‹ Le Béribéri à Poulo-CondoreChapitre 18 sur 27 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Lorsque le béribéri se |résente avec son aspect classique, son aspect-lype, il est facile de le reconnaitre. Ainsi, voilà un homme qui nous arrive avec de l’œdème de la face, des membres inférieurs ; il accuse une grande faiblesse, survenue plus ou moins rapidement. et des fourmillements dans les membres inférieurs ; constipalion, cyanose, anhélation ; pas de fièvre. Les urines, rares, ne contiennent pas d’albumine. Ou ce qui est mieux encore, plusieurs individus se présentent successivement, accusant dessymplômes semblables ; si en outre, on se trouve dans une localité où la maladie est endémique, le doute n’est plus possible ; ou diagnostiquera le béribéri.

Mais quelquefois, les cas ne sont pas aussi nets, et la maladie se trouve masquée à sa période d’invasion, par l’immixlion de symplômes inaccoulumés qui viennent modifier ses allures et peuvent par consèquent nous donner le change et nous faire croire à une autre affection.

C’est ce qui arrive pour l’hydropique chronique, et surtout pour la forme paralylique. Ainsi, voilà un malade qui éprouve depuis quelque temps de la faiblesse ; essoulilementau moindre exercice ; la peau est pâle, terreuse, froide au toucher, la figure est bouffie, les jambes infiltrées. Il y a de l’inappétence, de la constipation, quelquefois au con-

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| tres traire de la diarrhée. Cette anorexie est greffée sur un état gastrique ; la langue est saburrale, et depuis quelques jours le malade est en proie à une fièvre rémittente, ou intermittente, survenant tous les jours, ou tous les deux jours. Ajoutez à cela que cet homme se trouve dans un pays malarié et vous verrez s'il est facile de dégager le béribéri de celte expression symptomatique. Ce sont les cas de ce genre qui ont fait penser à certains auteurs que le béribéri avait une connexion étroite avec la malaria. Cependant, quand il y a fièvre (ce qu’il faut constater, car le malade accuse souvent une sensalion de chaleur intense alors que la température profonde est normale ou même hyponormale), même quand il y a fièvre, dis-je, les stades ne sont pas aussi tranchés comme dans la fièvre intermittente et surtout dans la fièvre intermittente typique des pays malariés : le malade n’est pas pris subitement de frisson, claquement des dents avec gêne respiraloire, suivi bientôt de chaleur et d’une diaphorèse abondante. Tout ce qu'on peut constater la plupart du temps, c’est de la fièvre, jointe à un état gastrique ; pas de diaphorèse , la peau resle toujours sèche, et la fièvre qui ne s’accompagne jamais, dans ce cas-là, d’une élévation considérable de la température (le plus haut degré de température qui ait été constaté Jusqu'à présent est de 39°) ne cède pas si facilement à l’administralion de la quinine, comme ont pu le constater les médecins néerlandais. Ici la maladie ne peut guère se Juger que par l'absence de lhépato-spléno-mégalie, qu'on trouve au contraire toujours dans ces cas là où la cachexie palustre est «ssez avancée pour engendrer Pinfiltralion et Conuer au malade ce masque terreux.

cäla pression età la marche : aidé

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les muscles des | jambes. N'est- -ce pas là un tableau ris

Aie ions ? Comme on le voit donc, le diagnos- ÿ tie du phou-thoum, dans certains cas, peut devenir embar- rassant, et ce n’est souvent que par un ‘examen altenlif du

noue et par le mode d'évolution ultérieur He "on arrive. à Ja reconnaître. SR ÉnE Res E0

Ce n’est d’ailleurs pas seulement 4 avec le rhumatisme et

la dyscrasie paludéenne qu’on pourrait le confondre, et il y à dans le cadre nosologique, un certain nombre d’entités morbides, dont les manifestations ressemblent quelque peu à celles du béribéri. Analyser les points de similitude et signaler les différences, telle est la tâche il nous nous proposons actuellement. | \

Le béribéri aigu ne pourrait guère être confondu qu’avec l’angine de poitrine, où le malade est pris subitement de constriction sternale, de dyspnée, et d’élancement s’irradiant dans le bras gauche ; mais si nous considérons que dans Ÿ « angor pectoris » d’Heberden, ces douleurs sont

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généralement limitées au bras gauche, tandis que, dans le

phou-thoum, lorsqu’elles existent, elles sont toujours ac-

compagnées de fourmillements dans les jambes, fourmillements qui ouvrent toujours la marche du cortège sympto-. matique, ou arrivera à diagnostiquer facilement ces deux

maladies. D’ailleurs, angine de poitrine procède généra-

lement par accès, et il a suffi souvent pour la faire éclore,

de monter un escalier ou de marcher contre le vent. De

me | plus, le béribéri est précédé toujours d’une grande faiblesse, d'œdème malléolaire et accompagné d’œdème facial, dont apparition est plus tardive, il est vrai. |

Le choléra où l’on voit quelquefois manquer les vomissements et la diarrhée (choléra sec) pourrait aussi nous donner le change ; car on y voit aussi une grande faiblesse, de la cyanose, de la dyspnée, une constriction violente au creux épigastrique qui pourrait nous faire croire à la ceinture béribèrique; mais ici, il n’y a pas d’œdème, et la peau est froide et moile.

Il y a aussi une autre maladie avec laquelle on a essayé de confondre le béribéri hydropique aigu, c’est l’anémie pernicieuse, bien décrite pour la première fois par Biermer en 1868. Wernich aurait été même jusqu’à prétendre que le béribéri ne serait que l’anémie pernicieuse elle-même. Comme, lorsque nous avons traité de la nature et de la pathogénie du phou-thoum, nousnous sommes suffisamment étendu sur cette question, 1l serait superflu de recommencer iei cette discussion. Nous nous contenterons seulement de faire remarquer ici, dans le cas où nous aurions oublié de mentionner cette particularité importante, nous ferons remarquer, dis-je, que, dans le béribéri où la peau est sèche, nous n'avons pas les sueurs profuses qu’on rencontre dans l’anémie pernicieuse et qui se montrent bien longtemps avant même que les accidents pernicieux aient éclaté.

C’est donc le béribéri hydropique chronique, et surtout le béribéri paralytique qu’il importe de ne pas confondre avec les autres maladies, assez nombreuses du reste, qui présentent avec eux certaines analogies.

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