des mœurs de la Bible et d'Homère. -

« Le fils aîné du prince Milosch avait nom Milan. Le prince Milan! cette pauvre victime politique, que vous savez, posée dernièrement un matin sur le trône! descendue le soir dans la tombe!... » dit-il avec une expression d'ainère tristesse en terminant.

-Vlilosch , comme tous les fils de paysans , ne rc^çut aucune instruction première. Il aidait son père dans les travaux de lal)ouiage, gardait les bestiaux, et deux fois Tan il allait les conduire avec son frère Milan sur les marchés de la Dalmatie pour les vendre plus avantageusement.

Dans ces vovas^es loinlains , l'enfant des rliarnps se liowNail v\\ ronliul umm- Us liabi-

lanls (les villes, avec des usages et des iiitérêls étrangers. Témoin d'abord, et plus tard acteur dans ces transactions commerciales , que l'avidité des parties sait compliquer de toutes sortes de ruses, il se trouva peu à peu initié à la pratique de la vie réelle , des hommes , et des choses. Doué d'un esprit d'observation très-remarquable, réfléchi, appliqué , il acquérait dans ces relations mercantiles la connaissance du cœur humain, la première des sciences chez l'homme destiné à commander à d'autres hommes.

De retour à son village, Milosch reprenait les occupations vulgaires qui remplissaient ses longues journées ; mais celte uniformité lui pesait ! Ses goûts , son esprit naturellement sérieux , le rendaient insoucieux des amusements de son âge. Des idées confuses ialiguaienl son imagination, ft son anie se-

lançait vers Vincotmu , cette plitliysie morale (jui mine el brise impitoyablement laiit tic jeunes existences! Il rêvait l'indépendance, lui, l'esclave né! les combats, la gloire, lui, le pâtre! La fibre patriotique faisait résonner dans son ame de sourdes vibrations , et les nobles instincts qui se développaient dans le c<jL'ur du pauvre entant le rendaient invinciblement misérable.

L'n irrésistible besoin de solitude le \k>itait à recbercber les endroits les plus déserts pour y mener paître ses troupeaux, et là, seul entre la terre et le ciel, il se livrait à ses lectures favorites , il épancbait l'indéfinissable souffrance de ses pensées , de ses vagues inspirations, en redisant avec une chaleureuse expression , les chants populaires , aux sons desquels, tout petit i;arçon. il avait été bercé. Ces chants nationaux, ou plutôt < es plaintes

tics esclaves inilés, reliaçaieiil les piosjx rilés (le la pairie autrefois libre ; consaciaient les noms des citoyens morts glorieusement |)our défendre son indépendance , dans des combats d'extermination livrés aux Turcs. Des siècles avaient passé sur ces grands jours, et mainlenant l'héroïque nation était devenue un troupeau d'esclaves!

Et la poitrine gonflée, les yeux pleins de larmes, l'enthousiaste enfants'écriait, en brandissant dans sa faible main l'humble fouet de berger : — Moi aussi, je combattrai lesTurcs, je vengeiai mon pays quand je serai grand!

Une voix intérieure avertissait-elle le pelit pâtre que la place qui lui avait été marquée par le hasard n'était pas la sienne, pour qu'il rêvât de semblables énormités ? Etait-ce par le pressentiment d'un aulre avenir, que le studieux enfant, à force de persévérance et d'ap-

pllcation était parvenu, sans aide, à appretidre à lire, science presque inconnue alors, chez ce peuple ? Tous les moments qu'il pouvait dérober à ses rustiques occupations, il les employait à dévorer ligne à ligne, les vieilles chroniques nationales, trésors échappés à la police turque et conservés précieusement dans les familles. Et lorsqu'aux veillées d'hiver, les vieillards, ainsi que c'était leur droit et privilège , redisaient les traditions, répétées d'âge en âge, des grandeurs passées de la patrie, le petit Milosch, les yeux fixés sur le conteur, immobile, recueilli, restait absorbé sous le

charme delà narration

Une fois, son aïeul paternel racontait, au milieu d'un leligieux silence, la belle et populaire légende de Marco, fils de roi : comment il lui poussé pai" la maiédiclion palernelle à la résolution inlamc dt* se laire le

vassal des Turcs, et comment poursuivi par le remords à la fameuse bataille de Rovini, livrée en iSga par les Turcs, aux Valaques, le renégat Marco se précipita au milieu des bataillons de ses frères, devenus les ennemis qu'à cette heure fatale il avait à combattre, en poussant ce cri de désespoir : « Que le Christ soit avec moi, 6 Dieu! et que je sois le premier à tomber dans ce combat impie! ))

« Sa prière fut exaucée, ajouta le vieillard, Marco avait commis un grand crime; sa mort Ta expié : repos à son ame. »

— Honte éternelle à Marco, fils de roi!!! s'écria avec l'accent de l'indignation le jeune garçon qui, le regard suspendu aux lèvres du narrateur, avait dévoré le récil.

— Paix! Milosch, cill son pèit- Tliesco avec sévciilé ; Dieu Ta jugel

— Il lie ptiit y a\oir de pardon dans le ciel, ni sur la terre, pour celui qui tiahit sa patrie! répond renCanl d'un Ion inspiié.

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